Lecture en Guinée : Mohamed Salifou Keita alerte sur l’urgence de reconstruire toute la chaîne du livre

Pour Mohamed Salifou Keita, le défi de la littérature guinéenne ne réside pas dans le manque de talents. Il se situe ailleurs : dans la fragilité de tout un écosystème. De l’auteur au lecteur, en passant par l’éditeur, le libraire, la bibliothèque et les politiques publiques, chaque maillon de la chaîne du livre souffre de dysfonctionnements qui freinent l’essor de la création littéraire nationale.
Invité de l’émission Face à Pathé, le journaliste, écrivain et critique littéraire pose un diagnostic qui dépasse la seule question des écrivains. Son analyse met en lumière les insuffisances structurelles d’un secteur culturel pourtant essentiel à la formation des citoyens et à la préservation de la mémoire collective.
« La littérature guinéenne est vivante, mais elle demeure insuffisamment structurée », affirme-t-il d’emblée. Une formule qui résume le paradoxe d’un pays ayant produit des auteurs majeurs de la littérature africaine francophone, mais qui peine encore à offrir un environnement favorable à l’épanouissement des nouvelles générations.
Pour Mohamed Salifou Keita, le problème commence dès la publication des œuvres. Les maisons d’édition restent peu nombreuses, les circuits de distribution demeurent limités et les livres restent difficilement accessibles pour une grande partie de la population. À cela s’ajoutent un faible pouvoir d’achat et l’absence d’un véritable marché national du livre.
L’ancien animateur de l’émission Papier, Plume, Parole insiste également sur une réalité préoccupante : la diminution progressive de la pratique de la lecture, particulièrement chez les jeunes. Sans condamner les nouvelles technologies, il estime que les écrans ont profondément modifié les habitudes culturelles.
Pour lui, cette évolution impose une nouvelle stratégie. Les outils numériques ne doivent pas être considérés comme des adversaires du livre, mais comme des instruments capables d’élargir son audience. Encore faut-il que les auteurs, les éditeurs et les institutions culturelles s’en emparent efficacement.
Au-delà du numérique, Mohamed Salifou Keita appelle surtout à une politique publique ambitieuse. Selon lui, la promotion du livre ne peut reposer uniquement sur les écrivains. Elle exige un engagement de l’État, des collectivités locales, des établissements scolaires, des universités, des bibliothèques et du secteur privé.
Il plaide ainsi pour une politique nationale du livre capable de financer durablement la création littéraire, de moderniser les bibliothèques, de soutenir les maisons d’édition et de professionnaliser l’ensemble des métiers liés à la chaîne du livre.
L’écrivain rappelle que la littérature ne constitue pas seulement un patrimoine culturel. Elle participe à la formation de l’esprit critique, nourrit le débat démocratique et renforce le sentiment d’appartenance à une nation. Dans un contexte marqué par de profondes mutations sociales, elle demeure, selon lui, un espace privilégié de réflexion et de transmission.
L’expert en communication stratégique accorde également une importance particulière aux langues nationales. À ses yeux, leur intégration dans la production littéraire permettrait d’élargir le lectorat tout en valorisant les traditions orales qui constituent l’une des plus grandes richesses culturelles de la Guinée.
À travers son intervention, Mohamed Salifou Keita lance finalement un appel qui dépasse le monde des lettres. Il invite les décideurs à considérer le livre comme un investissement stratégique plutôt qu’une simple activité culturelle. Car une société qui lit est une société qui développe son esprit critique, protège sa mémoire et prépare son avenir.
Son plaidoyer sonne ainsi comme une invitation à reconstruire toute la chaîne du livre afin que la Guinée puisse transformer son immense potentiel littéraire en véritable levier de développement culturel, éducatif et citoyen.
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