Abdoulaye Barry : « Une entreprise qui dépend de son fondateur est une entreprise en sursis »

Invité de l’émission Face à Pathé sur Planète7, l’entrepreneur et auteur Abdoulaye Barry a livré une analyse sans concession des défis qui freinent le développement des entreprises africaines. À travers son expérience de terrain et les enseignements tirés de son ouvrage « Vous n’avez pas une entreprise… vous avez un business », il a défendu une vision de l’entrepreneuriat fondée sur la structuration, la gouvernance et la pérennité des organisations.
Pour Abdoulaye Barry, l’une des erreurs les plus répandues chez les jeunes entrepreneurs consiste à confondre activité intense et création de valeur durable. Selon lui, de nombreux dirigeants s’investissent sans relâche dans leurs activités sans pour autant bâtir les fondations nécessaires à la croissance de leur entreprise.
« La première, et la plus dangereuse, c’est de confondre s’agiter et construire. On peut travailler soixante heures par semaine sans rien bâtir de durable », a-t-il affirmé.
L’auteur estime également que beaucoup d’entrepreneurs continuent de piloter leurs activités à l’intuition, alors même qu’ils disposent d’indicateurs essentiels pour orienter leurs décisions. Il souligne qu’une méconnaissance des données financières de base expose les entreprises à une gestion approximative et à des risques importants.
Autre faiblesse relevée : la confusion entre les finances personnelles du dirigeant et celles de l’entreprise. Une pratique qui, selon lui, empêche d’évaluer avec précision la rentabilité réelle de l’activité et compromet toute stratégie de développement à long terme.
Abordant la question de la disparition de nombreuses entreprises africaines après le retrait ou le décès de leur fondateur, Abdoulaye Barry pointe avant tout un déficit de structuration.
« Ce qui tue beaucoup de ces entreprises, c’est qu’elles n’ont jamais eu de vision au-delà du chiffre d’affaires. Quand le fondateur disparaît, ceux qui prennent la relève reproduisent souvent ses habitudes sans avoir appris une véritable méthode », a-t-il expliqué.
Face à ce constat, il préconise la mise en place de mécanismes de gouvernance solides ainsi qu’une meilleure organisation du travail. Parmi les outils qu’il recommande figure « l’audit du temps », une démarche visant à identifier les tâches stratégiques qui nécessitent l’intervention du dirigeant et celles qui peuvent être déléguées.
« Il faut sortir le savoir des têtes pour le mettre dans des procédures, déléguer pour de vrai et mettre en place une gouvernance efficace. C’est ce que j’appelle passer de l’homme indispensable à l’architecte », a-t-il soutenu.
Fondateur du cabinet Hoolo Madiba Conseil et membre de la diaspora guinéenne, Abdoulaye Barry insiste sur la nécessité de construire des organisations capables de fonctionner indépendamment de leurs créateurs.
« On ne transmet pas une personne, on transmet une organisation », a-t-il rappelé.
Au-delà des responsabilités individuelles des entrepreneurs, l’auteur estime que les institutions publiques et privées ont un rôle majeur à jouer dans l’accompagnement des PME. Il regrette notamment l’existence d’un fossé entre les structures ayant accès aux outils modernes de gestion et celles qui en sont privées.
Dans cette dynamique, il appelle les incubateurs à dépasser le simple accompagnement à la création d’entreprise pour aider les entrepreneurs à bâtir des structures durables. Il invite également les universités à former davantage de gestionnaires et de bâtisseurs d’organisations plutôt que de simples porteurs de projets.
S’agissant du rôle de l’État, Abdoulaye Barry plaide pour un environnement plus favorable à la formalisation et à la croissance des PME. Il estime notamment que les marchés publics devraient être davantage accessibles aux entreprises structurées et performantes.
Mais au-delà des réformes administratives, c’est surtout un changement de mentalité qu’il appelle de ses vœux.
« Aujourd’hui, on célèbre la création d’entreprises ; il faudrait surtout célébrer celles qui durent », a-t-il déclaré.
Pour conclure, l’entrepreneur a invité les dirigeants à engager des changements progressifs mais concrets dans leur mode de fonctionnement. Selon lui, la pérennité d’une entreprise se construit à travers la transmission des connaissances, la formalisation des processus et la capacité à déléguer.
« Demain, faites passer une seule chose de votre tête vers votre organisation. La semaine suivante, recommencez. C’est ainsi que l’entreprise grandit et devient plus forte que son fondateur », a-t-il conclu.
Sylla Ama pour Planete7.info
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