Forum national sur le féminisme en Guinée : entre lucidité des constats et dynamique d’action

Conakry a accueilli, ce vendredi 27 mars 2026, le lancement officiel du forum national sur le féminisme en Guinée, une initiative portée par l’Amazones de la Presse Guinéenne en partenariat avec Feminist Opportunities Now (FON). Pendant deux jours, les 27 et 28 mars, acteurs institutionnels, journalistes, militantes et représentants de la société civile se réunissent autour d’une interrogation centrale : « Comment se porte le féminisme en Guinée ? »
Dès la cérémonie d’ouverture, le ton est donné : un espace de dialogue sans complaisance, mais résolument tourné vers l’action. La présence de la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Patricia Lamah, et de la vice-présidente du Conseil national de la transition, Maimouna Yombouno, témoigne de l’importance accordée à cette rencontre.

Prenant la parole, la vice-présidente des Amazones de la Presse Guinéenne, Hassatou Lamarana Bah, a immédiatement ancré les débats dans la réalité du terrain.
« Si nous voulons une réponse honnête, nous devons regarder la réalité en face », a-t-elle déclaré, avant de dresser un constat sans détour : en Guinée, le féminisme reste indissociable d’une urgence sociale et humanitaire.
Les chiffres évoqués illustrent l’ampleur des défis : plus de 200 cas de viol recensés en 2023, un taux de mutilations génitales féminines estimé à 95 %, et 41 % des jeunes filles mariées avant l’âge de 18 ans. À cela s’ajoute une perception préoccupante des violences conjugales, encore largement considérées comme relevant de la sphère privée par une majorité de la population.

Face à cette situation, le message est clair : « Ces chiffres ne sont pas des fatalités, ce sont des appels au combat », a insisté Hassatou Lamarana Bah.
Au-delà du diagnostic, les organisateurs entendent faire de ce forum un véritable levier de transformation. Parmi les priorités affichées figurent l’analyse des blocages socioculturels, la formation de 30 jeunes filles leaders aux outils juridiques de protection, ainsi que la structuration d’un réseau féministe solide à l’échelle nationale.
Dans cette dynamique, les médias sont appelés à jouer un rôle déterminant. Les Amazones de la Presse Guinéenne ambitionnent de mobiliser leurs plateformes pour humaniser les statistiques et faire émerger des récits porteurs de changement.

De son côté, la ministre Patricia Lamah a rappelé la responsabilité des pouvoirs publics dans la promotion et la protection des droits des femmes. Elle a plaidé pour un renforcement de l’accès à la justice, une meilleure autonomisation économique et une approche coordonnée entre institutions, société civile et familles.
« La promotion des droits des femmes ne doit point être une démarche isolée », a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité d’une synergie durable.

Un point de vue partagé par Maimouna Yombouno, qui a mis en avant l’autonomisation économique comme levier fondamental.
« L’indépendance économique est le pivot de la promotion de la femme », a-t-elle affirmé, estimant qu’une femme autonome est davantage en mesure de défendre ses droits et ceux de ses enfants, notamment face aux mariages précoces.

Elle a également tenu à clarifier la perception du féminisme dans le contexte guinéen :
« Le féminisme ne doit pas être perçu comme une opposition, mais comme une quête d’équité, de dignité et de justice sociale ».
Au fil des interventions, un constat s’impose : malgré les résistances et les pesanteurs socioculturelles, le féminisme guinéen poursuit sa progression.
« Le féminisme en Guinée se porte comme une guerrière : il est debout, résilient, mais il a besoin de renforts », a résumé Hassatou Lamarana Bah.

Se voulant à la fois cadre de réflexion et incubateur d’initiatives, ce forum ambitionne de poser les jalons d’un mouvement féministe ancré dans les réalités locales, porté par une solidarité intergénérationnelle et orienté vers des résultats concrets. Les participantes sont ainsi appelées à formuler des recommandations fortes, capables de traduire les engagements en actions durables.

En clôture de la cérémonie d’ouverture, Maimouna Yombouno a lancé un appel à l’engagement collectif :
« Ensemble, vous pouvez créer un impact durable, structuré et visible ».
À l’heure des bilans comme des perspectives, le féminisme en Guinée semble engagé dans une phase charnière : celle de la structuration, de l’unité et du passage à l’action.
Salif Camara pour Planete7.info
Contact Planete7.info : 624045895/625214852
Planete7guinee@gmail.com
Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.