Kiria, sur les hauteurs du mont Gangan : l’urgence silencieuse d’un village coupé du monde

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À seulement une dizaine de kilomètres de Kindia, le secteur de Kiria, niché sur les pentes du mont Gangan, incarne une réalité souvent ignorée : celle d’un isolement extrême aux portes de la ville. Ici, l’absence de route praticable, d’eau potable et d’infrastructures essentielles condamne des centaines d’habitants à une vie de privations, dans un environnement aussi difficile qu’oublié.


Relevant du quartier Tafory, Kiria semble pourtant hors du temps. Aucun accès routier digne de ce nom ne permet de relier facilement la localité au centre urbain. Chaque déplacement devient une épreuve physique, notamment pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées. L’enclavement est total, et ses conséquences sont visibles à tous les niveaux.


Autrefois, le village tirait sa vitalité économique de ses plantations de bananiers. Ce commerce florissant attirait régulièrement des commerçantes venues de Kindia. Aujourd’hui, cette activité s’est effondrée. Les plantations, frappées par des maladies persistantes, ont été en grande partie détruites, plongeant les familles dans une précarité accrue.

Face à cette situation, les habitants expriment une détresse profonde. L’imam du village, Naby Moussa Soumah, dresse un constat sans détour :
« Notre vie repose sur l’agriculture, notamment le riz et la banane. Mais aujourd’hui, nos cultures sont ravagées. À cela s’ajoute l’absence de route. Aller en ville est devenu un véritable calvaire. Nous n’avons ni école, ni centre de santé, ni mosquée. Les enfants doivent parcourir de longues distances à travers la montagne pour étudier. Les plus petits en sont incapables. Si ce n’était pas notre terre natale, nous serions partis depuis longtemps. Mais nous restons, et nous demandons de l’aide. »

Dans ce quotidien éprouvant, les femmes paient le prix le plus lourd. Privées d’accès aux soins et à l’eau potable, elles se battent chaque jour pour subvenir aux besoins de leurs familles. Fatou Camara témoigne d’une réalité alarmante : « Nous vivons dans une souffrance permanente. Avec la disparition des bananeraies, nous avons perdu notre principale source de revenus. Aujourd’hui, nous ramassons du bois que nous allons vendre en ville. Lorsqu’une femme est sur le point d’accoucher, elle est transportée à dos d’homme ou dans un filet jusqu’au centre de santé. C’est dangereux et humiliant. L’eau est un autre grand problème. En saison sèche, la situation devient critique. Nous partons chercher de l’eau dès l’aube et attendons parfois des heures. L’eau disponible est souvent impropre, même pour les tâches domestiques. »

À Kiria, chaque besoin vital devient un combat quotidien. L’accès à l’éducation, à la santé et à l’eau reste un luxe inaccessible. Malgré tout, les habitants refusent d’abandonner leur terre, portés par un attachement profond à leurs racines.

Aujourd’hui, leur appel est clair : sortir de l’oubli. Route, eau potable, centre de santé, école… autant d’infrastructures indispensables pour redonner espoir à cette communauté. À quelques kilomètres seulement de Kindia, Kiria rappelle avec force qu’au-delà des discours sur le développement, certaines localités continuent de lutter pour leur survie, dans une indifférence quasi totale.

Sylla Ama, correspondant à Kindia pour Planete7.info 

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