Déguerpissement à Sangoyah : la colère et l’angoisse des habitants face aux croix rouges

Conakry – Quartier Sangoyah Mosquée, secteur Banque Mondiale.
Ce jeudi, l’opération de déguerpissement lancée par le gouvernorat de la ville de Conakry, visant officiellement les étalagistes occupant anarchiquement les voies publiques, a plongé plusieurs familles dans une profonde détresse. À Sangoyah, des habitants affirment que leurs concessions, pourtant situées loin de l’emprise routière, ont été marquées de croix rouges, symbole d’une destruction imminente.
Sur place, l’incompréhension est totale. Les victimes dénoncent une opération menée sans préavis, ni explication claire, contrairement aux communiqués officiels qui parlaient essentiellement des bordures de route et des marchés.

Seydouba Camara, victime de déguerpissement, raconte avec amertume :
« Nous n’avons jamais été avertis de quoi que ce soit. Ils n’ont jamais mis de croix sur nos boutiques avant. Nous sommes loin de la route. Dès qu’ils sont venus, ils ne nous ont même pas donné 30 minutes pour déguerpir. »

Selon lui, cette méthode est inhumaine : « Si l’État veut chasser quelqu’un, le minimum c’est de lui donner un préavis d’au moins 24 heures. Même le chef de quartier était là avec eux. C’est de l’outrance. »

Même son de cloche chez Mohamed Lamine Keïta, dont la maison a été marquée :
« Je suis loin de l’emprise, ma maison est loin de la route. Ils viennent mettre des croix rouges partout. J’ai du mal à parler, parce que ça m’a touché. L’emprise, c’est au bord de la route. Sur ma terrasse je peux comprendre, mais pas jusqu’ici. »
Visiblement affecté, il lance un appel au gouvernement : « À l’heure actuelle, tout le monde galère. On ne peut pas supporter ça. Il faut surseoir à cette décision. Ce n’est pas normal. »

Pour Moussa Bangoura, imam et résident du quartier, le problème réside dans le flou entourant les critères du déguerpissement :
« Dans les communiqués, on avait appris que ce sont les bordures de route et les marchés. Mais ce soir, on apprend que les maisons sous les poteaux haute tension sont aussi concernées. Pourtant, ce n’est pas ce qu’on avait entendu. »

Il interpelle directement les autorités : « Qu’on nous dise clairement : est-ce que ce sont les maisons sous les lignes haute tension ou seulement les bordures de route ? »
Mosquée, école, maison : tout menacé

La situation devient encore plus dramatique chez Elhadj Aboubacar Camara, premier imam de la mosquée de Sangoyah. Sa maison, son école et même la mosquée ont été marquées de croix rouges.
« Ma mosquée est là, mon école est là, ma maison est là. Ils ont mis des croix sur tout ça. Je viens à peine de voter ici. Où vais-je envoyer ma famille ? Où vais-je aller ? »
Dans un cri du cœur, il implore le chef de l’État : « Mamadi Doumbouya, aie pitié de moi. Ne me fais pas honnir. Je ne sais plus où aller. »

Parmi les témoignages les plus bouleversants, celui d’Aminata Bangoura, veuve depuis moins de trois mois : « Mon mari vient de rendre l’âme. C’est le chef de quartier qui est venu mettre les croix sur nos maisons. On ne peut pas faire sortir des êtres humains sans préavis. Où vais-je aller avec tous mes enfants ? »
En larmes, elle supplie : « Monsieur le Président, aidez-nous, nous ne savons plus quoi faire. »
Si l’objectif affiché du gouvernorat est de rétablir l’ordre urbain et de fluidifier la circulation à Conakry, à Sangoyah Mosquée, cette opération est vécue comme une injustice sociale. Les habitants estiment être victimes d’une décision brutale, mal expliquée et contraire aux engagements initiaux.

Aujourd’hui, une seule question hante les esprits : jusqu’où ira cette opération de déguerpissement, et qui sera réellement épargné ?
Entre croix rouges et maisons menacées, Sangoyah retient son souffle, dans l’attente d’une réponse des autorités.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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