Clôture du camp militaire de Mamou : des riverains dénoncent des démolitions sans préavis

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Une opération de clôture du camp du Bataillon Autonome de Mamou (BAM) a viré à la controverse ce lundi 05 janvier 2026, suscitant colère, incompréhension et détresse chez plusieurs habitants du quartier Abattoir 2, dans la commune urbaine de Mamou. Des riverains accusent les autorités militaires d’avoir procédé à la démolition de murs et de cours privées sans aucun avertissement préalable, assimilant l’opération à une expulsion brutale et injustifiée.

Implanté depuis plusieurs décennies dans ce quartier populaire de la ville carrefour, le camp du BAM a longtemps coexisté avec des habitations civiles, dans un environnement où les limites entre domaine militaire et propriétés privées demeuraient floues. Cette cohabitation historique a été brutalement remise en cause par le lancement récent de travaux de clôture intégrale du camp, matérialisés par l’édification de murs de plusieurs mètres de hauteur.

Selon plusieurs témoignages concordants, les travaux ont débuté aux environs de 8 heures du matin, sans notification officielle ni concertation préalable avec les populations concernées. Des engins et des militaires auraient alors procédé à la démolition de certaines infrastructures privées, affectant directement des familles installées sur les lieux depuis parfois plus de quarante ans.

Parmi les victimes, Kadiatou Sylla, visiblement éprouvée, raconte avoir été alertée par sa mère, résidente des lieux. À son arrivée sur place, elle découvre une scène de désolation.

« C’est ici que je loge. C’est mon père qui a construit cette maison il y a plus de 40 ans. Je ne vis plus ici, mais ma mère y habite toujours. Ce matin, elle m’a appelée pour me dire que les militaires étaient en train de démolir notre cour. Quand je suis arrivée, j’ai trouvé des hommes en uniforme en pleine démolition, devant une foule impuissante », confie-t-elle, les larmes aux yeux.

La riveraine affirme qu’aucune information officielle ne leur a jamais été communiquée, en dépit d’échanges antérieurs avec certains responsables du camp.

« On ne nous a jamais avertis. Leur chef avait pourtant dit qu’il n’allait déplacer personne, que nous allions rester à l’intérieur même après la construction des murs. Mais comment rester si aucune issue n’est prévue ? On ne peut pas vivre enfermés », déplore-t-elle.

Selon elle, le chef de quartier s’est rendu sur les lieux dans la matinée pour tenter d’apaiser les tensions, sans toutefois pouvoir apporter de solutions concrètes.

Face à ce qu’elle qualifie d’« injustice », Kadiatou Sylla lance un appel solennel aux plus hautes autorités du pays.

« Nous demandons au président et aux autorités de venir au secours des populations. Avant de démolir la maison de quelqu’un, il faut au moins prévenir. Aujourd’hui, beaucoup de familles souffrent. Même un dédommagement symbolique pourrait aider. Mais dans ces conditions, il n’y a plus d’espoir de vivre ici », plaide-t-elle.

D’autres habitants, venus constater les dégâts, expriment la même inquiétude : la perte progressive de leurs biens, mais aussi le risque d’un enclavement forcé, sans accès fonctionnel à l’extérieur, rendant la vie quotidienne difficile, voire impossible.

Joint par téléphone, Mamadou Saïdou Diallo, chef de quartier d’Abattoir 2, affirme ne pas avoir été informé de l’opération.

« Honnêtement, je n’ai reçu aucune information. Normalement, on devait nous informer, mais ce n’est pas le cas », reconnaît-il.

Toutes les tentatives de notre rédaction pour recueillir la version des autorités du Bataillon Autonome de Mamou, du commandement du camp ou des responsables militaires régionaux sont restées sans réponse à ce stade. Ce silence officiel alimente interrogations et spéculations au sein de l’opinion locale.

S’agit-il d’une opération sécuritaire urgente, ou d’un manquement aux procédures administratives et sociales en vigueur en Guinée ? La question reste entière.

Au-delà des dégâts matériels, cette situation met en lumière une fracture grandissante entre populations civiles et autorités militaires. Les riverains appellent à un dialogue inclusif et urgent, impliquant les responsables militaires, les autorités locales et les victimes, afin d’évaluer les impacts, clarifier les limites foncières, prévoir des accès sécurisés et envisager des indemnisations équitables.

Sans une réponse rapide et concertée, préviennent-ils, la détresse observée ce lundi pourrait s’amplifier, nourrissant un profond sentiment d’injustice dans une région déjà sensible.

Affaire à suivre.

Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

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