Vacances scolaires en Guinée : une saison à haut risque pour les filles face à l’excision

Alors que les grandes vacances riment, ailleurs, avec détente et insouciance, elles prennent en Guinée des allures d’alerte rouge pour des milliers de jeunes filles. Chaque année, cette période devient propice à une recrudescence des mutilations génitales féminines (MGF), malgré leur interdiction légale.
Paradoxalement, c’est au moment où les élèves désertent les salles de classe que le risque d’excision atteint son paroxysme. En l’absence du regard protecteur des enseignants et des encadreurs scolaires, de nombreuses jeunes filles deviennent vulnérables à une pratique qui continue de sévir, souvent en toute discrétion, dans l’intimité des foyers ou sous le couvert de traditions.
Pourtant, la législation guinéenne est sans équivoque. Les articles 258 à 261 du Code pénal interdisent formellement les mutilations génitales féminines. Mais sur le terrain, le texte de loi semble impuissant face au poids des coutumes, des croyances religieuses mal interprétées et de la pression sociale.

« Les vacances sont une période critique », alerte Odia Kourouma, militante féministe.
« C’est à ce moment que de nombreuses familles, à l’abri des regards, organisent des cérémonies d’excision. Les filles, souvent envoyées dans les villages, se retrouvent hors du cadre scolaire protecteur. Certaines sont excisées en groupe, d’autres de manière individuelle, parfois sous couvert de rituels initiatiques. »
Un constat inquiétant que confirment les chiffres, mais aussi les témoignages. Le silence des communautés, la peur du rejet et l’impunité alimentent un cercle vicieux.
« La loi est là, mais elle est très peu appliquée », déplore Odia Kourouma.
« Dans bien des cas, l’excision est considérée comme un passage obligé à l’âge adulte, un gage de pureté ou de respectabilité. Refuser d’exciser sa fille, dans certaines communautés, c’est s’exposer à l’isolement, aux moqueries, voire à la remise en cause de la féminité de l’enfant. »
Le phénomène évolue aussi dans ses formes. Si les exciseuses traditionnelles continuent d’officier, un autre visage plus médicalisé de cette violence émerge, plus sournois encore.

Gnoumagbè Diakité, militante engagée contre les violences faites aux femmes, tire la sonnette d’alarme : « Aujourd’hui, des excisions sont pratiquées dans des structures de santé, parfois par des professionnels. Cela donne l’illusion d’un acte sûr, mais c’est toujours une mutilation. Cela montre que la menace ne se limite plus aux villages ou aux cérémonies ancestrales. Les filles ne sont en sécurité nulle part. »
Le paradoxe est glaçant : ce sont souvent des femmes, elles-mêmes victimes du système patriarcal, qui perpétuent la pratique. Par conformisme, par peur de la marginalisation, ou encore par fidélité à une interprétation erronée des prescriptions religieuses.
« Il faut briser ce cycle intergénérationnel », insiste Gnoumagbè Diakité.
« Cela passe par l’éducation des enfants dès le bas âge, pour qu’ils ne grandissent pas en pensant que l’excision est une obligation ou qu’une fille non excisée est incomplète. »
Face à l’ancrage culturel de cette pratique, les militantes appellent à une approche multisectorielle. Pour Gnoumagbè Diakité, plusieurs actions concrètes doivent être mises en œuvre :
- Impliquer les leaders religieux et communautaires, souvent plus écoutés que les autorités politiques.
- Offrir des alternatives économiques aux exciseuses, dont la pratique repose parfois sur une motivation financière.
- Renforcer les mécanismes d’alerte pendant les vacances scolaires, notamment via des comités de vigilance, des programmes radio communautaires ou des actions ciblées d’ONG.
- Faire appliquer strictement la loi, car l’impunité alimente le sentiment d’invincibilité des auteurs.
« Si la loi était vraiment appliquée, certains y réfléchiraient à deux fois avant de commettre l’irréparable », martèle-t-elle.
À l’heure des vacances, la vigilance doit être collective. L’excision n’est pas une coutume à préserver, mais un acte de violence grave portant atteinte à l’intégrité physique, psychologique et morale des filles.
Briser le silence, c’est sauver des vies. Sensibiliser, c’est construire un avenir plus juste. Et agir, c’est dire non à la banalisation d’une violence dont la seule transmission est déjà un traumatisme.
Hawa Mohamed Soumah pour Planete7.info
Contact Planete7.info : 624045895/625214852
Planete7guinee@gmail.com
Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.