souveraineté monétaire – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Wed, 12 Aug 2026 07:30:02 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg souveraineté monétaire – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Éco : le gouverneur de la BCRG défend le maintien du franc guinéen https://planete7.info/eco-le-gouverneur-de-la-bcrg-defend-le-maintien-du-franc-guineen/ Wed, 12 Aug 2026 07:30:02 +0000 https://planete7.info/?p=61451 Alors que la mise en circulation de l’Éco est régulièrement annoncée pour 2027, la Guinée choisit, pour l’heure, de conserver sa monnaie nationale. Devant la presse ce mardi 11 août 2026, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Kemoko Kaba, a exposé les raisons économiques, financières et institutionnelles qui, selon […]]]>

Alors que la mise en circulation de l’Éco est régulièrement annoncée pour 2027, la Guinée choisit, pour l’heure, de conserver sa monnaie nationale. Devant la presse ce mardi 11 août 2026, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Kemoko Kaba, a exposé les raisons économiques, financières et institutionnelles qui, selon lui, justifient cette position.

Le débat sur l’avenir monétaire de l’Afrique de l’Ouest connaît un nouvel épisode. Alors que le projet de monnaie commune de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), baptisé Éco, continue d’alimenter les discussions, la Guinée affiche clairement sa prudence.

Le gouverneur de la BCRG, Kemoko Kaba, a confirmé ce mardi la décision des autorités guinéennes de maintenir le franc guinéen. Une orientation qu’il considère comme cohérente avec la situation économique et institutionnelle actuelle du pays.

« Effectivement, la Guinée, par la voix du président, a décidé de rester au niveau du franc guinéen. Et très sincèrement, je pense que c’est une très bonne décision que le président a prise », a-t-il déclaré.

Pour le patron de la banque centrale, l’échéance de 2027 souvent évoquée pour la mise en circulation de l’Éco ne signifie pas pour autant que les conditions économiques sont réunies pour une telle transition.

Kemoko Kaba invite notamment à regarder de près les critères de convergence auxquels les États devraient satisfaire avant d’intégrer une monnaie commune. Selon lui, leur respect demeure aujourd’hui largement insuffisant au sein de l’espace communautaire.

« Tout le monde dit qu’on va à l’Éco en 2027, mais en gros, personne n’a intérêt à y aller », a-t-il affirmé.

Le gouverneur avance même qu’un seul pays de la CEDEAO respecterait actuellement l’ensemble des critères de convergence nécessaires à une monnaie unique : le Bénin.

« Vous regardez les critères de convergence. Quels sont les pays aujourd’hui qui respectent tous les critères de convergence de la monnaie unique de l’Afrique de l’Ouest ? Il n’y a qu’un pays, c’est le Bénin », a-t-il expliqué.

Au-delà des indicateurs économiques, le gouverneur estime qu’une monnaie commune ne pourrait fonctionner durablement sans mécanismes de solidarité capables de soutenir les États confrontés à des déficits.

« Le troisième point, c’est qu’il faut un mécanisme de transfert entre les États qui ont des déficits et ceux qui ont des excédents. Si vous avez la même modalité et que vous n’avez pas ces transferts-là, ça va être très compliqué », a-t-il prévenu.

Pour illustrer son propos, Kemoko Kaba s’est référé à la crise grecque, considérant qu’une union monétaire dépourvue de mécanismes efficaces de solidarité financière peut exposer certains États à de fortes difficultés.

Au-delà des critères économiques, c’est également la gouvernance d’une éventuelle future banque centrale fédérale de la CEDEAO qui suscite les interrogations du gouverneur guinéen.

Aujourd’hui, explique-t-il, la Guinée dispose d’une banque centrale dont elle maîtrise entièrement le capital et les décisions. Une architecture qui changerait radicalement dans le cadre d’une union monétaire régionale.

« Aujourd’hui, vous avez une Guinée qui détient 100 % sa banque centrale. Demain, vous allez nous mettre en place une banque centrale fédérale », a-t-il relevé.

Dans cette nouvelle configuration, le poids du Nigeria constituerait, selon lui, un élément déterminant. Avec une économie et une population largement supérieures à celles des autres États membres, Abuja disposerait mécaniquement d’une influence considérable au sein des institutions monétaires communes.

Le gouverneur estime ainsi que le Nigeria représente près de 63 % du produit intérieur brut (PIB) de la CEDEAO.

« Donc, quels que soient les pondérations que vous allez mettre sur le PIB, la population ou les réserves, vous allez avoir une banque centrale qui, à minima, sera contrôlée par le Nigeria à hauteur de 60 %, à minima », a-t-il soutenu.

Pour la Guinée, le rapport de force serait donc nettement moins favorable.

« La part de la Guinée là-dedans, je ne suis même pas sûr qu’on aura 5 % du capital de cette banque centrale-là », a-t-il poursuivi.

Une différence de poids qui conduit le gouverneur à poser une question centrale : « Donc pourquoi quitter une banque centrale où vous avez 100 % ? Pour aller à une banque centrale où il y a 5 % ? »

Si la Guinée choisit de maintenir le franc guinéen, Kemoko Kaba tient toutefois à préciser que cette décision ne traduit pas un rejet du principe d’une monnaie commune ouest-africaine.

Conakry entend continuer à participer aux réflexions régionales afin de rechercher une formule susceptible de préserver les intérêts des différents États.

« Ça n’empêche qu’on va continuer à réfléchir avec eux pour voir comment est-ce qu’on va aller vers une monnaie commune, pas unique, mais monnaie commune », a-t-il précisé.

La position guinéenne se veut donc prudente plutôt que définitive : préserver, dans l’immédiat, la souveraineté monétaire du pays tout en maintenant le dialogue sur l’intégration économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest.

Pour le gouverneur de la BCRG, les conditions actuelles ne justifient pas un changement de cap.

« Mais en l’état actuel, c’est la meilleure décision que le président ait », a-t-il conclu.

Salif Camara pour Planete7.info 

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L’ECO : quand la Guinée s’apprête à remettre en cause ses propres initiatives et avancées https://planete7.info/leco-quand-la-guinee-sapprete-a-remettre-en-cause-ses-propres-initiatives-et-avancees/ Sun, 02 Aug 2026 13:10:28 +0000 https://planete7.info/?p=60693 Depuis quelques jours, des voix officielles comme non officielles s’élèvent pour défendre l’idée que la Guinée ne devrait pas adhérer à la future monnaie commune ouest-africaine, appelée ECO. Mais qu’est-ce que l’ECO ? L’ECO est un projet de monnaie unique porté initialement par les pays membres de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), […]]]>

Depuis quelques jours, des voix officielles comme non officielles s’élèvent pour défendre l’idée que la Guinée ne devrait pas adhérer à la future monnaie commune ouest-africaine, appelée ECO.

Mais qu’est-ce que l’ECO ?

L’ECO est un projet de monnaie unique porté initialement par les pays membres de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), créée en 2000, regroupant les États de la CEDEAO qui n’utilisent pas le franc CFA.

Ces pays sont :

🇬🇳 Guinée
🇬🇭 Ghana
🇳🇬 Nigeria
🇬🇲 Gambie
🇱🇷 Liberia
🇸🇱 Sierra Leone

Si le lancement de cette monnaie a été plusieurs fois reporté, notamment en raison de la nécessité pour les États membres de respecter des critères de convergence économique (maîtrise de l’inflation, réduction des déficits budgétaires, stabilité macroéconomique, niveau suffisant de réserves de change, etc.), la Guinée, à travers sa Banque centrale, a toujours accordé une importance particulière à ce projet.

En effet, l’aboutissement de cette initiative permettrait à notre pays de passer d’un système monétaire strictement national, basé sur le franc guinéen, à une monnaie régionale commune, favorisant davantage l’intégration économique et financière avec nos voisins ouest-africains.

Au fil des années, le projet ECO est devenu une ambition plus large portée par l’ensemble de la CEDEAO. Les pays de l’espace UEMOA, qui utilisent actuellement le franc CFA, ont reconnu la pertinence de cette initiative portée à l’origine par les pays de la ZMAO et ont accepté de reprendre la dénomination « ECO » pour la future monnaie régionale.

Cette évolution constituait une véritable victoire diplomatique et économique pour les pays de la ZMAO, et particulièrement pour la Guinée, qui en est un membre fondateur majeur et le seul pays francophone de cet espace.

Il faut rappeler que depuis janvier 2001, la Guinée, à travers sa Banque centrale, participe activement aux travaux de l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO), basé à Accra au Ghana. Cette institution joue un rôle central dans la préparation de l’union monétaire ouest-africaine et de la future monnaie commune ECO.

Ses principales missions consistent notamment à :

– préparer la création d’une Banque centrale commune ouest-africaine ;
– préparer l’introduction d’une monnaie unique pour la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest ;
– assurer le suivi des critères de convergence économique des États membres (inflation, déficit budgétaire, dette publique, réserves extérieures, etc.) ;
– favoriser l’intégration financière, l’harmonisation des statistiques économiques et le développement des systèmes de paiement régionaux.

Des cadres guinéens, dont certains que je connais personnellement, participent depuis plusieurs années à ces travaux techniques essentiels afin de préparer cette future monnaie commune de notre sous-région.

Face à toutes ces avancées et à l’implication constante de notre pays dans les différentes instances — réunions des gouverneurs des banques centrales, rencontres ministérielles, conférences des chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les travaux techniques spécialisés — une question mérite d’être posée :

Comment comprendre qu’après avoir investi autant d’efforts et d’expertise dans ce processus, la Guinée puisse soudainement envisager de renoncer à cette dynamique et défendre l’idée de conserver seule sa propre monnaie nationale dans un espace régional qui pourrait bientôt adopter une monnaie commune ?

Au-delà des considérations politiques du moment, le débat sur l’ECO mérite d’être abordé avec une vision stratégique : celle des intérêts économiques de long terme de la Guinée, de son intégration régionale et de sa place dans l’Afrique de l’Ouest de demain.

Mamadou Djouldé Diallo.
Diplômé de Monnaie, Banque, Finance, Assurance.
Université Paris 1 Pantalon-Sorbonne.

 

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