rémunération – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Wed, 30 Sep 2026 21:32:09 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.6 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg rémunération – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Lansana Béa Diallo : « Quand tu travailles pour 600 000 francs, tes 600 000 francs te servent à quoi ? » https://planete7.info/lansana-bea-diallo-quand-tu-travailles-pour-600-000-francs-tes-600-000-francs-te-servent-a-quoi/ Wed, 30 Sep 2026 21:27:17 +0000 https://planete7.info/?p=65144 Face aux acteurs du secteur privé et aux jeunes réunis au Grand Forum « Jeunesse et Avenir », le ministre de la Jeunesse, Lansana Béa Diallo, a livré un réquisitoire sans détour sur les conditions de rémunération des jeunes en entreprise. Prenant l’exemple du secteur de la sécurité, il a dénoncé un écart qu’il juge […]]]>

Face aux acteurs du secteur privé et aux jeunes réunis au Grand Forum « Jeunesse et Avenir », le ministre de la Jeunesse, Lansana Béa Diallo, a livré un réquisitoire sans détour sur les conditions de rémunération des jeunes en entreprise. Prenant l’exemple du secteur de la sécurité, il a dénoncé un écart qu’il juge préoccupant entre les salaires versés aux travailleurs et les montants facturés par certaines sociétés. Pour lui, la transformation économique de la Guinée ne pourra se faire sans une meilleure valorisation du travail et du capital humain.

Le ton monte. Dans une salle où les discussions portent sur l’employabilité, les compétences et l’avenir de la jeunesse guinéenne, Lansana Béa Diallo choisit de parler d’un sujet qui touche directement le quotidien des travailleurs : le salaire.

À la tribune du Grand Forum « Jeunesse et Avenir », organisé ce mercredi 30 septembre 2026 au Chapiteau By Issa à Conakry, le ministre de la Jeunesse et des Sports interpelle les employeurs, mais aussi ses collègues du gouvernement, sur la rémunération des jeunes dans le secteur privé.

« Les gens sont mal payés quand ils travaillent ici. Dans les entreprises privées, les gens sont mal payés », affirme-t-il.

Pour illustrer son propos, Lansana Béa Diallo cite le cas d’une société de sécurité. Selon lui, certains jeunes y seraient rémunérés à hauteur de 600 000 francs guinéens, alors que l’entreprise facturerait 2,5 millions de francs pour leurs prestations.

« C’est un scandale, messieurs les ministres », lance-t-il devant l’assistance.

Lansana Béa Diallo ne s’arrête pas à la dénonciation. Il expose ce qu’il considère comme un principe de partage de la valeur créée.

« Quand tu as 100, c’est 90 % que tu dois donner aux gens qui travaillent. Et 10 % dans ta poche. Aujourd’hui, c’est l’inverse », soutient-il.

Une déclaration qui traduit, selon lui, la nécessité de revoir les mécanismes de rémunération dans certaines entreprises privées.

Le ministre insiste particulièrement sur le coût réel de la vie pour un jeune salarié. Transport, présence quotidienne au travail et dépenses courantes : avec un revenu qu’il estime insuffisant, le travail ne permettrait pas toujours, selon lui, de vivre dignement.

« Quand tu travailles pour 600 000 francs et que tu te déplaces, que tu arrives tous les jours, mais tes 600 000 francs, ils te servent à quoi ? Ils ne te servent à rien », dénonce-t-il.

Dans un passage plus personnel, le ministre revient également sur les critiques dont il dit faire l’objet en raison de ses prises de position sociales.

« On me traite de socialiste, on me traite de communiste. Et moi, j’ai toujours été indépendant », affirme Lansana Béa Diallo.

Il évoque ensuite son parcours financier et sa conception du partage : « J’ai gagné beaucoup d’argent dans ma vie, wallah et billah. J’ai gagné beaucoup d’argent. Mais j’ai donné 80 % de ce que j’ai gagné parce que j’estime que je n’ai pas besoin de ça. »

Il poursuit en expliquant ne pas voir l’intérêt d’accumuler une multitude de biens matériels.

Au-delà de son expérience personnelle, le ministre veut surtout ramener le débat à la question de la redistribution des richesses produites en Guinée.

C’est ici que son intervention rejoint directement les enjeux de Simandou 2040.

Pour Lansana Béa Diallo, les ressources minières ne doivent pas uniquement générer des revenus ou financer des infrastructures. Elles doivent contribuer à développer le capital humain.

« Notre richesse du sous-sol doit contribuer à faire grandir la richesse qui se trouve au-dessus du sous-sol : nos femmes, nos hommes et notre jeunesse », affirme-t-il.

Une transformation qui, selon lui, ne peut être instantanée. Elle nécessite du travail, de la formation, des investissements, des partenariats et surtout une meilleure articulation entre les formations dispensées et les besoins réels de l’économie.

Le ministre adresse ensuite un message direct aux entreprises et aux partenaires présents dans la salle.

Il leur demande de ne pas réduire le potentiel d’un jeune à la seule lecture de son CV.

« Quand un jeune vient vers vous, écoutez-le, même s’il n’a pas encore toutes les compétences, même si son CV n’est pas parfait, même si son projet doit être mûri », plaide-t-il.

Pour lui, derrière un parcours encore fragile peut se cacher un talent qui ne demande qu’à être révélé.

« Parce que derrière un CV, il y a parfois un potentiel que le papier ne montre pas toujours », insiste-t-il.

D’où son appel à multiplier les stages, le mentorat et les premières expériences professionnelles.

« Donnez des stages, donnez des premières chances. Proposez du mentorat, ouvrez vos entreprises aux jeunes et, lorsque vous voyez un talent, donnez-lui sa chance », exhorte le ministre.

Pour Lansana Béa Diallo, la question de l’emploi ne peut toutefois pas être réglée par l’État seul.

« Nous ne pourrons pas résoudre la question de l’emploi des jeunes uniquement depuis les bureaux de l’administration », reconnaît-il.

Il renvoie ainsi chaque acteur à ses responsabilités : l’État, les entreprises, les partenaires et les citoyens eux-mêmes.

« C’est lorsque ces responsabilités se rendent compte que l’opportunité apparaît », affirme-t-il.

Une vision qu’il rattache à l’ambition de Simandou 2040 : transformer la richesse minière en un levier de développement du capital humain.

Pour le ministre, l’enjeu de Simandou dépasse donc largement l’extraction du minerai.

La véritable ambition doit être, selon lui, de faire émerger une nouvelle génération de professionnels capables de prendre part à la transformation économique du pays : techniciens, ingénieurs, entrepreneurs, innovateurs et dirigeants d’entreprises guinéennes.

« Notre ambition ne peut pas être simplement d’extraire le minerai. Notre ambition doit être de faire émerger des compétences, des techniciens, des ingénieurs, des entrepreneurs, des innovateurs, des entreprises guinéennes capables de grandir », conclut-il.

À travers cette intervention musclée, Lansana Béa Diallo place ainsi la rémunération, l’accès au premier emploi et la valorisation des compétences au cœur du débat sur l’avenir économique de la Guinée.

Derrière les chiffres cités et les formules parfois tranchantes, son message tient en une idée : la richesse produite par l’économie guinéenne doit aussi permettre à ceux qui la créent de vivre dignement et à la jeunesse de trouver sa place dans la transformation du pays.

 

Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info

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