Pêche Artisanale – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Thu, 17 Sep 2026 15:16:53 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg Pêche Artisanale – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Tayaki : entre pollution marine et concurrence des bateaux modernes, les pêcheurs artisanaux à bout de souffle https://planete7.info/tayaki-entre-pollution-marine-et-concurrence-des-bateaux-modernes-les-pecheurs-artisanaux-a-bout-de-souffle/ Thu, 17 Sep 2026 15:16:53 +0000 https://planete7.info/?p=64097 À Tayaki, dans la commune urbaine de Sonfonia, les pêcheurs artisanaux décrivent un quotidien marqué par la cherté des équipements, les déchets plastiques et les risques liés à la navigation. Face à ces difficultés, ils réclament une meilleure prise en compte de leurs conditions de travail et des mesures concrètes pour assurer leur sécurité. Le […]]]>

À Tayaki, dans la commune urbaine de Sonfonia, les pêcheurs artisanaux décrivent un quotidien marqué par la cherté des équipements, les déchets plastiques et les risques liés à la navigation. Face à ces difficultés, ils réclament une meilleure prise en compte de leurs conditions de travail et des mesures concrètes pour assurer leur sécurité.

Le soleil n’a pas encore totalement imposé sa chaleur sur le littoral que l’activité a déjà commencé. Au bord de l’océan, les pirogues se succèdent, les filets s’étalent sur le sol et les pêcheurs s’affairent autour de leurs équipements. Ici, chaque sortie en mer se prépare avec minutie. Avant de prendre le large, il faut vérifier les filets, réparer les mailles endommagées et s’assurer que le matériel est en état.

Dans cet environnement où le bruit des vagues accompagne les gestes du quotidien, la pêche artisanale demeure une activité essentielle pour de nombreuses familles. Mais derrière cette apparente routine se cache une réalité de plus en plus difficile. Entre la hausse du coût des équipements, la pollution marine, la présence des embarcations modernes et le manque d’infrastructures, les pêcheurs de Tayaki disent exercer leur métier dans des conditions particulièrement éprouvantes.

Assis au milieu des filets, Soumah Ibrahim s’applique à monter un nouvel équipement de pêche. Le geste est précis, méthodique. Pour ce pêcheur, la maîtrise de cette technique constitue une nécessité dans un métier où chaque dépense compte.

« Nous sommes des pêcheurs, c’est pourquoi tu nous as trouvés en train de monter un nouveau filet de pêche. Si tu as déjà appris la pêche, il faut aussi apprendre comment monter un filet, parce que c’est aussi une autre activité à part la pêche. Si tu ne maîtrises pas ça en tant que pêcheur, tu vas toujours dépendre des autres », explique-t-il.

À Tayaki, savoir confectionner ou réparer ses propres filets permet de limiter la dépendance à l’égard des autres artisans. Mais cette autonomie ne suffit pas à alléger le poids des dépenses. Le matériel de pêche, devenu particulièrement coûteux, pèse sur les revenus des professionnels.

« On a assez de difficultés dans cette activité. Nos matériels sont très chers au marché. Un demi-filet seulement, on le paye jusqu’à 300 000 francs guinéens, parfois même au-delà », déplore Soumah Ibrahim.

Pour ces pêcheurs, chaque filet représente un investissement important. Une dépense qui devient encore plus lourde lorsque le matériel est endommagé en mer.

À Tayaki, l’océan n’est pas seulement un espace de travail. Il est aussi devenu, selon les pêcheurs, une source de difficultés supplémentaires. Les déchets plastiques qui flottent dans l’eau s’accrochent aux filets, les déchirent et compliquent les opérations de pêche.

Soumah Ibrahim décrit une situation qui affecte directement son activité :

« L’océan est rempli de saletés, surtout les déchets plastiques, et cela nous cause d’énormes dégâts. Nos filets sont percés et on n’arrive pas à bien faire la pêche quand on sort. »

Les conséquences sont à la fois matérielles et économiques. Un filet endommagé doit être réparé ou remplacé, ce qui occasionne des dépenses supplémentaires. Pour des pêcheurs dont les revenus dépendent des prises quotidiennes, ces dégâts représentent une difficulté de plus.

La pollution marine ne se limite donc pas à une question environnementale. Elle touche directement les outils de travail et fragilise davantage une activité déjà confrontée à la hausse du coût des équipements.

Au-delà de la pollution, une autre préoccupation revient dans les témoignages recueillis à Tayaki : la cohabitation entre les pirogues artisanales et les embarcations modernes.

Pour les pêcheurs, cette présence sur les mêmes espaces de navigation accentue les risques en mer. Soumah Ibrahim évoque une situation qu’il juge particulièrement dangereuse pour les petites embarcations.

« Nous sommes en danger entre les bateaux modernes et nous ici. Une fois sur l’océan, ils nous empêchent vraiment de pêcher comme on le veut et c’est une situation très grave. Nous naviguons dans des pirogues, donc tu vois le risque qui est là. Notre vie est vraiment en danger, car on ne sait pas quand on va mourir », témoigne-t-il.

Dans une pirogue, les pêcheurs disposent de moyens limités face à des embarcations plus imposantes. Une différence de taille qui, selon eux, rend les incidents particulièrement redoutables.

« Certains sont en panne sur l’océan, certains sont noyés. Et tu imagines, bateau contre pirogue, il n’y a pas match », ajoute le pêcheur.

Ces propos traduisent la crainte d’une communauté qui affirme ne pas se sentir suffisamment protégée lors de ses sorties en mer.

Pour Alseny Camara, natif de Tayaki et lui-même pêcheur, les difficultés de la communauté ne datent pas d’hier. Elles révèlent surtout, selon lui, un manque d’attention des autorités à l’égard des acteurs de la pêche artisanale.

« Nous ici, nous sommes les oubliés de la commune urbaine de Sonfonia. Que ce soit les autorités sortantes ou bien les nouvelles autorités, personne ne pense à nous, pourtant nous relevons de cette commune », affirme-t-il.

Son témoignage met en lumière le sentiment de marginalisation exprimé par certains pêcheurs. Alors que leur activité contribue aux revenus de nombreuses familles, ils estiment ne pas bénéficier d’un accompagnement à la hauteur des difficultés rencontrées sur le terrain.

La circulation des bateaux modernes figure également parmi leurs principales préoccupations.

« Nous, les pêcheurs artisanaux, nous souffrons ici parce que parfois même les bateaux ont envie de marcher sur nous », dénonce Alseny Camara.

Une déclaration qui illustre, selon lui, la vulnérabilité des pêcheurs artisanaux dans un espace maritime où les moyens de navigation sont inégaux.

À Tayaki, les pêcheurs évoquent aussi leurs rapports avec les autorités navales du port de Kaporo. Alseny Camara affirme que les professionnels s’acquittent de certaines taxes, mais déplore l’absence d’assistance lorsqu’ils rencontrent des difficultés en mer.

« Les autorités navales qui sont au port de Kaporo nous ont mis des taxes à payer et nous nous acquittons de ces taxes sans manquement. Mais jamais ils ne viennent nous secourir quand nous sommes dans des difficultés ici », soutient-il.

Cette situation alimente les frustrations au sein de la communauté. Pour les pêcheurs, les obligations auxquelles ils sont soumis devraient, selon eux, s’accompagner de mesures de sécurité et d’un soutien effectif en cas de danger.

Les propos d’Alseny Camara constituent toutefois le témoignage d’un acteur local. Ils n’ont pas été accompagnés, dans les éléments disponibles, d’une réaction des autorités navales concernées.

Les difficultés ne se limitent pas aux sorties en mer. Sur le littoral de Tayaki, les pêcheurs affirment également faire face à un manque d’espace pour stationner leurs pirogues et entreposer leurs filets.

Alseny Camara se souvient d’une époque où l’organisation de l’activité lui semblait plus simple :

« Avant l’arrivée de ces bateaux modernes, on était tranquille ici. On pratiquait calmement notre activité. Mais depuis leur arrivée, tout est devenu compliqué pour nous. Nous n’avons où garer nos bateaux, ni où mettre nos filets », raconte-t-il.

À cette contrainte s’ajoute l’attente d’équipements annoncés aux pêcheurs. Selon Alseny Camara, des machines leur auraient été promises, mais leur mise à disposition ne s’est toujours pas concrétisée.

« On nous avait promis ici qu’on allait recevoir des machines, mais jusqu’à présent rien n’est fait. Chaque jour, ce sont des promesses non tenues. Nous, les pauvres, on n’a pas droit au bien-être ici avec ces autorités », regrette-t-il.

Aucune précision supplémentaire n’a été fournie sur la nature de ces machines, leur nombre ou le calendrier initialement annoncé pour leur livraison.

Face à l’accumulation de ces difficultés, les pêcheurs de Tayaki appellent les autorités à intervenir. Leur demande porte notamment sur l’amélioration de leurs conditions de travail, la sécurisation des espaces de navigation et un accompagnement plus adapté aux réalités de la pêche artisanale.

« Nous lançons vraiment un appel pressant auprès du gouvernement pour venir résoudre ce problème, car beaucoup comptent sur nous ici », conclut Alseny Camara.

Sur le littoral de Tayaki, les filets continuent d’être montés, les pirogues préparées et les pêcheurs de prendre la mer malgré les obstacles. Mais derrière chaque sortie se dessine une même inquiétude : celle de voir une activité indispensable à la vie de nombreuses familles devenir toujours plus difficile à exercer.

Entre les déchets plastiques qui déchirent les filets, les équipements dont le prix pèse sur les revenus, le manque d’espace et les risques liés aux embarcations modernes, les pêcheurs artisanaux de Tayaki demandent aujourd’hui plus qu’une promesse : des réponses concrètes pour pouvoir continuer à vivre de leur métier en sécurité.

Antoine Neima pour Planete7.info 

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Pêche maritime : comment la Guinée peut-elle préserver ses ressources halieutiques ? https://planete7.info/peche-maritime-comment-la-guinee-peut-elle-preserver-ses-ressources-halieutiques/ Mon, 07 Sep 2026 16:40:42 +0000 https://planete7.info/?p=63342 LA PÊCHE MARITIME GUINEENNE : PROBLEMATIQUE ET SOLUTIONS POUR UNE PÊCHE DURABLE La République de Guinée dispose d’un important potentiel halieutique lié à sa façade maritime et à ses ressources biologiques marines. La pêche maritime constitue ainsi un secteur stratégique pour l’économie nationale, la sécurité alimentaire, l’emploi, les revenus des communautés côtières et le développement […]]]>

LA PÊCHE MARITIME GUINEENNE : PROBLEMATIQUE ET SOLUTIONS POUR UNE PÊCHE DURABLE

La République de Guinée dispose d’un important potentiel halieutique lié à sa façade maritime et à ses ressources biologiques marines. La pêche maritime constitue ainsi un secteur stratégique pour l’économie nationale, la sécurité alimentaire, l’emploi, les revenus des communautés côtières et le développement de l’économie bleue.

Toutefois, cette richesse naturelle constitue également une ressource fragile.

La pression exercée sur les stocks halieutiques, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, dite pêche INN, les conflits entre pêcheurs artisanaux et navires industriels, les insuffisances dans la collecte des données, les difficultés de surveillance des espaces maritimes ainsi que les problèmes liés à la transformation et à la commercialisation des produits de la pêche compromettent la durabilité du secteur.

C’est dans ce contexte que la Guinée a adopté la Loi ordinaire L/2025/019/CNT portant Code de la pêche maritime, adoptée le 30 mai 2025. Le nouveau Code constitue une réforme importante du droit guinéen de la pêche maritime. Il consacre notamment les principes de durabilité, de précaution, d’approche écosystémique, de gestion participative et de cogestion. Il prévoit également la mise en place d’aires marines protégées, de plans d’aménagement des pêcheries ainsi que le renforcement du contrôle des navires.

La question centrale est donc la suivante :

Comment le droit guinéen peut-il permettre de concilier l’exploitation économique des ressources halieutiques avec leur conservation au profit des générations présentes et futures ?

Pour répondre à cette problématique, il convient d’examiner, dans un premier temps, la pêche maritime guinéenne et son régime juridique, puis les principales difficultés auxquelles le secteur est confronté, avant d’analyser les solutions juridiques et institutionnelles permettant de parvenir à une pêche véritablement durable.

I-LA PÊCHE MARITIME GUINÉENNE ET SON ENCADREMENT JURIDIQUE

A-La pêche maritime, une ressource relevant du patrimoine national

Le point de départ du nouveau dispositif juridique réside dans la qualification des ressources halieutiques.

L’article 4 du Code de la pêche maritime de 2025 dispose que les ressources biologiques marines situées dans les zones maritimes sous juridiction guinéenne font partie du patrimoine national.

Cette disposition possède une portée juridique considérable.

Elle signifie que les ressources halieutiques ne constituent pas une propriété privée librement appropriable par les pêcheurs ou les armateurs. Elles appartiennent au patrimoine national et leur exploitation est soumise à l’autorité de l’État.

La législation relative à la pêche maritime précise également que la République de Guinée a le droit et l’obligation de gérer ce patrimoine dans l’intérêt des générations actuelles et futures.

Il s’agit donc d’une véritable consécration juridique du principe de solidarité intergénérationnelle.

Autrement dit, l’État ne doit pas seulement rechercher les recettes immédiates provenant des licences de pêche. Il doit également garantir que les ressources exploitées aujourd’hui pourront encore être disponibles demain.

Cette conception transforme profondément la responsabilité de l’État.

L’administration chargée des pêches devient ainsi non seulement une administration économique, mais également une administration chargée de la conservation et de la protection du patrimoine naturel marin.

B-Le droit de pêche appartient à l’État

Le Code de la pêche maritime de 2025 affirme également que le droit de pêche dans les eaux maritimes sous juridiction guinéenne appartient exclusivement à l’État.

L’exercice de ce droit peut cependant être autorisé au profit de personnes physiques ou morales, guinéennes ou étrangères, conformément aux conditions prévues par la réglementation.

Juridiquement, il faut donc distinguer :

• le droit souverain de l’État sur les ressources ;

• le droit d’accès à la ressource, qui résulte d’une autorisation ;

• l’activité de pêche, qui doit respecter les conditions fixées par la loi et les actes administratifs.

La licence ou l’autorisation de pêche n’est donc pas un droit absolu. Elle constitue un titre administratif conditionnel permettant l’exploitation d’une ressource appartenant au patrimoine national.

Cette distinction est fondamentale pour la gouvernance du secteur.

Elle permet notamment à l’État de suspendre, de retirer ou de ne pas renouveler une autorisation lorsque les conditions légales ne sont plus respectées ou lorsque la conservation de la ressource l’exige.

C-Les différentes formes de pêche

Le Code de la pêche maritime de 2025 distingue notamment les différentes catégories de pêche selon les caractéristiques des navires et les moyens utilisés.

La pêche industrielle comprend notamment la pêche semi-industrielle et la pêche industrielle. La pêche semi-industrielle concerne les navires pontés utilisant des moyens mécaniques et dont la longueur hors tout est inférieure ou égale à 25 mètres, tandis que la pêche industrielle concerne les navires dépassant 25 mètres, dans les conditions définies par le Code de la pêche maritime.

La pêche artisanale bénéficie, quant à elle, d’une attention particulière du législateur en raison de son importance sociale et économique.

L’article 7 du Code de la pêche maritime de 2025 prévoit ainsi que l’État garantit le développement et l’encadrement de la pêche artisanale en tenant compte de la vitalité du secteur, de son importance socio-économique et de l’état des ressources exploitées. La législation relative à la pêche maritime encourage également la participation des pêcheurs à la gestion des ressources.

Cette disposition est particulièrement importante pour la Guinée.

La politique publique ne peut pas être fondée uniquement sur le développement de la pêche industrielle. Elle doit également protéger les communautés qui dépendent traditionnellement de la mer pour leur alimentation et leurs revenus.

II-LA PROBLÉMATIQUE DU SECTEUR DE LA PÊCHE MARITIME GUINÉENNE

A-La pression exercée sur les ressources halieutiques

La première difficulté est celle de la pression exercée sur les ressources.

Lorsque l’effort de pêche dépasse la capacité naturelle de renouvellement des stocks, le phénomène de surexploitation apparaît.

Les conséquences sont doubles :

• la diminution progressive des stocks ;

• la diminution des revenus des pêcheurs à moyen et à long terme.

Le droit de la pêche moderne ne peut donc plus se limiter à déterminer « qui peut pêcher ». Il doit également déterminer :

• combien peut-on pêcher ?

• quelles espèces peuvent être capturées ?

• à quelle période ?

• dans quelle zone ?

• avec quels engins ?

• selon quelles techniques ?

C’est précisément la logique adoptée par le Code de la pêche maritime de 2025.

L’article 15 du Code de la pêche maritime guinéenne prévoit l’établissement de plans d’aménagement des pêcheries, sur une base annuelle ou pluriannuelle. Ces plans doivent notamment évaluer l’état des stocks, déterminer les objectifs de gestion, fixer les volumes admissibles de captures ou les niveaux d’effort de pêche et prévoir les mesures de conservation nécessaires.

La gestion durable repose donc juridiquement sur une logique scientifique.

B-La pêche INDNR ou pêche illicite, non déclarée et non réglementée

La deuxième grande problématique est celle de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.

Le Code de la pêche maritime de 2025 consacre une définition détaillée de la pêche INDNR.

Est notamment illicite la pêche pratiquée sans autorisation ou en violation du Code, des règlements ou des mesures internationales applicables. La pêche non déclarée concerne les activités qui ne sont pas déclarées ou qui sont déclarées de manière erronée. La pêche non réglementée vise notamment certaines activités menées en violation des mesures internationales de conservation et de gestion.

La pêche INDNR constitue une menace majeure parce qu’elle prive l’État de données fiables, compromet les plans d’aménagement, crée une concurrence déloyale envers les pêcheurs respectueux de la loi et accélère la dégradation des ressources.

Le Code de la pêche maritime répond à cette difficulté en prévoyant notamment un plan d’action national de lutte contre la pêche INDNR, ainsi qu’une coopération avec les États étrangers et les organisations régionales de gestion des pêches.

C-Les difficultés de contrôle et de surveillance

La surveillance d’un espace maritime est juridiquement et matériellement complexe.

Un État peut adopter les meilleures lois du monde, mais leur efficacité dépend de sa capacité à contrôler effectivement les navires.

Le droit applicable à la pêche maritime renforce considérablement les moyens technologiques de surveillance.

Les navires industriels et semi-industriels doivent être équipés d’un système d’identification automatique. Les navires industriels étrangers doivent également disposer d’un dispositif de repérage par satellite, tandis que les navires industriels et semi-industriels guinéens doivent être équipés d’un dispositif de suivi par satellite opérationnel.

Le système juridique repose ainsi sur une combinaison de plusieurs mécanismes :

• la règle juridique ;

• la surveillance électronique ;

• le contrôle physique ;

• les sanctions.

Sans cette combinaison, les normes de conservation risquent de rester théoriques.

D-Les conflits entre pêche artisanale et pêche industrielle

Une autre difficulté concerne la coexistence entre les différents acteurs du secteur.

Les pêcheurs artisanaux peuvent être confrontés à des navires industriels opérant dans des espaces proches de leurs zones habituelles de pêche.

Le Code prévoit des mécanismes permettant au ministère de prévenir et de résoudre ces conflits, notamment par la définition de zones de pêche, le marquage des engins, l’assurance destinée à réparer certains dommages et les mécanismes de conciliation.

La question du zonage est donc fondamentale.

La durabilité ne signifie pas seulement protéger les poissons ; elle signifie également organiser juridiquement la coexistence des différentes catégories d’usagers de la mer.

III-LES SOLUTIONS POUR UNE PÊCHE MARITIME DURABLE

A-Faire du plan d’aménagement des pêcheries le véritable instrument central de la politique halieutique

La première solution consiste à appliquer effectivement l’article 15 du Code de la pêche maritime de 2025.

Le plan d’aménagement ne doit pas être un simple document administratif.

Il doit devenir le véritable instrument juridique et scientifique de pilotage des pêcheries.

Il doit permettre de déterminer, pour chaque pêcherie :

• l’état des stocks ;

• le niveau des captures admissibles ;

• l’effort de pêche autorisé ;

• les périodes de pêche ;

• les zones ouvertes ou fermées ;

• les engins autorisés ;

• les espèces protégées ;

• les quotas éventuels ;

• les conditions d’accès des navires étrangers.

Le Code de la pêche maritime précise que ces plans doivent reposer sur des avis scientifiques et des données fiables.

Il appartient donc à l’État d’investir dans la recherche scientifique, les campagnes d’évaluation des stocks et la collecte permanente des données.

Sans données scientifiques fiables, il est impossible de déterminer juridiquement un niveau de pêche durable.

B-Renforcer le principe de précaution

L’article 5 du Code de la pêche maritime consacre les principes de prévention et de précaution, ainsi que l’approche écosystémique, la gestion participative et la cogestion.

Le principe de précaution signifie que l’incertitude scientifique ne doit pas être utilisée comme justification pour attendre que les ressources soient déjà dégradées.

Lorsque les informations disponibles indiquent un risque sérieux pour une espèce ou un écosystème, l’administration doit pouvoir prendre des mesures de protection.

Cela peut notamment prendre la forme :

• d’une réduction temporaire de l’effort de pêche ;

• d’une fermeture saisonnière ;

• d’un repos biologique ;

• d’une interdiction de certains engins ;

• d’une limitation des captures ;

• de la création ou de l’extension d’une aire marine protégée.

Le repos biologique constitue, à cet égard, un instrument concret de gestion.

À titre d’exemple, en 2026, la campagne de repos biologique a été fixée du 1er juillet au 31 août, avec suspension de la pêche industrielle et semi-industrielle dans la zone comprise entre la ligne de base et 60 milles nautiques, tandis que la pêche artisanale demeurait autorisée.

Cette mesure illustre concrètement le passage du principe juridique de durabilité à une mesure administrative de conservation.

C-Le développement des aires marines protégées

L’article 6 du Code de la pêche maritime permet à la République de Guinée de déterminer des aires marines protégées afin de préserver les espèces et les milieux marins et d’y interdire totalement ou partiellement les activités de pêche.

Les aires marines protégées doivent être conçues comme des instruments de conservation à long terme.

Elles peuvent permettre :

• la protection des zones de reproduction ;

• la protection des habitats sensibles ;

• la reconstitution des stocks ;

• la protection des espèces vulnérables ;

• la réduction de certaines pressions humaines.

Cependant, leur efficacité dépend de leur surveillance.

Une aire marine protégée qui n’est pas contrôlée risque de devenir une simple protection « sur le papier ».

Il faut donc associer réglementation, surveillance satellitaire, patrouilles et participation des communautés locales.

IV-LE RENFORCEMENT DE LA SURVEILLANCE, DE LA TRAÇABILITÉ ET DES SANCTIONS

A-Généraliser la surveillance électronique

Le droit relatif à la gestion de la pêche maritime guinéenne offre une base juridique solide pour moderniser la surveillance.

Le système VMS, qui permet de suivre par satellite la position des navires, et le système AIS, qui permet notamment leur identification et le suivi de leurs mouvements, constituent des outils complémentaires.

La solution consiste donc à assurer :

• le VMS ;

• l’AIS ;

• le contrôle à quai ;

• l’inspection en mer ;

• le contrôle documentaire.

Il faut également exploiter les données de manière intégrée.

Une position satellitaire ne doit pas être considérée isolément. Elle doit être comparée avec :

• le journal de pêche ;

• les déclarations de captures ;

• les déclarations d’entrée et de sortie ;

• les débarquements ;

• les transbordements ;

• les données des observateurs.

Cette comparaison permet de détecter les incohérences et d’identifier d’éventuelles pratiques illicites.

B-Renforcer la traçabilité des produits

La durabilité ne s’arrête pas au moment de la capture.

La législation guinéenne applicable à la pêche maritime encadre également le débarquement, le transbordement, la transformation, la commercialisation et le transport.

Par exemple, le Code prévoit que les débarquements industriels font l’objet d’une autorisation préalable et que les navires industriels et semi-industriels doivent transmettre des déclarations de débarquement.

Le transbordement est également fortement encadré : dans les eaux sous juridiction guinéenne, il est en principe interdit, sauf dans les conditions prévues par le Code, notamment à quai ou dans les zones portuaires désignées et avec autorisation.

Cette réglementation est essentielle pour lutter contre la dissimulation des captures et améliorer la traçabilité des produits halieutiques.

C-L’application effective des sanctions

Il convient de noter que la législation guinéenne relative à la lutte contre la pêche illicite comporte un régime de sanctions particulièrement important.

L’application des sanctions varie en fonction de la classification des infractions.

Ainsi, les dispositions des articles 152 à 184 du Code de la pêche maritime guinéenne de 2025 précisent les amendes et les peines applicables.

Par exemple, l’exercice d’une activité de pêche commerciale sans autorisation peut entraîner une amende de 500 millions à 2,5 milliards de francs guinéens, avec aggravation pour certains navires de grande longueur.

Conformément à l’article 179 du Code de la pêche maritime guinéenne, le non-respect des obligations déclaratives peut être sanctionné par des amendes allant de 50 à 250 millions de francs guinéens.

De même, l’entrave au contrôle des inspecteurs sanitaires est punie d’une amende de 10 à 50 millions de francs guinéens. Le dysfonctionnement volontaire du système de suivi satellitaire et certaines infractions liées à la visibilité du navire peuvent entraîner des amendes de 40 à 200 millions de francs guinéens.

Le non-respect des zones, périodes ou quotas de pêche peut également être sanctionné par des amendes importantes.

Le Code prévoit en outre des peines accessoires telles que :

• la suspension ou le retrait de l’autorisation ;

• la confiscation des engins ;

• la confiscation du poisson ;

• la consignation du navire ;

• l’interdiction temporaire d’exercer ;

• la suspension ou le retrait des fonctions du capitaine.

Le véritable enjeu n’est donc plus nécessairement de créer de nouvelles sanctions, mais de garantir leur application effective, transparente et égale à tous les opérateurs.

V-LA GOUVERNANCE PARTICIPATIVE : UNE CONDITION DE LA DURABILITÉ

La gestion durable ne peut pas être exclusivement administrative.

La législation relative à la pêche maritime consacre la participation des acteurs publics et privés à l’élaboration des plans d’aménagement. Elle favorise également la cogestion et la surveillance participative.

Cette orientation est particulièrement pertinente pour la pêche artisanale.

Les pêcheurs connaissent directement :

• les zones de concentration des espèces ;

• les périodes de reproduction ;

• l’évolution des captures ;

• les zones de conflit ;

• certaines pratiques illégales.

Leur participation peut donc améliorer la qualité de la réglementation et son acceptabilité.

Il faut ainsi développer une véritable gouvernance locale des pêches, associant :

• l’administration ;

• les pêcheurs artisanaux ;

• les armateurs industriels ;

• les mareyeuses et mareyeurs ;

• les organisations professionnelles ;

• les chercheurs ;

• les collectivités locales ;

• les organisations de la société civile.

La cogestion ne signifie pas que l’État abandonne ses compétences. Elle signifie que l’État exerce son pouvoir réglementaire en intégrant l’expertise et la participation des communautés concernées.

VI-LA PROTECTION DE LA PÊCHE ARTISANALE ET LA JUSTICE SOCIALE

La pêche durable doit également être une pêche socialement équitable.

Le Code reconnaît explicitement l’importance socio-économique de la pêche artisanale.

Il convient donc de garantir aux pêcheurs artisanaux un accès équitable aux ressources.

Cela suppose notamment :

• une définition claire des zones réservées ou prioritaires à la pêche artisanale ;

• un contrôle effectif des incursions des navires industriels ;

• la protection des engins artisanaux ;

• l’amélioration des infrastructures de débarquement ;

• l’accès à la chaîne du froid ;

• l’amélioration des conditions sanitaires ;

• la formation des pêcheurs ;

• l’accès au financement ;

• la valorisation des produits de la pêche ;

• la participation réelle des organisations de pêcheurs à la gouvernance.

La durabilité ne doit donc pas être comprise uniquement comme une question environnementale.

Elle comporte également une dimension économique et sociale.

Une ressource protégée mais inaccessible aux populations qui en dépendent ne permettrait pas de réaliser pleinement l’objectif de justice sociale recherché par la politique maritime.

VII-LES RECOMMANDATIONS JURIDIQUES POUR UNE PÊCHE GUINÉENNE DURABLE

Au regard du Code de la pêche maritime de 2025, plusieurs recommandations peuvent être formulées.

Recommandation 1 : Renforcer l’application des plans d’aménagement des pêcheries

Chaque pêcherie devrait disposer d’objectifs précis, fondés sur les données scientifiques disponibles.

Recommandation 2 : Renforcer la surveillance satellitaire

Tous les navires soumis au régime de surveillance doivent être effectivement suivis, avec conservation et analyse des données recueillies.

Recommandation 3 : Renforcer les contrôles liés au débarquement des navires de pêche

Le contrôle au port doit permettre de comparer les captures déclarées avec les quantités réellement débarquées.

Recommandation 4 : Améliorer la lutte contre les infractions

Le contrôle doit être renforcé afin de lutter efficacement contre le transbordement clandestin des produits halieutiques.

Le contrôle du transbordement doit constituer une priorité dans la lutte contre la pêche INDNR.

Recommandation 5 : Renforcer les sanctions administratives et judiciaires

Les sanctions doivent être suffisamment rapides, proportionnées et effectivement exécutées pour avoir une véritable fonction dissuasive.

Recommandation 6 : Protéger les zones de reproduction

Les repos biologiques et les aires marines protégées doivent être définis sur la base de données scientifiques fiables.

Recommandation 7 : Améliorer la collecte des données relatives à la pêche artisanale

Le Code de la pêche maritime de 2025 prévoit déjà un système de collecte statistique concernant la pêche artisanale.

Il faut désormais rendre ce système suffisamment fiable pour permettre une véritable connaissance des captures artisanales et de l’effort de pêche.

Recommandation 8 : Développer la cogestion

Les communautés de pêcheurs doivent être associées à la surveillance et à la gestion des ressources halieutiques.

Recommandation 9 : Renforcer la coopération internationale

La pêche étant une activité transfrontalière, la Guinée doit continuer à coopérer avec les États voisins et les organisations régionales de gestion des pêches.

Le Code prévoit lui-même cette coopération ainsi que la coordination des systèmes de surveillance, de contrôle et de gestion.

Recommandation 10 : Garantir la transparence dans la gestion des données

Les données relatives aux licences, aux captures, aux débarquements, aux sanctions et aux plans d’aménagement devraient être publiées dans des conditions permettant un contrôle citoyen et professionnel.

CONCLUSION :

La pêche maritime guinéenne représente à la fois une richesse économique, une ressource alimentaire, un patrimoine naturel et un enjeu de souveraineté maritime.

Le nouveau Code de la pêche maritime de 2025 marque une évolution importante du droit guinéen.

Il ne considère plus la pêche comme une simple activité économique. Il l’inscrit dans une logique de gestion durable des ressources naturelles.

Cette évolution apparaît notamment à travers cinq principes fondamentaux :

• la durabilité ;

• la précaution ;

• l’approche écosystémique ;

• la participation ;

• la cogestion.

La loi renforce parallèlement les outils de gestion : les plans d’aménagement des pêcheries, les autorisations de pêche, le contrôle des navires, le VMS, l’AIS, les déclarations de captures, le contrôle des débarquements, l’encadrement du transbordement, la lutte contre la pêche INDNR et le régime de sanctions.

Cependant, la qualité d’une loi ne se mesure pas seulement à son contenu.

Elle se mesure surtout à son application effective.

Le principal défi de la Guinée est donc désormais de transformer le Code de la pêche maritime de 2025 en une véritable politique publique opérationnelle.

Cela exige des moyens matériels, des données scientifiques fiables, des inspecteurs correctement formés, une surveillance maritime efficace, une justice capable de sanctionner les violations, une coopération internationale renforcée et une participation réelle des communautés de pêcheurs.

En définitive, la pêche durable en Guinée ne signifie pas pêcher moins pour pêcher moins ; elle signifie pêcher conformément à la capacité de renouvellement de la ressource, dans le respect de la loi, de l’écosystème marin et des droits des générations futures.

Le principe posé par l’article 4 du Code de la pêche maritime de 2025 doit ainsi guider toute la politique publique : les ressources biologiques marines constituent un patrimoine national dont la République de Guinée a la responsabilité de garantir la conservation et l’exploitation rationnelle au bénéfice des générations présentes et futures.

La véritable réussite du Code de la pêche maritime de 2025 dépendra donc moins de l’adoption de nouvelles normes que de la capacité de l’État à faire respecter celles qui existent déjà.

Hamidou Diallo

Spécialiste en Droit Maritime

Tel : +224626643009

E-mail : consjurpremargui@gmail.com

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Lancement officiel des travaux d’aménagement du port de pêche artisanale de Teminètaye https://planete7.info/lancement-officiel-des-travaux-damenagement-du-port-de-peche-artisanale-de-teminetaye/ Fri, 17 Oct 2025 20:00:37 +0000 https://planete7.info/?p=47326 Le gouvernement guinéen a officiellement lancé, ce vendredi, les travaux d’aménagement du port de pêche artisanale de Teminètaye, dans la commune de Kaloum. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet national d’aménagement et de modernisation des débarcadères, piloté par le ministère de la Pêche et de l’Économie maritime. La cérémonie de pose de la […]]]>

Le gouvernement guinéen a officiellement lancé, ce vendredi, les travaux d’aménagement du port de pêche artisanale de Teminètaye, dans la commune de Kaloum. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet national d’aménagement et de modernisation des débarcadères, piloté par le ministère de la Pêche et de l’Économie maritime.

La cérémonie de pose de la première pierre s’est tenue en présence du Premier ministre, Amadou Oury Bah, du ministre de la Pêche et de l’Économie maritime, Fassou Théa, ainsi que de plusieurs membres du gouvernement et acteurs du secteur halieutique.

Selon le ministre Fassou Théa, cet ambitieux projet vise à doter le port de Teminètaye d’infrastructures modernes répondant aux normes internationales, dans l’objectif de renforcer la compétitivité et la durabilité de la pêche artisanale en Guinée. « En dotant Teminètaye d’un port de pêche moderne, nous répondons à un besoin de longue date. Nous offrons ainsi aux acteurs de la pêche des conditions de travail dignes de leur courage et de leurs efforts », a déclaré le ministre.

Pour sa part, le Premier ministre Amadou Oury Bah a insisté sur la nécessité d’accélérer la transformation du secteur halieutique, véritable pilier de l’économie nationale. « Le secteur de la pêche contribue déjà à hauteur de 5 % à notre PIB. Nous devons désormais aller plus loin en développant la pisciculture et en valorisant nos ressources maritimes », a-t-il souligné.

Le futur port de Teminètaye marque une étape décisive dans la modernisation du secteur. Il comprendra notamment :

  • Un bâtiment principal R+1 abritant des bureaux administratifs, un hall de vente, ainsi que des postes de police et de gendarmerie ;
  • Un restaurant et un parking public ;
  • Un entrepôt frigorifique et deux chambres froides pour la conservation et la distribution de glace ;
  • Trente magasins destinés aux pêcheurs ;
  • Deux hangars de fumage comportant chacun 54 fumoirs ;
  • Une station-service multi-usages et un atelier de réparation du matériel de pêche ;
  • Un quai moderne conforme aux standards internationaux ;
  • Un château d’eau, un espace de stockage de bois et des toilettes publiques.

Avec ce projet, le gouvernement entend faire de Teminètaye un modèle d’infrastructure halieutique moderne, au service des pêcheurs artisanaux et du développement économique local.

Ce chantier marque ainsi le début d’une nouvelle ère pour le secteur de la pêche guinéenne, tournée vers la modernisation, la durabilité et la valorisation des ressources maritimes du pays.

Salif Camara pour Planete7.info 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

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Bonfi : les pêcheurs artisanaux étranglés par l’anarchie maritime et l’inaction des autorités https://planete7.info/bonfi-les-pecheurs-artisanaux-etrangles-par-lanarchie-maritime-et-linaction-des-autorites/ Tue, 04 Feb 2025 01:17:56 +0000 https://planete7.info/?p=37658 Le port de Bonfi, dans la commune de Matam, est en ébullition. Les pêcheurs artisanaux, pourtant piliers de l’économie locale, se sentent abandonnés, broyés par une concurrence impitoyable et un manque criant de régulation. Lundi 3 février 2025, notre rédaction est allée à leur rencontre. Entre frustration et résignation, ils dénoncent un secteur livré à […]]]>

Le port de Bonfi, dans la commune de Matam, est en ébullition. Les pêcheurs artisanaux, pourtant piliers de l’économie locale, se sentent abandonnés, broyés par une concurrence impitoyable et un manque criant de régulation. Lundi 3 février 2025, notre rédaction est allée à leur rencontre. Entre frustration et résignation, ils dénoncent un secteur livré à lui-même, où l’injustice et le péril sont devenus la norme.

Le ton est amer. Alhassane Bangoura, pêcheur aguerri, pointe du doigt l’un des fléaux qui asphyxient leur activité : la prédation des navires industriels.  « Nous sommes à bout ! Ces bateaux ravagent tout sur leur passage. Normalement, ils devraient se tenir à 200 ou 220 kilomètres des côtes, mais ils s’aventurent jusqu’à 80 kilomètres, réduisant nos chances à néant. Aujourd’hui, partir en mer est un jeu de hasard : on peut dépenser 8 ou 9 millions de francs guinéens et revenir les filets vides. Ce n’est plus de la pêche, c’est une lutte pour la survie ! », fulmine-t-il.

Comme si la rareté du poisson ne suffisait pas, les pêcheurs doivent affronter des conditions de travail précaires et périlleuses. Sékou Bangoura, lui aussi pêcheur, décrit un quotidien de plus en plus dangereux : « La mer est devenue un véritable champ de mines ! Nous devons esquiver des rochers, des carcasses de bateaux et des débris métalliques, tout en évitant la collision avec d’autres pirogues. Le pire ? Nous sommes totalement livrés à nous-mêmes. Aucune aide, aucun soutien. Nous risquons nos vies à chaque sortie, juste pour assurer notre pain quotidien. »

Face à cette situation, les pêcheurs de Bonfi ne réclament pas l’impossible : ils veulent simplement que les règles soient respectées. Que les autorités prennent leurs responsabilités, éloignent ces bateaux destructeurs et sécurisent l’activité. Pourtant, leurs appels restent sans écho.

Jusqu’à quand ? Faudra-t-il attendre un drame pour que les choses bougent ? Pendant que les décideurs ferment les yeux, une profession s’éteint lentement, emportant avec elle l’espoir de milliers de familles qui n’ont d’autre horizon que la mer.

 

Mohamed Diallo pour Planete7.info 

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