guerre informationnelle – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Thu, 10 Sep 2026 01:06:59 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg guerre informationnelle – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Mali : l’intelligence artificielle devient une nouvelle arme dans la guerre informationnelle https://planete7.info/mali-lintelligence-artificielle-devient-une-nouvelle-arme-dans-la-guerre-informationnelle/ Thu, 10 Sep 2026 01:06:59 +0000 https://planete7.info/?p=63511 Au Mali, la guerre ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille. Elle s’étend désormais aux réseaux sociaux et à l’espace numérique, où l’intelligence artificielle générative est progressivement utilisée pour produire, amplifier et diffuser des récits. Dans une étude publiée mercredi 9 septembre 2026, le Timbuktu Institute, centre de recherche basé à Dakar, […]]]>

Au Mali, la guerre ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille. Elle s’étend désormais aux réseaux sociaux et à l’espace numérique, où l’intelligence artificielle générative est progressivement utilisée pour produire, amplifier et diffuser des récits. Dans une étude publiée mercredi 9 septembre 2026, le Timbuktu Institute, centre de recherche basé à Dakar, analyse cette évolution et décrit l’émergence d’une nouvelle dimension du conflit malien.

Intitulée « Des algorithmes en guerre », l’étude s’intéresse aux usages de l’intelligence artificielle par plusieurs protagonistes du conflit : le Jnim, lié à Al-Qaïda, le Front de libération de l’Azawad (FLA), les autorités maliennes de transition ainsi que leurs partenaires russes de l’Africa Corps.

Selon les chercheurs, les différents acteurs n’en sont toutefois pas au même niveau d’utilisation de ces technologies.

Parmi les acteurs étudiés, le Jnim apparaît comme celui dont le recours à l’intelligence artificielle reste le plus limité. Le groupe utiliserait principalement ces outils pour renforcer sa communication propagandiste.

Le Timbuktu Institute évoque notamment des affiches générées par IA diffusées sur des canaux de propagande afin d’annoncer des vidéos présentées comme liées aux attaques du 25 avril. Les chercheurs précisent que les vidéos elles-mêmes seraient bien réelles.

Pour l’institut, cette utilisation demeure encore rudimentaire, mais son potentiel d’évolution est important. L’intelligence artificielle pourrait permettre au groupe d’accélérer la production de contenus, de traduire ses messages dans plusieurs langues et de mieux adapter sa propagande aux différents publics.

Le Jnim se situerait ainsi dans une « phase d’expérimentation limitée, mais potentiellement évolutive », selon l’étude.

Du côté du Front de libération de l’Azawad, l’usage de l’IA prend une forme différente. Le Timbuktu Institute affirme avoir identifié des comptes non officiels, animés par des membres ou des sympathisants du mouvement, qui recourent à des personnages artificiels pour relayer leurs messages sur les réseaux sociaux.

Le cas le plus marquant cité dans l’étude est celui d’« Azzghim », présenté sur plusieurs comptes comme un combattant touareg multipliant les prises de position hostiles à l’Africa Corps russe.

Mais derrière ce personnage au réalisme apparent se cacherait une création numérique. Selon les chercheurs, Azzghim n’existerait pas réellement et aurait été entièrement généré par intelligence artificielle. Certaines imperfections visuelles auraient notamment permis d’identifier son caractère artificiel.

Pour le Timbuktu Institute, de tels avatars offrent aux mouvements un moyen de donner un visage à leur communication, de toucher différents publics et de diffuser plus facilement leurs messages. Ils pourraient également être utilisés à des fins de recrutement, tout en évitant d’exposer directement de véritables combattants.

L’étude décrit une situation différente du côté des autorités maliennes de transition et de leurs partenaires russes. Le Timbuktu Institute évoque une utilisation « étatique, professionnalisée et systémique » de l’intelligence artificielle générative.

L’Africa Corps, qui a succédé au groupe Wagner, aurait intégré ces technologies dans un dispositif plus large de communication et de désinformation. Des contenus artificiels, notamment des vidéos truquées et des deepfakes, seraient utilisés pour promouvoir certains récits favorables à la Russie et aux autorités maliennes de transition.

Ces productions peuvent notamment mettre en avant des succès militaires attribués aux forces maliennes face au Jnim ou au FLA, tout en alimentant des discours hostiles à la France, à la Cédéao ou à certaines organisations de défense des droits humains.

Selon les auteurs de l’étude, cette dynamique dépasse d’ailleurs le seul cadre malien. Elle s’inscrirait dans une stratégie de communication plus large associée aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Pour le Timbuktu Institute, l’un des principaux enjeux réside désormais dans l’ampleur de la diffusion de ces productions. Certains contenus générés ou amplifiés grâce à l’intelligence artificielle peuvent atteindre plusieurs millions de vues, donnant à ces outils une capacité d’influence considérable.

L’IA peut ainsi être mobilisée pour influencer l’opinion publique, détourner l’attention des populations ou encore renforcer le contrôle politique et informationnel.

Cette évolution intervient dans un contexte où les autorités des pays de l’AES ont renforcé leur contrôle sur les médias nationaux et limité l’accès à plusieurs médias internationaux considérés comme critiques.

Au-delà de la propagande et de la désinformation, le Timbuktu Institute alerte sur une possible évolution vers des usages plus opérationnels de l’intelligence artificielle dans les conflits.

Les chercheurs évoquent notamment son utilisation potentielle dans l’analyse du renseignement ou encore dans le fonctionnement de systèmes de drones.

Une telle évolution pourrait profondément modifier les rapports de force. Pour le Timbuktu Institute, l’IA pourrait devenir un « multiplicateur de force » pour les différents acteurs armés, au Sahel comme dans d’autres zones de conflit.

L’étude présente ainsi le conflit malien comme un exemple de la transformation des guerres contemporaines. La confrontation ne se déroule plus uniquement sur le terrain militaire : elle se poursuit dans l’espace numérique, où les images, les vidéos, les avatars et les algorithmes deviennent progressivement de nouveaux instruments de pouvoir et d’influence.

 

Thierno Seydou Diallo pour Planete7.info 

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