Création Fonds Souverains – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Tue, 20 May 2025 15:07:30 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg Création Fonds Souverains – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Structuration du fonds souverain guinéen : enjeux, risques et recommandations https://planete7.info/structuration-du-fonds-souverain-guineen-enjeux-risques-et-recommandations/ Mon, 19 May 2025 22:26:29 +0000 https://planete7.info/?p=41785 Introduction : La Guinée se trouve à un tournant stratégique de son développement économique. Forte de ses ressources naturelles, notamment le minerai de fer du projet Simandou, le pays envisage la création d’un fonds souverain pour transformer ces richesses en investissements durables et équitables. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme « Simandou 2040 […]]]>

Introduction :

La Guinée se trouve à un tournant stratégique de son développement économique. Forte de ses ressources naturelles, notamment le minerai de fer du projet Simandou, le pays envisage la création d’un fonds souverain pour transformer ces richesses en investissements durables et équitables. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme « Simandou 2040 », porté par le Président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, visant à faire de la Guinée un modèle de développement durable sur les 15 prochaines années.

Pour concrétiser cette volonté, le gouvernement guinéen a sollicité l’expertise de cabinets internationaux de renom :

– SouthBridge : dirigé par l’ancien Premier ministre béninois Lionel Zinsou, ce cabinet accompagne la Guinée dans la structuration du fonds souverain, en veillant à ce que sa gouvernance soit alignée sur les standards internationaux.

– Rothschild & Co : cette banque d’affaires assiste le pays dans l’amélioration de sa notation auprès des agences internationales, un élément crucial pour attirer les investisseurs et garantir la crédibilité financière de la Guinée.

– KPMG : ce cabinet d’audit et de conseil est chargé du cadrage technique du programme, en s’assurant que les actions entreprises sont en adéquation avec les objectifs stratégiques fixés par le gouvernement.

Ces collaborations témoignent de la volonté de la Guinée de s’appuyer sur des partenariats internationaux solides pour assurer la réussite de son fonds souverain et, plus largement, de son programme de développement.

A- L’importance du Fonds Souverain pour la Guinée :

La création du fonds souverain de la République de Guinée est un projet stratégique à long terme, visant à gérer les revenus tirés des ressources naturelles, notamment du minerai de fer de Simandou, et à les réinvestir dans des secteurs clés pour le développement du pays. Ce fonds a plusieurs objectifs :

  1. Diversification de l’économie :

Actuellement, l’économie guinéenne repose fortement sur l’exploitation minière (bauxite, or, fer, etc.). Le fonds souverain peut investir dans l’agriculture moderne pour une autosuffisance alimentaire durable, dans les industries de transformation pour ajouter de la valeur localement et enfin dans les services numériques et les télécommunications pour intégrer l’économie numérique.

Cela permettrait de réduire la dépendance du pays aux exportations de ressources naturelles et promouvoir d’autres secteurs clés de l’économie.

2- Création de richesses et d’emplois :

Le fonds permettra de financer des projets générateurs d’emplois à travers des investissements stratégiques dans les secteurs productifs.

En réservant une part de son capital pour le private equity ou les fonds d’amorçage (fonds alloués au lancement d’un projet pour permettre la prospection de marchés et le développement de produits ou de services), le fonds souverain pourrait appuyer les petites et moyennes entreprises guinéennes, génératrices d’emplois et d’innovation.

3- Soutien à la résilience économique :

Il servira de coussin de sécurité pour faire face aux chocs économiques exogènes, en particulier les fluctuations des prix des matières premières.

L’objectif final est de créer un mécanisme de financement autonome, capable de financer des investissements dans l’infrastructure, l’éducation et la santé sans recourir systématiquement à l’aide internationale.

B. Défis, limites et risques du Fonds Souverain :

Malgré les nombreux avantages, la création d’un fonds souverain comporte également des défis :

1-Faible participation de l’État guinéen dans le projet Simandou :

Actuellement, la Guinée détient une participation de seulement 15% dans le projet Simandou, les parts majoritaires étant contrôlées par des consortiums étrangers tels que Rio Tinto et Winning Consortium Simandou. Cette faible participation limite la part des revenus miniers revenant à l’État guinéen, réduisant ainsi les ressources disponibles pour alimenter le fonds souverain.

2-Absence de transformation locale du minerai et d’infrastructures financières locales :

Le modèle actuel repose sur l’exportation du minerai de fer brut, sans transformation locale. Cela prive la Guinée de la valeur ajoutée liée à la transformation du minerai, qui pourrait générer des revenus supplémentaires et créer des emplois. Par exemple, une tonne de minerai brut à $ 120 peut être transformée en acier vendu à $ 600 la tonne sur le marché international.

La Guinée devra aussi renforcer ses institutions financières locales (banque centrale et banques commerciales) pour gérer efficacement les fonds et les investissements.

3-Risque de gouvernance et manque de transparence :

La réussite d’un fonds souverain repose sur une gouvernance transparente et efficace. Cependant, la Guinée a été confrontée à des défis en matière de gestion des revenus miniers, notamment en raison de la corruption et du manque de transparence dans la publication des contrats miniers et des recettes générées. Bien que des progrès aient été réalisés avec l’adoption de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE), des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir une gestion optimale des ressources naturelles.

La Guinée devra donc mettre en place une gouvernance rigoureuse pour éviter les dérives financières et garantir la transparence des investissements réalisés par le fonds.

4-Risques environnementaux et sociaux :

L’exploitation du projet Simandou pourrait avoir des impacts environnementaux significatifs, notamment en matière de déforestation, d’érosion des sols et de pollution des eaux. De plus, environ 20 000 personnes vivant dans la région de Simandou risquent d’être déplacées. Des tensions pourraient surgir si les compensations ne sont pas équitables et si les bénéfices économiques du projet ne sont pas répartis de manière inclusive.

5-Risque de dépendance exclusive aux revenus miniers :

Les fonds souverains sont souvent exposés à des risques liés à la volatilité des marchés financiers, surtout lorsque le pays repose fortement sur les ressources naturelles.

Fonder donc le développement économique sur les seuls revenus miniers expose la Guinée à des déséquilibres économiques, notamment en cas de chute des prix des matières premières. Une diversification de l’économie est essentielle pour assurer une croissance durable.

6-Risque économique global et politique :

L’instabilité économique mondiale pourrait affecter les investissements du fonds, surtout si ces derniers sont exposés à des marchés internationaux volatiles.

L’instabilité politique et les changements de régimes par des moyens non démocratiques pourraient aussi avoir des impacts sur le fonds, car il pourrait y avoir non seulement une révision des priorités stratégiques du fonds ; le gel, le détournement ou la réaffectation des ressources mais également la désignation de nouveaux responsables non fondée sur critères techniques.

7-Risque de dépendance du pouvoir en place et de manque d’encadrement institutionnel :

Si le fonds est trop dépendant de l’exécutif ou d’un cercle restreint de décideurs, sans garde-fous institutionnels, il devient vulnérable à une gestion opaque et politisée. Les décideurs du fonds vont prendre des décisions motivées par des intérêts à court terme ou électoralistes, dans ce sens, le fonds risque d’avoir une perte de crédibilité auprès des partenaires nationaux et internationaux.

C. Recommandations pour le succès du Fonds Souverain

Pour que le fonds souverain de la Guinée soit un véritable succès, plusieurs mesures doivent être prises ou envisagées :

. Révision et/ou renégociation des accords miniers :

L’objectif est d’augmenter la participation de l’État dans le projet Simandou pour assurer une meilleure redistribution des profits.

En effet, en détenant une plus grande part dans ce mégaprojet minier, l’État guinéen augmente directement sa part dans les dividendes et les revenus générés ; il aura un pouvoir décisionnel plus fort dans les grandes orientations du projet. Il peut canaliser davantage de ressources vers les services publics (éducation, santé, infrastructures) et réduire la dépendance aux seules recettes fiscales ou royalties.

Avec une participation plus importante, l’État peut aussi imposer des quotas d’emplois pour les Guinéens ; le développement de la sous-traitance locale ainsi que des programmes de formation et de transfert technologique.

. Renforcement de la gouvernance et des capacités institutionnelles :

Le renforcement des capacités institutionnelles et la formation des cadres sont des piliers essentiels pour garantir l’efficacité, la transparence et la durabilité du futur fonds souverain. La Guinée doit donc investir dans la formation de ses cadres pour assurer une gestion professionnelle du fonds.

La gouvernance du fonds doit reposer sur une structure solide, indépendante et professionnelle. Cela nécessite des institutions dotées de compétences juridiques, économiques et financières avérées ; des organes de gouvernance (conseil d’administration, comité d’investissement) formés et capables de prendre des décisions stratégiques en toute indépendance et une transparence accrue pour renforcer la confiance des citoyens et des partenaires.

Le Fonds devra aussi s’aligner sur les meilleures pratiques internationales, pour cela, il doit adopter les standards de bonnes pratiques fixés par le Forum International des Fonds Souverains (IFSWF) ; intégrer des considérations ESG (environnementales, sociales, gouvernance) dans ses investissements ; avoir une application stricte des normes de conformité et de contrôle interne ; nouer des partenariats internationaux solides et former une nouvelle génération de cadres guinéens spécialisés dans la gestion de portefeuilles et dans la gestion de fonds souverains pour assurer la continuité institutionnelle.

. Diversification des sources de financement et des Partenariats :

Bien que les revenus de Simandou soient un atout, mais la diversification des sources de financement du futur fonds souverain de Guinée est une condition essentielle pour assurer sa robustesse, sa stabilité et son efficacité sur le long terme, le fonds ne peut pas être trop dépendant des ressources naturelles.

D’autres sources (agriculture, télécoms, taxes spécifiques, dividendes d’entreprises publiques, etc.) doivent être explorées pour stabiliser les flux d’alimentation du fonds. Réduire l’impact d’un secteur en difficulté sur le fonds et s’adapter aux priorités nationales selon les cycles économiques.

Le fonds doit aussi attirer les financements privés et nouer des partenariats stratégiques. Pour ce faire, il doit faire des co-investissements avec des fonds souverains étrangers ou des institutions financières internationales, émettre des obligations souveraines vertes (green bonds) ou sociales pour des projets spécifiques sur les marchés financiers et favoriser une gestion proactive de ses actifs en investissant dans différents secteurs de croissance (infrastructures, technologie, santé, énergie renouvelable, etc.).

Il doit surtout développer une stratégie d’investissement moins risquée et plus performante en soutenant le tissu économique national, notamment les PME.

. Protection de l’environnement et des communautés locales :

La protection de l’environnement et des communautés locales doit être un pilier fondamental du fonds souverain de Guinée, non seulement pour respecter les engagements du pays en matière de développement durable mais aussi pour garantir la légitimité sociale et la stabilité des investissements à long terme.

En effet, les activités minières, principales sources de revenus pour le fonds, ont souvent provoqué des tensions avec les populations locales (expropriations, pollution, déplacements, promesses non tenues). C’est pourquoi, le fonds souverain de Guinée doit faire preuve de responsabilité pour intégrer des mécanismes de compensation, de dialogue communautaire et de réinvestissement local pour éviter les conflits et assurer la paix sociale.

Le fonds doit s’aligner avec les normes internationales et les ODD, pour cela, il doit s’atteler à financer des projets à impact environnemental positif en soutenant des programmes de reforestation ou de protection des écosystèmes. Financer des infrastructures vertes (énergie solaire, assainissement, gestion des déchets) et investir dans une agriculture durable ou la gestion intelligente de l’eau.

Cela contribue à réduire l’empreinte écologique du pays et à créer de nouveaux leviers économiques.

Conclusion :

La création d’un fonds souverain en Guinée constitue une étape stratégique pour transformer les ressources naturelles du pays en leviers d’investissement à long terme et de développement durable. Ce mécanisme pourrait permettre une gestion plus efficace et équitable de la richesse nationale tout en assurant une meilleure résilience économique. Toutefois, pour que cette ambition devienne une réussite tangible, il est essentiel de surmonter des défis majeurs, notamment en matière de gouvernance, de transparence, de diversification économique, de gestion des risques, ainsi que de protection de l’environnement et des communautés locales. Une approche rigoureuse, fondée sur une collaboration étroite entre l’État, les experts nationaux et internationaux ainsi que les partenaires techniques et financiers est indispensable pour faire de ce fonds un véritable pilier du développement durable de la Guinée.

 

Mamadou Djouldé DIALLO

Jeune citoyen

 

]]>
41785
Guinée : Un fonds souverain, oui — mais pas avant l’État (Par Abdourahamane Diallo) https://planete7.info/guinee-un-fonds-souverain-oui-mais-pas-avant-letat-par-abdourahamane-diallo/ Fri, 16 May 2025 16:58:15 +0000 https://planete7.info/?p=41648 La Guinée est-elle prête à gérer les milliards du projet Simandou ? Alors que le gouvernement annonce la création d’un fonds souverain, le contrat du projet reste toujours non publié — en violation du Code minier — ce qui jette une ombre sur la transparence et la légitimité de l’opération. Dans le même temps, les […]]]>

La Guinée est-elle prête à gérer les milliards du projet Simandou ? Alors que le gouvernement annonce la création d’un fonds souverain, le contrat du projet reste toujours non publié — en violation du Code minier — ce qui jette une ombre sur la transparence et la légitimité de l’opération. Dans le même temps, les autorités avancent des chiffres extravagants sur sa valeur, évoquant 200 voire 300 milliards de dollars, au mépris de toute rigueur économique. Ce flou et cette surenchère entachent la crédibilité de l’État. La question posée ici n’est donc pas seulement économique. Elle est éthique, générationnelle, existentielle.

Richesse minière, pauvreté institutionnelle

Le projet de minerai de fer de Simandou, évalué officiellement à 20 milliards de dollars, pourrait doubler les revenus du pays. Un miracle économique en puissance. Mais l’histoire récente invite à la prudence. Malgré des décennies d’exploitation de la bauxite et de l’or, la Guinée reste un pays aux routes défoncées, aux hôpitaux sous-équipés et aux enseignants mal payés.

Le danger est connu. les ressources naturelles peuvent affaiblir l’État au lieu de le renforcer, si elles sont captées sans vision, sans contre-pouvoirs, sans institutions.

Un pacte sur dix ans : investir d’abord, épargner ensuite

Je propose un chemin clair, réaliste, en cinq étapes sur dix ans :

  1. Stabiliser les finances publiques

Entre 2021 et 2024, le déficit budgétaire moyen de la Guinée s’est élevé à 370 millions $ par an (1,6 % du PIB). Garantir chaque année 370 millions $ (plafond à 400 millions $) au budget de l’État éviterait de recourir à l’endettement pour financer les salaires, le service de la dette et les services publics essentiels.

  1. Investir massivement en interne pendant sept ans

Dès que l’assise budgétaire est validée, 100 % du surplus (recettes minières au-delà de 370 M$) alimente un Fonds de Développement Prioritaire (FDP) pendant sept ans, pour:

  • Transformation agricole (20 %): irrigation solaire, semences performantes, pistes et entrepôts frigorifiques
  • Soutien aux PME et industries locales (15 %): microcrédits, incubateurs et co-investissements (raffineries d’alumine, agro-usines)
  • Infrastructures & capital humain (65 %): construction d’écoles, d’hôpitaux, formation professionnelle, électrification et ponts

Créer de l’emploi, former des compétences, moderniser l’État: voilà la vraie urgence. Ce n’est qu’en transformant nos ressources sur place — plutôt qu’en exportant du minerai brut — que nous pourrons capturer une véritable richesse. Cette phase d’investissement intensif est primordiale avant toute ouverture vers l’extérieur.

  1. Commencer à épargner sans freiner le développement interne

Entre la 8ᵉ et la 10ᵉ année, une fois les grands chantiers lancés, le surplus est réparti ainsi:

  • 60 % pour le Fonds de Développement Prioritaire (dernier tour)
  • 30 % pour le lancement du Fonds Souverain d’Épargne (FSE)
  • 10 % pour le budget général

Ce partage garantit la poursuite des projets intérieurs, amorce l’accumulation d’une épargne nationale et soulage le Trésor. Car on ne peut pas prétendre épargner sérieusement quand les besoins vitaux ne sont pas encore couverts. C’est comme dans une famille: on utilise d’abord son salaire pour payer le loyer, les repas, la santé, l’électricité. Ce n’est que ce qui reste, une fois les urgences réglées, qu’on peut envisager de mettre de côté ou d’investir. Il en va de même pour l’État: investir à l’étranger avant d’avoir investi chez soi serait une fuite en avant.

  1. Lancer le Fonds souverain à maturité

Après dix ans, le FDP s’arrête. Les excédents sont répartis:

  • 65 % pour le FSE
  • 35 % pour le budget general

Le FSE est divisé en deux poches:

  • 33 % pour absorber les chocs économiques (liquidités)
  • 67 % pour l’épargne de long terme: actions, infrastructures, énergies vertes

Chaque année, seuls les rendements du FSE sont utilisés:

  • 20 % pour l’agriculture
  • 15 % pour les PME
  • 65 % pour l’éducation, la santé et la dette

Règle d’or: “manger les fruits, pas l’arbre.”

  1. Encadrer par la loi et la transparence

Ce modèle exige des garde-fous:

  • Inscription dans la loi des seuils, durées et répartitions
  • Gestion indépendante, rapports publics, audits annuels
  • Tolérance zéro pour la corruption

Ce qu’il faut retenir

La Guinée peut bâtir un fonds souverain. Mais pas aujourd’hui. Et surtout, pas sans un État de droit, une justice indépendante, une liberté d’expression garantie, une administration méritocratique et une gouvernance intègre. Tant que notre pays figurera parmi les derniers en matière de transparence, de liberté d’expression, de respect des droits de l’homme, de personnification de l’État, de lutte contre la corruption et de sécurité des dépôts publics, un fonds souverain ne sera pas un levier de développement, mais une trappe à illusions.

Pour que cette richesse devienne une bénédiction, nous devons d’abord libérer notre peuple, puis nos institutions. Aucune stratégie économique ne peut réussir sans un retour rapide à l’ordre constitutionnel. L’urgence, aujourd’hui, est d’organiser des élections libres, transparentes et inclusives, dans le respect de la charte de transition.

 

Abdourahamane Diallo est économiste guinéo-américain. Il conçoit des scénarios macroéconomiques et géopolitiques pour le secteur financier international. Il milite pour une gestion souveraine des ressources africaines.

]]>
41648
Création d’un Fonds Souverain en Guinée, quelle plus-value pour l’économie nationale ? (Par Abdoulaye GUIRASSY, Economiste-politologue) https://planete7.info/creation-dun-fonds-souverain-en-guinee-quelle-plus-value-pour-leconomie-nationale-par-abdoulaye-guirassy-economiste-politologue/ Wed, 14 May 2025 14:37:00 +0000 https://planete7.info/?p=41540 Un fonds souverain est un instrument financier géré par un État ou une entité publique, il s’agit concrètement d’un fonds détenu par un gouvernement qui investit dans divers actifs (actions, obligations, immobilier, entreprises, etc.) dans le but de faire fructifier les réserves financières du pays. Ces fonds sont généralement alimentés par des réserves financières provenant […]]]>

Un fonds souverain est un instrument financier géré par un État ou une entité publique, il s’agit concrètement d’un fonds détenu par un gouvernement qui investit dans divers actifs (actions, obligations, immobilier, entreprises, etc.) dans le but de faire fructifier les réserves financières du pays.

Ces fonds sont généralement alimentés par des réserves financières provenant de :

  • L’extraction des ressources naturelles (pétrole, gaz, bauxite, fer etc…) ;
  • Des excédents budgétaires, de revenus commerciaux ou d’autres sources de revenus nationaux.

L’objectif principal de la mise en place d’un fonds souverain consiste à générer des rendements à long terme pour le pays, à constituer une épargne pour les générations futures surtout dans les pays dépendants des ressources naturelles et à stabiliser l’économie par l’atténuation des chocs économiques, notamment une chute brutale des prix.

Le schéma de financement d’un fonds souverain consiste à allouer une partie des fonds issues de :

  • L’exportation des matières premières (Norvège, Arabie Saoudite…) ;
  • L’excédent commercial des pays ayant une balance commerciale excédentaire (Chine, Singapour).

Les pays qui font le choix stratégique de créer ces fonds, se retrouvent généralement avec des réserves de change excessives détenues par les banques centrales. Outre les réserves de change, l’actif des fonds souverains est aussi composé des participations financières (actions, obligations, réserves foncières, métaux précieux et autres instruments financiers).

Les fonds souverains peuvent revêtir plusieurs formes telles que :

  • Fonds de stabilisation ;
  • Fonds d’épargne intergénérationnelle ;
  • Fonds de développement ;
  • Fonds de réserves.

Ils permettent aux pays de renforcer leurs influences en détenant des parts significatives dans des entreprises mondiales, c’est donc un outil de gestion de la richesse nationale combinant stratégie financière, vision à long terme avec parfois des bifurcations géopolitiques.

La création d’un fonds souverain exige des préalables tels que :

  • L’élaboration d’une stratégie d’investissement aboutie ;
  • La rédaction des documents juridiques et réglementaires ;
  • La structuration du fonds ;
  • Le recrutement de l’équipe dirigeante ;
  • La collecte des fonds ;
  • Le lancement officiel du fonds souverain.

La République de Guinée, dotée d’un potentiel minier hors du commun ambitionne sous l’impulsion des autorités du CNRD, avec l’appui du Cabinet Southbridge de créer un fonds souverain dans le cadre du Programme Simandou 2040.  Ce fonds sera probablement dénommé Fonds Souverain de Guinée (FSG).

A rappeler que depuis l’accession de notre pays à l’indépendance en 1958, tous les gouvernements successifs se sont intéressés au gisement de fer de Simandou, mais force est de reconnaitre que les avancées enregistrées sous l’ère CNRD, sont spectaculaires et sans commune mesure. La dynamique actuelle a induit une avancée majeure faisant ainsi passer du titanesque projet Simandou d’une simple idée de projet à un chantier en exécution, avec de multiples composantes (ferroviaires, portuaires, minières …).

La mise en place de ce fonds souverain aura le mérite non seulement de sécuriser les ressources issues de l’exploitation des mines de fer de Simandou, de diversifier notre économie, mais aussi de constituer un bas de laine pour la stabilité financière à long terme et un filet de sécurité financière pour les générations futures.

Par ce biais, le Gouvernement agira en bon père de famille suffisamment altruiste qui léguera à ses progénitures des héritages conséquents plutôt que des dettes excessives. A rappeler que le service de la dette occupe la première place dans la nomenclature budgétaire de notre pays dans son « titre1» et absorbe une part significative de nos ressources. De ce point de vue, le Fonds Souverain sera un levier stratégique à actionner pour garantir l’autonomie et le financement des programmes de développement de notre pays.

Pour rappel, le gisement de Simandou regorge plus de 8 milliards de tonnes de fer à teneur exceptionnelle avoisinant 70%. Les recettes estimées sont chiffrées à plus 2 milliards de dollars dès les cinq premières années d’exploitation selon le ministère en charge du Plan.

Cet accroissement exponentiel potentiel de nos ressources engendre des défis énormes au nombre desquels nous pouvons citer :

  • La capacité d’absorption des ressources ;
  • La gestion transparente des ressources ;
  • La diversification de l’économie ;
  • La dépendance excessive aux exportations des matières premières ;
  • La forte exposition aux chocs exogènes (volatilité des prix).

Pour relever efficacement ces défis, il sera utile que le futur fonds soit subdiviser en plusieurs sous fonds notamment :

  • Une caisse de stabilisation à l’image de la caisse de péréquation des matières premières en Côte d’Ivoire pour annihiler l’effet de volatilité des cours mondiaux de fer ;
  • Un fonds dédié à la diversification de notre économie (70% de nos recettes sont issues de l’exportation de nos mines), en orientant prioritairement les investissements vers les secteurs de l’éducation, de l’agriculture, des industries industrialisantes, les infrastructures et celui de la santé ;
  • Un fonds des générations futures à l’image de celui de la Province du Québec au Canada, un tel fonds aura pour mérite la prise en compte des préoccupations futures de nos enfants et petits-enfants.

Pour se prévaloir de l’acceptabilité et de la reconnaissance des Institutions Internationales comme le FMI, il est essentiel que ce futur fonds respecte les conditions d’éligibilité des fonds souverains qui sont :

  • Être géré ou contrôlé par le gouvernement ;
  • Gérer les actifs dans une logique de long terme ;
  • Poursuivre une politique d’investissement visant des objectifs macroéconomiques (diversification du PIB, le lissage de l’activité ou encore l’épargne intergénérationnelle).

Afin de garantir la pérennité d’un tel dispositif, il est crucial de créer le fonds par la loi plutôt que par un décret, car le cadre juridique et règlementaire qui consacre la création d’un tel fonds, doit être le plus robuste et le plus tenace possible, de manière à résister à la tentation des humains et aux vicissitudes des temps. Ce cadre devra clairement prévoir des intangibilités et de dresser le portrait-robot des dirigeants dont la nomination ne doit souffrir d’aucune complaisance, de la qualité des dirigeants dépendra largement l’efficacité de la gouvernance des institutions.

Cependant, il est de notoriété publique que les fonds souverains investissent une part importante de leurs actifs dans les bourses des valeurs mobilières (40%), ce qui fait d’eux des acteurs clés des marchés financiers mondiaux.

Or, à date la Guinée ne dispose pas d’un marché financier en bonne et due forme où se négocierait les actions et les obligations. Dans cet ordre d’idée, la question légitime que l’on pourrait se poser, est de se questionner sur l’ordre de préséance entre la création d’un marché financier national et la mise en place d’un fonds souverain national. En claire sans marché financier opérationnel, le futur fonds sera privé de la couveuse permettant son accroissement post natal. La seule alternative qui s’offrirait au Fonds Souverain de Guinée est de s’affilier aux marchés financiers de certains pays de la sous-région, en attendant la mise en place urgente du nôtre.

De ce qui précède, il est opportun de saluer à sa juste mesure la vision globale et la dynamique en cours. Le projet et le Programme Simandou sont entrain de redonner espoir aux guinéens, nonobstant quelques scepticismes ambiants d’une frange de la population.

En tout état de cause, la volonté politique qui sous-tend la mise en place d’un Fonds Souverain national est une innovation majeure dans l’architecture économique de notre pays et augure des perspectives rassurantes dans la mise en œuvre des stratégies de développement à moyen et long terme de notre pays.

 

Abdoulaye GUIRASSY, titulaire d’un Master en Economie appliquée (Université de Limoges, France) et d’un Master en Science PO (Jean Moulin Lyon 3, France) ;

Membre correspondant de l’Académie des Sciences de Guinée ;

Chargé de cours d’économie monétaire et Président du Cercle de Réflexion et d’Analyse de la Conjoncture Economique (CRACE).

 

 

 

]]>
41540