Construction de raffinerie – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Thu, 23 Jul 2026 19:15:19 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.6 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg Construction de raffinerie – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 La Guinée a arrêté de vendre sa terre. Reste à savoir jusqu’où elle ira. https://planete7.info/la-guinee-a-arrete-de-vendre-sa-terre-reste-a-savoir-jusquou-elle-ira/ Thu, 23 Jul 2026 19:15:19 +0000 https://planete7.info/?p=59920 Il y a une phrase du ministre des Mines guinéen que je n’arrive pas à oublier. M.Bouna Sylla, l’an dernier, devant des investisseurs : « Nous sommes aujourd’hui le plus grand producteur de bauxite au monde, mais aucune raffinerie n’a été construite depuis l’époque coloniale. » Soixante-cinq ans d’indépendance. Zéro raffinerie. Et pendant ce temps, […]]]>

Il y a une phrase du ministre des Mines guinéen que je n’arrive pas à oublier. M.Bouna Sylla, l’an dernier, devant des investisseurs : « Nous sommes aujourd’hui le plus grand producteur de bauxite au monde, mais aucune raffinerie n’a été construite depuis l’époque coloniale. »

Soixante-cinq ans d’indépendance. Zéro raffinerie. Et pendant ce temps, 182 millions de tonnes de bauxite sorties du sol guinéen en 2025, chargées sur des navires, transformées ailleurs, revendues au monde entier sous forme d’aluminium.

Cette phrase n’était pas un constat. C’était une annonce.

Ce qui s’est passé en dix-huit mois.

Mars 2025, SPIC lance la construction d’une raffinerie d’alumine adossée à une centrale électrique de 250 MW. Un milliard de dollars. Quelques mois plus tard, West China Alumina Guinea engage un projet similaire, 1,2 milliard. Puis le 13 juin 2026, à Lisso-Demougala près de Boffa, le groupe CHINALCO pose la première pierre de sa filiale Chalco : 1,68 milliard de dollars, 1,2 million de tonnes d’alumine par an. C’est la première fois que ce géant chinois construit une raffinerie hors de ses frontières.

Trois raffineries engagées. Le gouvernement en vise cinq d’ici 2030. Et il ne compte pas s’arrêter à l’alumine : Conakry cherche déjà des investisseurs pour une usine d’aluminium, dernière marche de la chaîne de valeur.

Un pays qui, il y a deux ans, n’avait rien.

Le détail que tout le monde survole.

Relisez la première ligne du paragraphe précédent. SPIC ne construit pas une raffinerie. Il construit une raffinerie et une centrale électrique de 250 mégawatts.

Ce n’est pas un bonus. C’est une condition de survie du projet.

Une raffinerie d’alumine, techniquement, c’est le procédé Bayer : on attaque la bauxite à la soude caustique sous haute température et haute pression pour en extraire l’alumine. Cela demande une puissance électrique considérable, de la vapeur en continu, de l’eau en très grande quantité, et une chaîne d’approvisionnement en soude caustique qui, elle, sera importée. Une interruption d’alimentation ne ralentit pas la production : elle l’arrête, avec des conséquences sur l’installation elle-même.

Or le taux d’accès à l’électricité en Guinée tourne autour de 44 %, et bien moins en zone rurale. Aucun industriel sérieux ne va brancher une usine à 1,7 milliard de dollars sur un réseau national qu’il ne contrôle pas.

D’où cette règle simple, qu’on ne lit nulle part dans les communiqués : chaque projet de transformation en Guinée arrive avec sa propre production d’énergie. Le vrai goulot d’étranglement de l’industrialisation guinéenne n’est pas le minerai, ni même le capital. C’est le kilowatt.

Et il y a un sujet dont on parle encore moins : les boues rouges. Le procédé Bayer génère, pour chaque tonne d’alumine produite, une à deux tonnes de résidus alcalins qu’il faut stocker sur des surfaces immenses, étanchéifier, surveiller pendant des décennies. À Boffa, à Boké, dans des zones où l’agriculture et la pêche font vivre les populations, ce n’est pas une clause de style. C’est le sujet qui décidera de l’acceptabilité de ces usines dans dix ans.

Puis l’or, et là c’est un décret.

Le 3 juillet 2026, Son Excellence Monsieur le Général Mamadi Doumbouya, Président de la République de Guinée, signe un texte qui ne laisse aucune ambiguïté. L’exportation d’or brut est interdite. Est considéré comme brut tout or dont la pureté est inférieure à 99,5 %. Seuls les lingots raffinés en Guinée, certifiés par une raffinerie agréée sur le territoire, pourront franchir la frontière. Quatre-vingt-dix jours de transition, puis l’interdiction devient totale.

Cette fois, ce n’est plus une incitation. C’est une contrainte légale.

L’outil industriel suit : la Nimba Gold Refinery, à Gbessia, affiche une capacité de 2 000 kilos par jour, extensible au double. L’une des plus importantes du continent. Les montants en jeu expliquent la fermeté. Avec un cours de l’or entre 3 200 et 3 400 dollars l’once cette année, une production nationale de 15 à 20 tonnes représente entre 1,6 et 2,2 milliards de dollars. Chaque gramme qui partait brut emportait avec lui la marge du raffineur, celle du négociant, celle du transformateur. Tout cela se jouait ailleurs.

Mais un décret ne s’applique qu’à ce qu’on peut voir.

C’est ici qu’il faut être honnête, sinon l’analyse ne vaut rien.

La filière aurifère guinéenne reste largement dominée par l’orpaillage artisanal. Des dizaines de milliers de personnes, dispersées sur les zones de Siguiri, Mandiana, Kouroussa, avec des circuits de collecte qui traversent les frontières bien avant d’atteindre un comptoir officiel.

Interdire l’exportation d’or brut, c’est fermer une porte à ceux qui passaient déjà par la porte. Ceux qui empruntaient d’autres chemins continueront de les emprunter, et la mesure pourrait même les y encourager.

Le décret le sait, d’ailleurs : il prévoit la création d’un registre national de traçabilité aligné sur les normes de l’OCDE. C’est la vraie mesure structurante du texte, bien plus que l’interdiction elle-même. Un raffinage obligatoire sans traçabilité produit une statistique. Un raffinage obligatoire avec traçabilité produit une filière.

L’exécution se jugera là, pas dans l’annonce.

La logique est devenue systématique.

Bauxite, puis or. Ce n’est pas une succession de décisions isolées, c’est une doctrine. Elle porte même un nom : Simandou 2040, le programme qui structure l’ambition industrielle guinéenne autour de trois minerais. La bauxite. L’or. Et le fer.

Le fer, justement. Simandou, c’est 21 à 22 milliards de dollars d’investissement, 650 kilomètres de voie ferrée neuve, un port en eaux profondes, une capacité dimensionnée jusqu’à 120 millions de tonnes par an. Le plus grand gisement de fer inexploité de la planète entre en production.

Et pour l’instant, ce minerai partira brut.

Si la doctrine est cohérente, le fer est le prochain sur la liste. Mais soyons précis sur ce que cela impliquerait, parce que ce n’est pas une raffinerie de plus.

Transformer du minerai de fer localement, cela veut dire soit des hauts fourneaux, qui exigent du coke métallurgique que la Guinée n’a pas et devrait importer, soit de la réduction directe, qui consomme du gaz naturel que la Guinée n’a pas non plus. Dans les deux cas, la contrainte énergétique n’est plus de 250 mégawatts mais d’un autre ordre de grandeur. Sans compter que l’acier est un produit lourd, à faible valeur au kilo, dont l’économie dépend entièrement de la proximité du marché de destination.

Autrement dit : la bauxite se transforme parce que l’alumine se transporte bien et se vend cher. Pour le fer, l’équation est différente, et la première étape réaliste ressemble plutôt à des boulettes de minerai enrichi qu’à des bobines d’acier.

Cela ne veut pas dire que ça n’arrivera pas. Cela veut dire qu’il ne faut pas confondre le calendrier politique et le calendrier industriel.

Le vrai sujet est peut-être ailleurs.

Pendant qu’on regarde les mines, il se passe la même chose dans les champs. Sauf que là, personne n’a signé de décret.

Au salon SADEN, en juin dernier à Conakry, une entrepreneure du secteur agroalimentaire résumait la situation : plus de 80 % de la production agricole guinéenne est vendue à l’état brut.

Prenez l’anacarde. Cent cinquante mille producteurs. Deux cent mille hectares de plantations. Et en 2024, mille cinq cents tonnes transformées sur place. Moins de 1,4 % de la récolte. Le reste part vers l’Inde et le Vietnam, où la noix est décortiquée, grillée, conditionnée, puis revendue sur les marchés mondiaux.

Le Sénégal, qui connaît exactement le même problème, a fait le calcul. Le kilo de noix brute se vend autour de 700 francs CFA. Transformé, il vaut entre dix et quinze mille francs. Un facteur quatorze à vingt et un.

Appliquez ce ratio aux volumes guinéens et vous obtenez l’ordre de grandeur de ce qui s’évapore chaque année, sans que personne n’en parle.

La mangue raconte la même histoire. Cent cinquante mille tonnes produites, exportées en frais quand elles ne pourrissent pas sur place faute de débouché, pendant que l’Europe achète de la mangue séchée et du jus conditionné, de préférence bio. Le débouché existe. L’outil, non.

Pourquoi l’un avance et pas l’autre.

Il y a une différence de nature entre les deux mondes, et elle explique tout.

Dans les mines, l’État dispose de tous les leviers. Il attribue les permis, il négocie les conventions, il peut interdire une exportation d’un trait de plume. Un décret suffit à réorienter une filière, parce qu’en face il y a une poignée d’opérateurs industriels identifiés, avec des capitaux, des obligations contractuelles et beaucoup à perdre.

Dans l’agriculture, il n’y a personne à convoquer. Cent cinquante mille producteurs d’anacarde dispersés entre la Haute Guinée et la Guinée maritime, des circuits de collecte informels, des acheteurs qui traversent les frontières. On ne décrète pas la transformation d’une filière atomisée.

Et le blocage n’est pas seulement politique, il est technique. Une unité de transformation agroalimentaire, c’est une chaîne du froid qui ne doit jamais s’interrompre, donc encore de l’électricité. C’est une certification sanitaire reconnue à l’export, qui suppose un laboratoire, des procédures, des audits. C’est un calibrage de capacité face à une production saisonnière : une unité de séchage de mangues tourne quatre mois par an et doit amortir sur douze. Et c’est un accès au financement pour des porteurs de projets qui n’ont ni garanties bancaires ni historique de crédit.

Chacun de ces points est surmontable. Aucun ne se règle par décret.

Ce que j’observe depuis le terrain.

Un dernier point, qui vient de ce que je vis dans mon métier plutôt que des communiqués officiels.

Il ne suffit pas qu’un pays décide de s’industrialiser. Encore faut-il que l’industrie mondiale réponde présente.

J’ai consulté récemment six fournisseurs internationaux, tous européens ou nord-américains, pour un équipement industriel destiné à une infrastructure guinéenne. Trois n’ont jamais répondu ou se sont désistés sans motif technique réel. Sur les trois offres reçues, aucune n’incluait le transport ni le dédouanement. Les délais annoncés vont de quatre à six mois, hors logistique. Et pour deux d’entre elles, il fallait contractualiser avec deux entités dans deux pays différents.

Ce n’est pas anecdotique, c’est structurel. Beaucoup d’industriels européens traitent encore l’Afrique de l’Ouest comme une zone de risque commercial plutôt que comme un marché. Ils répondent tard, chiffrent en départ usine et laissent au client le soin de résoudre tout ce qui se passe après le quai.

Pendant ce temps, les acteurs chinois arrivent avec un package complet : financement, équipement, construction, et parfois la centrale électrique qui va avec. Ce n’est pas un hasard si les trois raffineries d’alumine guinéennes sont chinoises.

La question n’est donc pas seulement de savoir si la Guinée veut transformer. C’est de savoir qui viendra

équiper cette transformation, et à quelles conditions.

Ce que ça change pour un industriel.

Hier, la Guinée était un fournisseur de matière première. Demain, c’est un site de transformation. Ce ne sont pas les mêmes besoins, ni les mêmes partenaires, ni les mêmes équipements.

Une raffinerie d’alumine, ce sont des besoins en énergie, en sécurité industrielle, en détection gaz, en protection incendie, en maintenance et en formation, sur vingt ans. Une unité agroalimentaire, ce sont des chaînes de froid, des certifications, des normes d’export. Un corridor minier, ce sont des systèmes de pesage, de contrôle, de traçabilité.

Rien de tout cela ne se fabrique en Guinée aujourd’hui. Tout cela devra venir de quelque part.

Ceux qui arriveront quand tout sera construit trouveront les places prises.

Reste la question que je pose sincèrement, et à laquelle je n’ai pas de réponse définitive : après la bauxite, l’or et bientôt le fer, qui portera la transformation agricole ? L’État n’a pas les mêmes leviers. Les investisseurs internationaux regardent les mines, pas les vergers. Et les producteurs, eux, n’ont ni le capital ni l’accès au marché.

C’est peut-être là que le prochain chantier guinéen doit s’ouvrir.

 

 

John Monteron

Fondateur HEXAGUARD GROUP | Connecte les institutions aux investisseurs, les investisseurs et industriels aux projets concrets — Afrique de l’Ouest et centrale

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Mamady Youla dénonce un article diffamatoire : un droit de réponse pour rétablir la vérité https://planete7.info/mamady-youla-denonce-un-article-diffamatoire-un-droit-de-reponse-pour-retablir-la-verite/ Tue, 21 Jan 2025 04:08:12 +0000 https://planete7.info/?p=37163 L’ancien Premier ministre guinéen Mamady Youla a vigoureusement réagi à un article publié sur le site Guineelive.com, l’accusant de malversations dans la gestion du projet de raffinerie d’alumine par la société minière Guinea Alumina Corporation (GAC). Dans une déclaration publique, il dénonce des accusations « mensongères et malveillantes » visant à porter atteinte à son honneur et […]]]>

L’ancien Premier ministre guinéen Mamady Youla a vigoureusement réagi à un article publié sur le site Guineelive.com, l’accusant de malversations dans la gestion du projet de raffinerie d’alumine par la société minière Guinea Alumina Corporation (GAC). Dans une déclaration publique, il dénonce des accusations « mensongères et malveillantes » visant à porter atteinte à son honneur et à sa réputation.

L’article en question attribue à Mamady Youla, alors Premier ministre sous le régime d’Alpha Condé, la responsabilité de la mise en veille de la construction d’une raffinerie d’alumine promise par la société GAC. Selon le site, cette décision aurait été motivée par des intérêts personnels et financiers, au détriment des Guinéens. Toujours selon cet article, cette situation aurait conduit à l’arrêt des activités de GAC et au chômage de milliers de travailleurs, laissant planer une image sombre sur le secteur minier guinéen.

Dans un ton incisif et indigné, Mamady Youla qualifie ces accusations de « torchon diffamatoire » et invite les auteurs de l’article à apporter des preuves tangibles de leurs affirmations. Il déclare : << Je récuse les allégations mensongères et condamne avec la dernière énergie ces pratiques où des individus cherchent, de façon gratuite et irresponsable, à nuire à la réputation d’honnêtes citoyens.>>

L’ancien Premier ministre souligne que de telles pratiques sont contraires à l’éthique journalistique et doivent cesser immédiatement. Il insiste sur son droit à une réparation, rappelant qu’en l’absence de preuves ou d’une publication de son droit de réponse, il se réserve le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les responsables du site et l’auteur de l’article.

Mamady Youla ne se limite pas à défendre son honneur. Il interpelle également les professionnels de la presse sur leur responsabilité : << Vous ne pouvez pas continuer de vous cacher derrière l’anonymat d’un site internet pour publier des accusations graves et infondées, et cela, uniquement pour des gains immoraux.>>

Cette prise de position met en lumière un problème plus large concernant le respect des règles déontologiques dans le paysage médiatique guinéen.

L’ancien Premier ministre conclut son message en réaffirmant son engagement pour la justice et la transparence. Il demande aux responsables de Guineelive.com de publier son droit de réponse dans les plus brefs délais et rappelle que tout citoyen a droit à la présomption d’innocence jusqu’à preuve du contraire.

Cette polémique intervient dans un contexte où la junte guinéenne, au pouvoir depuis septembre 2021, a exigé des entreprises minières opérant dans le pays, notamment GAC, de respecter leurs engagements, y compris la construction d’infrastructures locales comme des raffineries. Les blocages des rails, l’interdiction de circulation des bateaux et les congés techniques infligés aux employés de GAC sont des conséquences directes de cette nouvelle politique.

Si la question de la raffinerie reste un sujet crucial pour le développement économique du pays, Mamady Youla rejette catégoriquement toute responsabilité dans les difficultés rencontrées par GAC et rappelle son attachement à l’intérêt national.

Cette affaire illustre non seulement les tensions persistantes autour de la gestion des ressources minières en Guinée, mais aussi la nécessité d’un journalisme rigoureux, basé sur des faits vérifiables. Mamady Youla, par son droit de réponse, cherche à rétablir la vérité et à défendre une réputation mise à mal par des accusations qu’il qualifie de fallacieuses.

L’affaire pourrait bien connaître un rebondissement judiciaire si les preuves réclamées ne sont pas produites, mettant ainsi à l’épreuve le respect de l’éthique journalistique et le droit à la défense en Guinée.

 

Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info 

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