CNUCED – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Tue, 04 Aug 2026 20:15:57 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.2 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg CNUCED – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Les IDE en Guinée : une performance à saluer, mais qui soulève des questions économiques fondamentales https://planete7.info/les-ide-en-guinee-une-performance-a-saluer-mais-qui-souleve-des-questions-economiques-fondamentales/ Tue, 04 Aug 2026 20:15:57 +0000 https://planete7.info/?p=60817 Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la CNUCED, la Guinée occupe la deuxième place en Afrique en matière de flux d’investissements directs étrangers (IDE) reçus en 2025, avec 7,8 milliards de dollars, derrière l’Égypte (15,5 milliards de dollars). Cette performance mérite d’être saluée, car elle témoigne de la confiance des investisseurs […]]]>

Selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la CNUCED, la Guinée occupe la deuxième place en Afrique en matière de flux d’investissements directs étrangers (IDE) reçus en 2025, avec 7,8 milliards de dollars, derrière l’Égypte (15,5 milliards de dollars). Cette performance mérite d’être saluée, car elle témoigne de la confiance des investisseurs internationaux dans le potentiel économique du pays.

Cependant, une lecture plus approfondie de ces chiffres invite à une analyse plus nuancée.

Premièrement, l’essentiel de ces investissements est concentré dans le secteur minier, principalement autour du projet Simandou, l’un des plus grands projets d’exploitation de minerai de fer au monde. Il ne s’agit donc pas encore d’une attractivité généralisée de l’économie guinéenne, mais d’une attractivité liée à une ressource naturelle exceptionnelle. Une économie véritablement résiliente attire également des investissements dans l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, les services, les technologies et l’innovation.

Deuxièmement, une question mérite d’être posée : pourquoi un pays ayant reçu près de 8 milliards de dollars d’investissements continue-t-il de connaître une tension sur l’offre de devises, notamment de dollars ?

En théorie, des entrées aussi importantes de capitaux devraient contribuer à renforcer les réserves en devises du système financier national, améliorer la liquidité en dollars et exercer une pression à la baisse sur le taux de change. Toutes choses égales par ailleurs, cela aurait dû favoriser une appréciation du franc guinéen ou, à tout le moins, limiter sa dépréciation, avec des effets positifs sur le coût des importations et donc sur le pouvoir d’achat des ménages.

Si cet effet ne s’est pas matérialisé, c’est probablement parce qu’une part importante de ces flux ne transite pas pleinement par le système bancaire guinéen. Dans les grands projets miniers, les financements sont souvent gérés depuis l’étranger : les décaissements sont effectués via des banques internationales, les fournisseurs sont payés directement hors du pays et les importations d’équipements sont réglées sans conversion préalable en monnaie locale.

Dans ces conditions, les montants enregistrés comme IDE ne se traduisent pas nécessairement par une augmentation équivalente de l’offre de devises sur le marché intérieur. Cette réalité met en évidence la nécessité de renforcer la politique économique autour des investissements étrangers.

Les autorités gagneraient à négocier davantage avec les investisseurs afin qu’une part significative des flux financiers, des paiements et des opérations de trésorerie soit effectuée à travers le système bancaire guinéen. Une telle orientation permettrait de renforcer la profondeur du marché des changes, d’améliorer la disponibilité des devises, de soutenir la stabilité monétaire et d’accroître les capacités de financement de l’économie nationale.

Enfin, la Guinée doit désormais franchir une nouvelle étape : passer d’une attractivité fondée sur les ressources naturelles à une attractivité fondée sur la qualité de son environnement économique.
Cela suppose de renforcer la sécurité juridique, d’améliorer la gouvernance, de développer les infrastructures, de moderniser le système financier, de promouvoir le contenu local et d’encourager les investissements dans les secteurs à forte valeur ajoutée. L’objectif est que les investisseurs ne viennent plus uniquement pour exploiter le sous-sol guinéen, mais également pour produire, transformer, innover et créer durablement de la valeur sur le territoire national.

En définitive, les 7,8 milliards de dollars d’IDE constituent une excellente nouvelle, mais ils ne doivent pas être considérés comme une fin en soi. La véritable réussite sera de transformer ces flux financiers en création d’emplois, en industrialisation, en stabilité monétaire et en amélioration tangible du niveau de vie des Guinéens. C’est à cette condition que cette performance statistique deviendra une véritable réussite économique.

 

Bella BAH
Entrepreneur / Économiste / Activiste très indépendant

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