Burkina Faso – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Sun, 26 Apr 2026 14:23:24 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg Burkina Faso – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Sahel : l’alerte stratégique pour l’Afrique de l’Ouest https://planete7.info/sahel-lalerte-strategique-pour-lafrique-de-louest/ Sun, 26 Apr 2026 14:23:24 +0000 https://planete7.info/?p=54566 Le Sahel est aujourd’hui bien plus qu’une zone géographique confrontée à des défis sécuritaires. Il est devenu le théâtre d’une mutation profonde des menaces contemporaines, où le terrorisme, les trafics transnationaux et les fragilités institutionnelles s’entrecroisent pour former une crise systémique. Réduire cette réalité à un problème local serait une erreur d’analyse aux conséquences potentiellement […]]]>

Le Sahel est aujourd’hui bien plus qu’une zone géographique confrontée à des défis sécuritaires. Il est devenu le théâtre d’une mutation profonde des menaces contemporaines, où le terrorisme, les trafics transnationaux et les fragilités institutionnelles s’entrecroisent pour former une crise systémique. Réduire cette réalité à un problème local serait une erreur d’analyse aux conséquences potentiellement irréversibles.

Depuis plusieurs années, l’intensification des attaques et l’extension des zones d’insécurité traduisent une dynamique préoccupante : celle d’un phénomène qui déborde progressivement de son épicentre sahélien pour toucher l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Les frontières, souvent poreuses, ne constituent plus des barrières efficaces face à des groupes mobiles, organisés et adaptatifs. Ce qui se joue aujourd’hui à Bamako, Niamey ou Ouagadougou préfigure ce qui pourrait advenir ailleurs si aucune réponse collective n’est structurée.

L’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES) illustre une volonté politique de faire face à cette menace dans un cadre souverain et coordonné. Toutefois, penser que cet engagement peut, à lui seul, contenir un phénomène aussi diffus relève d’une perception incomplète de la réalité. La sécurité régionale ne peut être fragmentée. Elle est, par essence, interdépendante.

L’histoire récente montre que les crises sécuritaires non contenues tendent à se propager. Elles exploitent les failles : inégalités sociales, faiblesse des institutions, manque de coopération régionale. Dans ce contexte, l’attentisme devient un facteur aggravant. Croire que l’on peut rester en marge d’un incendie qui gagne du terrain revient à ignorer les lois mêmes de la propagation des crises.

Au-delà de la dimension militaire, la situation au Sahel interpelle sur les modèles de gouvernance, les politiques de développement et la capacité des États à répondre aux attentes de leurs populations. La lutte contre l’insécurité ne saurait être efficace sans une approche globale intégrant l’éducation, l’inclusion économique, la justice sociale et la confiance citoyenne.

C’est pourquoi la réponse ne peut être uniquement nationale, ni même sous-régionale au sens restreint. Elle doit être pensée à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, voire du continent. Une coordination renforcée des politiques de sécurité, un partage accru du renseignement, et une solidarité stratégique réelle entre États sont désormais des impératifs.

La métaphore est simple mais parlante : lorsque la maison du voisin brûle, il ne s’agit pas d’un spectacle à observer, mais d’un signal d’alarme. Car tôt ou tard, les flammes atteindront d’autres toits. Le Sahel n’est pas un front isolé ; il est une ligne avancée d’un combat commun.

L’Afrique de l’Ouest se trouve ainsi à un tournant décisif. Soit elle choisit l’anticipation, la coopération et l’action concertée, soit elle s’expose à subir une instabilité croissante dont les effets dépasseront largement le cadre sécuritaire.

Comprendre que le destin sécuritaire de la région est lié n’est plus une option. C’est une nécessité stratégique.

Et dans ce combat, le temps n’est pas un allié.

Il est un facteur de pression.

Agir maintenant, ensemble, est la seule voie raisonnable.

 

Abdourahamane NABE, Analyste social et des questions de gouvernance

drastone70@gmail.com

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Burkina Faso, Mali et Niger annoncent leur retrait immédiat de la CPI https://planete7.info/burkina-faso-mali-et-niger-annoncent-leur-retrait-immediat-de-la-cpi/ Tue, 23 Sep 2025 07:46:15 +0000 https://planete7.info/?p=46457 Réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé, ce 22 septembre 2025 à Bamako, leur retrait « avec effet immédiat » du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Les trois pays dénoncent une justice « sélective » et « néocoloniale […]]]>

Réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé, ce 22 septembre 2025 à Bamako, leur retrait « avec effet immédiat » du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Les trois pays dénoncent une justice « sélective » et « néocoloniale », affirmant vouloir recourir désormais à des mécanismes endogènes pour garantir paix, justice et respect des droits humains.

Communiqué ci-dessous :

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Comparaison des modèles de gouvernance des sociétés publiques : Guinée, Bénin et Burkina Faso https://planete7.info/comparaison-des-modeles-de-gouvernance-des-societes-publiques-guinee-benin-et-burkina-faso/ Mon, 21 Jul 2025 11:46:50 +0000 https://planete7.info/?p=43959 La gouvernance des sociétés publiques constitue un levier stratégique essentiel pour le développement économique et social des pays en développement. La présente étude s’attache à proposer une analyse comparative des dispositifs de gouvernance en vigueur au sein des sociétés publiques en Guinée, au Bénin et au Burkina Faso. Elle s’intéresse, de manière rigoureuse, à l’examen […]]]>

La gouvernance des sociétés publiques constitue un levier stratégique essentiel pour le développement économique et social des pays en développement. La présente étude s’attache à proposer une analyse comparative des dispositifs de gouvernance en vigueur au sein des sociétés publiques en Guinée, au Bénin et au Burkina Faso. Elle s’intéresse, de manière rigoureuse, à l’examen des cadres juridiques et réglementaires, des pratiques managériales ainsi que des mécanismes de contrôle institutionnels mis en œuvre dans chacun de ces contextes nationaux.

Le modèle béninois

Le Bénin, reconnu pour ses efforts en matière de réformes économiques et de gouvernance, offre un modèle intéressant pour l’analyse de la gouvernance des sociétés publiques. Nous nous concentrerons sur trois aspects principaux : la structure de gouvernance, les réformes récentes et leurs impacts, ainsi que des études de cas spécifiques illustrant ces dynamiques.

Structure de gouvernance 

La bonne gouvernance vise à créer des États capables et efficaces, ainsi qu’un environnement propice dans lequel les secteurs public et privé jouent leurs rôles respectifs de manière mutuellement bénéfique, afin de réduire la pauvreté et d’assurer une croissance et un développement durables. Cette notion de gouvernance s’applique également aux entreprises publiques au Bénin, qui sont directement rattachées aux ministères de tutelle.

Structure de gouvernance 

La bonne gouvernance vise à créer des États capables et efficaces, ainsi qu’un environnement propice dans lequel les secteurs public et privé jouent leurs rôles respectifs de manière mutuellement bénéfique, afin de réduire la pauvreté et d’assurer une croissance et un développement durables. Cette notion de gouvernance s’applique également aux entreprises publiques au Bénin, qui sont directement rattachées aux ministères de tutelle.

Cependant, cette prérogative pose la question de la désignation des dirigeants, notamment lors des alternances politiques. Au Bénin, l’alternance se déroule généralement sans troubles majeurs, mais elle s’accompagne souvent de bouleversements liés aux changements de pouvoir. Les dirigeants politiques ont tendance à remplacer les responsables des entités sous contrôle de l’État afin de positionner leurs propres soutiens, dans le but de récompenser leurs alliés politiques, d’accroître leur popularité et de conserver le pouvoir.

Ainsi, la responsabilité accrue des dirigeants politiques dans la mise en œuvre de la bonne gouvernance des entreprises publiques est mise en évidence. Le Conseil des ministres, en tant qu’organe de gouvernance le plus influent, approuve le budget, les orientations stratégiques, les rapports de gestion et les états financiers de ces entreprises.

En somme, les trois organes identifiés (Conseil d’administration, Comité de direction et Conseil des ministres) constituent la gouvernance des entreprises publiques à des degrés variables d’influence, les décisions d’envergure étant du ressort du Gouvernement et les dirigeants constamment sous influence politique. Cette situation soulève la problématique de la gouvernabilité effective des entreprises publiques, notamment dans le secteur maritime, dans un contexte de crise et d’exigences accrues en matière de bonne gouvernance.

Reformes récentes et impacts : Étude de cas

Le Bénin, loin d’être un modèle, connaît tout de même des signes de bonne gouvernance, signes bien illustrés par l’exemple de la Sobaps. Créée il y a quelques années seulement, la Société béninoise pour l’approvisionnement en produits de santé (Sobaps) fait déjà son entrée dans le cercle des entreprises publiques les mieux gouvernées au Bénin. À l’occasion de la revue annuelle 2023 de la gouvernance des entreprises publiques, organisée par le Ministère de l’Économie et des Finances, Sobaps a été distinguée en recevant le premier Prix des champions de la Reddition des comptes des entreprises publiques. La cérémonie de distinction s’est déroulée le jeudi 7 décembre 2023 au Palais des Congrès à Cotonou.

Cette distinction a été décernée par la Direction générale des participations de l’État et de la dénationalisation (DGPED), une direction du Ministère de l’Économie et des Finances. La DGPED a pour mission de surveiller financièrement les sociétés d’État, les agences et les offices, et de veiller à la bonne gouvernance. Sobaps, née sur les cendres de la Centrale d’achats des médicaments (Came), a remporté le premier Prix des champions de la Reddition des comptes des entreprises publiques lors de cette revue annuelle.

Sur les 175 sociétés d’État, agences et offices d’État concernés par la Revue annuelle 2023, Sobaps s’est distinguée comme la meilleure entreprise publique en matière de reddition de comptes. Les entreprises publiques évaluées devaient répondre à plusieurs critères, dont la production d’informations financières fiables et sincères, l’arrêt des comptes et la transmission des états financiers dans les délais légaux au Ministère de l’Économie et des Finances, et la présentation de comptes certifiés par un commissaire aux comptes.

Au terme de l’évaluation pour l’exercice 2022, seulement 10% des sociétés d’État et établissements publics ont transmis leurs états financiers dans les délais. Parmi ces entreprises, Sobaps a été classée première, suivie par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSTaD) et l’Agence pour le développement intégré de la zone économique du Lac Ahémé et de ses chenaux (Adelac). Ces distinctions sont conformes aux dispositions de la loi 2020-20 du 2 septembre 2020 portant création, organisation et fonctionnement des entreprises publiques en République du Bénin.

La distinction de Sobaps illustre plusieurs aspects clés de la bonne gouvernance au Bénin. Premièrement, elle souligne l’importance de la transparence financière et de la reddition de comptes dans les entreprises publiques. La capacité de Sobaps à produire et à transmettre des informations financières fiables et dans les délais légaux démontre une rigueur et une discipline financière exemplaires.

Deuxièmement, cette distinction met en lumière le rôle crucial des organes de surveillance comme la DGPED dans la promotion de la bonne gouvernance. La surveillance active et les évaluations régulières des performances financières des entreprises publiques encouragent une gestion responsable et transparente.

Enfin, le succès de Sobaps, une entreprise relativement nouvelle, prouve que l’application stricte des principes de bonne gouvernance peut rapidement transformer et améliorer la performance des entreprises publiques. Les efforts concertés du Conseil d’administration et de la Direction générale de Sobaps ont permis à l’entreprise de se hisser au sommet, servant de modèle pour d’autres entreprises publiques au Bénin. Par ailleurs, le Bénin, au même titre que ses pairs, connaît certains problèmes en matière de bonne gouvernance.

Pour éclairer cette question, nous nous sommes basés sur les organes de gouvernance de trois entreprises publiques : Le Port, La SOBEMAP et la COBENAM. Cette étude nous a permis de constater que ces entreprises sont dirigées par trois niveaux de gouvernance : le Gouvernement (via le ministre de tutelle), un Conseil d’Administration et une Direction Générale. Cette structure tripartite place les entreprises publiques entre le marteau et l’enclume. D’un côté, l’administration (le ministère) et de l’autre, des organes répondant aux standards de la gouvernance privée (le conseil d’administration et la direction générale). Dès lors, il est crucial de déterminer quel rôle effectif jouent ces organes. Parmi les organes de gouvernance mentionnés, lequel détient des responsabilités effectives dans la gestion de ces entreprises ? En cas de mauvaise gouvernance, sur qui repose la responsabilité ? Est-ce le Ministre, le Président du Conseil d’Administration, les Administrateurs, ou le Directeur Général ? Une analyse des différents gouvernements depuis 1990 révèle qu’aucun Ministre n’a été démis de ses fonctions pour mauvaise gestion d’une entreprise publique, du moins à notre connaissance. Il en va de même pour les administrateurs, y compris le Président du conseil d’administration, souvent le Ministre ou son représentant. En revanche, il est notoire que les Directeurs Généraux sont sanctionnés en cas de mauvaise gestion. Par exemple, le Port Autonome de Cotonou a connu vingt-trois Directeurs Généraux en moins de cinquante ans, soit en moyenne un DG tous les deux ans. Plus récemment, l’entreprise a enregistré en moyenne un DG par an depuis 2006. Comment assurer une gouvernance efficace dans ces conditions ? Peut-on bien diriger en sachant que son mandat est de courte durée ? Cette réflexion mérite d’être approfondie.

Après avoir exploré les pratiques de gouvernance et les mécanismes de contrôle financier des sociétés publiques au Bénin, il est intéressant de se tourner vers le Burkina Faso. Analyser le modèle burkinabé nous permettra de comparer les approches et de mieux comprendre les spécificités régionales en matière de gestion des entreprises publiques.

Le modèle burkinabé 

Organisation et gestion des sociétés publiques

Les années 1960 ont marqué le début des indépendances en Afrique de l’Ouest, y compris au Bénin (anciennement le Dahomey) et au Burkina Faso (anciennement la Haute-Volta). À cette époque, les jeunes États francophones ont dû faire face à des besoins croissants en infrastructures stables et durables. Cela a conduit ces États à envisager la création d’entités économiques sous la tutelle de l’administration centrale, dans le but de répondre à ces besoins. Ce rappel historique met en lumière la logique de création des sociétés d’État, qui traduit un intérêt « commun » de ces États à une période similaire, à savoir la période postcoloniale.

Analyser les logiques de gouvernance s’inscrivant dans une perspective compréhensive ne peut s’effectuer en marge de la compréhension de l’organisation et fonctionnement des sociétés d’Etat ou encore des entreprises publiques, objet de travail. Il est moins question de présenter les entreprises étudiées. Il est plutôt convenable de parler de cliché de la gouvernance sous sa dimension « structure ».

Après l’analyse de cette gouvernance (organes de gouvernance), il paraît important d’identifier trois niveaux de gouvernance au Bénin et deux principaux organes au Burkina Faso.

Au Bénin, la gouvernance des sociétés d’Etat se présente comme suit : CONSEIL DES MINISTRES (CM), du CONSEIL D’ADMINISTRATION (CA), du COMITE DE DIRECTION (CODIR).

Le triple niveau de « représentation » de la gouvernance de la société d’Etat au Bénin, puisque c’est d’elle il est question, pose la question de savoir à qui appartient la direction ? : est-ce au CM ? Au CA ? Ou au CODIR ? Au Burkina Faso, une gouvernance « quadripolaire » caractérise la gouvernance des sociétés d’Etat. Cette représentation n’excluant pas la jonction du CA au Gouvernement en termes d’adéquation entre programme gouvernemental et politique et stratégie de l’entreprise qu’est la société d’Etat.

La gouvernance au Burkina Faso traduit la logique de séparation du « politique » et de « l’économique ». Avec pour manifestation apparente, « l’autonomie » des sociétés d’Etat qui devraient disposer des marges de manœuvre nécessaires à un fonctionnement « optimal ». Cette optimalité devant faire l’objet de questionnement en termes de performance : raisonnable ? Prudente ? Rusée ? Les marges de manœuvre en question n’étant pas sans effets non désirés ou inattendus. Mais il est tout aussi plausible de conclure à une superposition de conflits, de jeux de pouvoir et même de contrôle. Perçue de cette manière, la gouvernance des sociétés d’Etat au Bénin et au Burkina présente l’intérêt de similitude au bas de l’échelle. L’entreprise ou la société d’Etat tout comme la société privée ne peut fonctionner sans commandement opérationnel : la Direction Générale.

De même, les deux logiques de gouvernance admettent l’idée d’un contrôle sur l’opérationnel. Ainsi, on note la présence de conseil d’administration dans chacun des cas. Cet organe étant une émanation du gouvernement (Ministère de tutelle et autres Ministères) de part et d’autre. Et c’est à partir de là que se démarque chacune des logiques. Au moment où le Burkina évolue en optant pour une Assemblée Générale des Actionnaires, réunissant les Administrateurs des sociétés d’Etat au sein d’un même et unique organe qu’est l’AG, la gouvernance des entreprises ou sociétés d’Etat au Bénin obéit directement aux politiques nationales émanant du Conseil des Ministres.

La question étant de savoir le rôle de ce CA dans le contrôle de la gestion de la société lorsqu’on analyse sous le prisme de son rattachement avec le conseil des ministres, organe suprême en charge de l’orientation stratégique et donc de la définition des politiques générales de la société d’Etat. Même en partant de l’hypothèse d’une indépendance de l’AG dans le contexte burkinabé, tout en actant la lourdeur administrative dans chacun des deux pays, l’on peut être tenté de conclure à un allègement ou une flexibilité de la gouvernance des sociétés d’Etat au Bénin.

Cette simplification est-elle pour autant source de performance ? 

La société d’Etat, indépendamment des pays étudiés, les sociétés d’État recourent systématiquement à une forme d’organe de contrôle et de gestion, qu’il s’agisse d’un conseil d’administration (CA) ou d’une assemblée générale (AG), comme c’est le cas au Burkina Faso. Mais d’où vient cette pratique ? Relève-t-elle d’une nécessité managériale ou d’une exigence contextuelle ? Le CA dans les sociétés d’État oscille souvent entre formalisme et mimétisme. Une analyse documentaire permet de rattacher la logique de l’adoption des CA dans la gouvernance des entreprises publiques à l’avènement du New Public Management (NPM), un courant qui promeut l’application, dans le secteur public, des méthodes de gestion issues du secteur privé. Si la problématique de la taille de la société d’Etat n’est pas des moins ambiguës, la structure de sa gouvernance l’est encore davantage que ce soit au Bénin ou au Burkina Faso. Quelle gouvernance de la société d’Etat ? La corporate governance ? La gouvernance au sens large (Pesqueux, 2007) ? La présence des comités spécialisés au sein des CA des sociétés privées peine à être implémentée dans la sphère publique. Les agents de l’Etat détachés dans les CA sont sous contrat psychologique d’emploi (Rousseau et al, 2014). Le rattachement des sociétés d’Etat au Ministre de tutelle vient acter l’immixtion de l’Etat dans la gestion (Yasso, 2014).

La gouvernance c’est aussi la référence aux parties qui animent le CA. Qui composent le CA des sociétés d’Etat ? Il faut noter la diversité des sources de recrutements d’une part, la diversité des profils parfois en contradiction avec les exigences d’une « bonne gouvernance ». Le détachement des agents de l’Etat (les fonctionnaires) pour servir dans les sociétés d’Etat est aussi l’une des conséquences de l’immixtion de l’Etat dans la gestion de celles-ci. Outre ces profiles, les sociétés d’Etat sont sous convention collective leur permettant de recruter directement comme toutes entreprises qu’elle soit publique ou privée, des agents en fonction des besoins et des ressources dont elles disposent. Mais ces recrutements ne s’observent pas dans le cadre des Administrateurs.

En matière de gouvernance d’entreprise en général, les systèmes de gouvernement peuvent prendre plusieurs formes en fonction des parties prenantes en jeu. L’absence des entreprises béninoises sur le marché financier, le manque de données publiques crédibles, bref la non disponibilité de l’information sur les entreprises ne favorise pas le positionnement ou même l’appréciation des formes de gouvernements des entreprises en général et des entreprises publiques en particulier. La législation sur les sociétés d’Etat telle que libellée dans les Etats évoqués concentre tous les pouvoirs notamment le recrutement et la révocation, la rémunération des dirigeants relèvent de la compétence du conseil des ministres du gouvernement qui est une institution politique. Un cadre institutionnel plutôt centralisé mettant les entreprises sous l’emprise des processus administratifs en dépit du caractère commercial et industriel qui leur est reconnu, les différenciant ainsi des services publics.

L’analyse de la gouvernance au Bénin permet donc de questionner la redéfinition de la structure des conseils d’administration des entreprises publiques. Un conseil dynamique constitué de comités spécialisés est à même de résoudre de façon adaptée les problèmes managériaux qu’un conseil statique dont la désignation des membres est déjà source de « mal gouvernance ». De même, une redéfinition du mode de désignation et le profil des membres du conseil de façon à éviter la forte rotation de ses membres. Cette instabilité encourage le déploiement de politique d’appropriation puisque chaque administrateur « vient en sachant qu’il est sur le point de partir ». Il est donc important de mener une évaluation du profil du Conseil pour identifier les compétences et les expériences qui manquent actuellement au sein du Conseil même si cela semble complexe comme le souligne Pigé (1993) quand il affirme que l’évaluation de la performance des dirigeants est, par définition, complexe car la performance résulte de la capacité à coordonner une action collective qui s’inscrit dans un univers incertain. L’importance de rechercher activement les personnes qui possèdent des compétences et des expériences qui pourraient enrichir le travail du Conseil se trouve donc justifiée.

Ainsi le recours aux administrateurs indépendants peut pallier à certains dysfonctionnements. On retrouve son intérêt dans les propos de Pigé (op cite) qui définira l’administrateur indépendant comme « un administrateur qui ne représente pas une partie prenante dominante et dont la nomination se justifie par sa compétence et par son indépendance dans les luttes de pouvoir qui peuvent opposer les différentes parties prenantes représentées au conseil d’administration ». Rendre efficace son action au sein du conseil reviendra à résoudre la question de l’incitation sur les contrôles fastidieux et parfois conflictuels.

Un conseil d’administration peut être rendu dynamique par la recherche active de la référence à la dimension genre, les femmes pourraient être recrutées et formées pour siéger au Conseil. Si le Burkina Faso a résolu la question des règles du jeu du fonctionnement du CA, le Bénin devra élaborer un code de gouvernance et d’éthique à l’usage des conseils des sociétés d’Etat. L’implémentation de la « bonne gouvernance » des sociétés d’Etat suppose pour l’Etat actionnaire un réexamen de la description du poste de PCA pour s’assurer qu’il est actualisé et qu’il donne suffisamment de pouvoir au CA pour une gestion et un contrôle efficaces de l’entreprise.

Mais une « bonne gouvernance » implique également un système d’évaluation du CA et une revue ou actualisation des politiques définissant les relations du Conseil avec le PCA et le personnel de l’entreprise et les limites assignées aux pouvoirs exécutifs dans les deux cas en étude.

Parler de la gouvernance dans une démarche comparative donne à priori l’intention d’une analyse d’écart entre les items de comparaison. Ce qui n’a pas été l’objectif de notre travail. L’analyse des situations de deux cas de gouvernance d’entreprise au Bénin et Burkina visait un objectif de mise en tension des logiques de gouvernance d’un pays à l’autre dans le même espace économique.

Ce travail permet de poser la question de la « sur-gouvernance » au niveau du Burkina Faso, venant accentuer la lenteur et la lourdeur administratives reconnues à la sphère publique. L’écart entre la lettre et l’esprit des textes au Bénin ne fait pas de la gouvernance des sociétés d’Etat dans ce pays un modèle. La « bonne gouvernance » de la société d’Etat reste à repenser et il ne serait pas inutile de recourir à une réflexion sur la gouvernance « raisonnable » dans le contexte de la société d’Etat…

 

Référencements

 

LOIS ET ARRETES GUINEENS

 

Loi L/2015/N° 008/An du 25 mai 2015 portant Code des investissements en République de Guinée

 

Loi L/2017/056/AN du 08 décembre 2017, modifiant certaines dispositions de la Loi L/2016/075/AN du 30 décembre 2016, portant Gouvernance Financière des Sociétés et Etablissements Publics en République de Guinée.

 

Arrêté A/2021/860/MEF/CAB/SGG du 29 avril 2021 portant qualification et catégorisation des entreprises

 

Loi n°2001-18 du 23 octobre 2001 sur la réforme des entreprises publiques en guinée

 

LOIS SENEGALAISES

 

Loi d’orientation n° 2022-08 du 19 avril 2022 relative au secteur para public au Sénégal, au suivi du portefeuille de l’Etat et au control des personnes morales de droit privé bénéficiant du concours financier de la puissance publique

 

LOI IVOIRIENNE

 

Loi ivoirienne n° 2020-626 du 14 août 2020 portant définition et organisation des sociétés d’Etat

 

LOI BURKINABE

 

Code de bonnes pratiques de gouvernance des sociétés d’Etat au Burkina Faso

 

RESSOURCES DOCUMENTAIRES

 

Article de Mohamed CAMARA, économiste consultant, associé gérant du Cabinet Conseil MOCAM CONSULTING et membre du réseau KILLY, portant « gouvernance des sociétés publiques en Guinée » et « la notion d’organismes publics »

 

Document portant Gouvernance des entreprises publiques et privées au Burkina Faso : Etat des lieux et perspectives

 

Termes de références de la revue annuelle des établissements publics administratifs

 

Rapport sur l’état de la gouvernance et la reddition des comptes, édition juin 2023

 

Lancine Doumbouya

Consultant – Ingénieur Système d’Information Audit Contrôle de Gestion – Associé-Gérant de BALIMANA CONSULTING & INVESTMENT SARL

+224 623 56 63 00

lancinebalimanadoumbouya.lbd@gmail.com

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Retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger : La CEDEAO maintient des mesures transitoires https://planete7.info/retrait-du-burkina-faso-du-mali-et-du-niger-la-cedeao-maintient-des-mesures-transitoires/ Wed, 29 Jan 2025 13:44:28 +0000 https://planete7.info/?p=37448 À compter de ce 29 janvier 2025, le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO devient effectif. Toutefois, dans un esprit de solidarité régionale, l’organisation maintient certaines facilités pour les citoyens et les échanges commerciaux de ces pays. Une structure a été mise en place pour encadrer les discussions sur […]]]>

À compter de ce 29 janvier 2025, le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO devient effectif. Toutefois, dans un esprit de solidarité régionale, l’organisation maintient certaines facilités pour les citoyens et les échanges commerciaux de ces pays. Une structure a été mise en place pour encadrer les discussions sur l’avenir des relations entre la CEDEAO et ces États.

Ci dessous le Communiqué de la Ecowas – Cedeao

Le retrait du Burkina Faso, de la République du Mali et de la République du Niger de la CEDEAO prend effet à compter de ce jour, le 29 janvier 2025. Toutefois, dans l’esprit de la solidarité régionale et dans l’intérêt supérieur des populations, et conformément à la décision de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de maintenir les portes de la CEDEAO ouvertes au dialogue, les autorités compétentes à l’intérieur et à l’extérieur de l’ensemble des États membres de la CEDEAO sont priées et tenues de veiller au respect des mesures ci-après :

a) Reconnaître jusqu’à nouvel ordre les passeports et cartes d’identité nationaux portant le logo de la CEDEAO détenus par les citoyens du Burkina Faso, de la République du Mali et de la République du Niger ;

b) Continuer à accorder aux biens et services provenant des trois pays concernés le traitement prévu par le Schéma de libéralisation des échanges (SLEC) et la Politique d’investissement de la CEDEAO ;

c) Permettre aux citoyens des pays concernés de continuer à jouir, jusqu’à nouvel ordre, du droit de circulation, de résidence et d’établissement sans visa, conformément aux protocoles de la CEDEAO en la matière ;

d) Apporter aux fonctionnaires de la CEDEAO des trois pays, un soutien et une coopération sans faille dans le cadre de leurs missions pour la Communauté.

Ces dispositions restent en vigueur jusqu’à l’adoption par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, des modalités complètes de nos relations futures avec les trois pays.

La Commission a mis en place une structure pour faciliter les discussions sur ces modalités avec chacun des trois pays.

Ce message est nécessaire pour éviter toute confusion et toutes perturbations dans la vie et les affaires de nos populations pendant cette période de transition.

29 janvier 2025

 

Planete7.info 

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Juntes et ressources naturelles, bon diagnostic fausses solutions  https://planete7.info/juntes-et-ressources-naturelles-bon-diagnostic-fausses-solutions/ Fri, 24 Jan 2025 22:12:58 +0000 https://planete7.info/?p=37287 Le conflit entre Barrick Gold et le Mali vient remettre le sujet de la juste exploitation des ressources naturelles africaines sur le devant de la scène. Il n’est pas facile de citer quoi que ce soit de positif concernant la gestion économique des juntes quand, derrière les postures souverainistes des nouveaux hommes forts du Sahel, […]]]>

Le conflit entre Barrick Gold et le Mali vient remettre le sujet de la juste exploitation des ressources naturelles africaines sur le devant de la scène.

Il n’est pas facile de citer quoi que ce soit de positif concernant la gestion économique des juntes quand, derrière les postures souverainistes des nouveaux hommes forts du Sahel, il s’agit souvent de financer des fins de mois difficiles – et peut-être aussi de s’assurer une retraite confortable…

Mais il faut reconnaître qu’ils mettent le doigt sur une vérité douloureuse pour notre continent : en plusieurs décennies, trop rares ont été les pays africains qui sont parvenus à valoriser leurs richesses naturelles.

Le débat autour de l’exploitation et de la transformation de ces ressources doit être abordé avec l’objectif que nos différents pays puissent être des acteurs structurants des filières dont ils contrôlent la matière première.

L’Indonésie offre un exemple instructif. Doté des plus importantes réserves de nickel au monde, le pays a établi une position dominante sur ce marché en interdisant l’exportation du minerai non transformé. Ceci contre l’avis des principales institutions multilatérales et de nombreux intellectuels du développement.

Résultat, l’Indonésie contrôle aujourd’hui la moitié de la production mondiale de nickel raffiné (soit 22 milliards USD d’exportations en 2023).

Que ce soit la bauxite en Guinée, le cobalt en RDC, l’or au Sahel ou le pétrole au Nigeria, la liste des ressources dont les premières étapes de transformation sont possibles en Afrique est longue et mériterait des politiques publiques appropriées – et inspirées de certaines réussites du global south.

Les exemples du diamant au Botswana ou des phosphates au Maroc démontrent que c’est possible en Afrique.

Engager fermement le débat avec les entreprises minières est nécessaire, mais venir avec des solutions constructives et réellement porteuses de valeur ajoutée plutôt que prédatrices le serait encore plus.

 

Amir Ben YahmedAmir Ben Yahmed

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 L’engagement du Niger, du Mali et du Burkina Faso dans l’AES : « À notre avis, ça ne devrait pas être une raison qui les amènerait à s’éloigner de l’organisation régionale » (Bah Oury) https://planete7.info/lengagement-du-niger-du-mali-et-du-burkina-faso-dans-laes-a-notre-avis-ca-ne-devrait-pas-etre-une-raison-qui-les-amenerait-a-seloigner-de-lorganisation/ https://planete7.info/lengagement-du-niger-du-mali-et-du-burkina-faso-dans-laes-a-notre-avis-ca-ne-devrait-pas-etre-une-raison-qui-les-amenerait-a-seloigner-de-lorganisation/#respond Mon, 08 Jul 2024 12:08:48 +0000 https://planete7.info/?p=30539 Dans une interview exclusive avec BBC Afrique, le Premier ministre guinéen a abordé l’implication de certains pays de la CEDEAO dans l’Alliance pour le Sahel (AES) et l’importance de la coopération régionale dans la lutte contre le djihadisme et le terrorisme. Cette discussion met en lumière les défis sécuritaires auxquels sont confrontés le Niger, le […]]]>

Dans une interview exclusive avec BBC Afrique, le Premier ministre guinéen a abordé l’implication de certains pays de la CEDEAO dans l’Alliance pour le Sahel (AES) et l’importance de la coopération régionale dans la lutte contre le djihadisme et le terrorisme. Cette discussion met en lumière les défis sécuritaires auxquels sont confrontés le Niger, le Mali et le Burkina Faso, ainsi que leurs efforts pour renforcer leur collaboration.

Bah Oury a souligné que l’appartenance de certains pays de la CEDEAO à l’AES n’est pas contradictoire avec leur adhésion à la CEDEAO. « La question sécuritaire est un aspect principal qui concerne le Niger, le Mali et le Burkina Faso », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il est compréhensible que ces pays cherchent à mutualiser leurs efforts pour lutter contre le djihadisme et le terrorisme.

Cette coopération est essentielle dans une région où les menaces terroristes transfrontalières posent des défis significatifs à la stabilité et à la sécurité. En travaillant ensemble au sein de l’AES, ces pays peuvent partager des renseignements, coordonner leurs opérations militaires et renforcer leur capacité à répondre aux menaces.

L’engagement du Niger, du Mali et du Burkina Faso dans l’AES ne devrait pas être perçu comme une distance vis-à-vis de la CEDEAO, mais plutôt comme une stratégie complémentaire. « À notre avis, ça ne devrait pas être une raison qui les amènerait à s’éloigner de l’organisation régionale« , a affirmé le Premier ministre. Cette déclaration met en lumière la nécessité d’une approche intégrée pour aborder les défis sécuritaires de la région.

Le Premier ministre a également évoqué l’importance du soutien international et régional pour renforcer la lutte contre le terrorisme. Les initiatives comme l’AES bénéficient souvent du soutien logistique et financier de partenaires internationaux, ce qui est crucial pour le succès des opérations antiterroristes.

La coopération renforcée entre les pays de la CEDEAO et de l’AES a un impact direct sur la stabilité régionale. En adressant les menaces terroristes de manière collective, les nations de l’Afrique de l’Ouest peuvent espérer une réduction des attaques et une amélioration de la sécurité pour leurs citoyens. « Ces efforts conjoints sont essentiels pour créer un environnement plus sûr et plus stable », a conclu le Premier ministre.

L’interview du Premier ministre guinéen met en lumière la complexité des défis sécuritaires en Afrique de l’Ouest et l’importance de la coopération régionale dans la lutte contre le terrorisme. L’engagement du Niger, du Mali et du Burkina Faso au sein de l’AES, tout en restant membres actifs de la CEDEAO, illustre une stratégie pragmatique et complémentaire pour aborder les menaces transfrontalières. Cette synergie est essentielle pour assurer la paix et la sécurité dans la région.

 

Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info

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La durée des processus de transitions militaires en Afrique https://planete7.info/la-duree-des-processus-de-transitions-militaires-en-afrique/ https://planete7.info/la-duree-des-processus-de-transitions-militaires-en-afrique/#respond Mon, 27 May 2024 12:14:37 +0000 https://planete7.info/?p=29364 Traditionnellement, les transitions militaires sur le continent sont en théorie des courtes durées. Généralement, dans les six mois suivant la prise du pouvoir par l’armée, tout était mis en œuvre pour un retour rapide des civils aux pouvoirs. Les autorités militaires étaient au prise entre pression extérieure (pression politique et diplomatique ; sanctions économiques et financières, […]]]>

Traditionnellement, les transitions militaires sur le continent sont en théorie des courtes durées. Généralement, dans les six mois suivant la prise du pouvoir par l’armée, tout était mis en œuvre pour un retour rapide des civils aux pouvoirs. Les autorités militaires étaient au prise entre pression extérieure (pression politique et diplomatique ; sanctions économiques et financières, restrictions individuelles) et des contraintes internes (mobilisation politiques des forces vives, demandes sociales liées à l’amélioration des conditions de vie ; des exigences relatives à la garantie des droits et libertés).

Toutefois, ces dernières années, avec le discrédit des institutions sous-régionales et régionales (CEDEAO-UA) et les limites de la diplomatie coercitive africaine, nous tendons vers des transitions incertaines. La durée dépend ainsi largement des rapports des forces à la fois internes et externes en présence.

Il n’est pas exagéré de s’interroger sur la durée des processus de transitions sur le continent. Sommes-nous dans des processus (imposés ou négociés) de durées limitées- de six mois, de douze mois ou de 24 mois ou bien ces transitions s’inscrivent dans la durée avec des mandats assimilables à des mandats constitutionnels (quatre ans ou cinq ans) ?

La limite et l’inefficacité de la sécurité collective africaine (CEDEAO-UA) ont contribué en grande partie à légitimer les actions des autorités militaires. Ces dernières pour des contraintes politiques, techniques ou des volontés affichées ne pressent plus ou peu pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Ils ont désormais la maîtrise des processus de transition et semble avoir une opinion favorable auprès de la société africaine. La forme et la durée des transitions sont remises en cause. Les autorités en charge de la conduite des processus, qu’elles soient civiles, militaires ou mixtes conscientes des rapports de forces favorables : manque de légitimité des instances africaines en charge de gestion des crises, divisions politiques internes (absence d’opposition ou restrictions des activités politiques par les autorités) manœuvres pour perdurer les processus de transition : Tchad, Mali, Guinée, Burkina Faso et Niger.

De Ndjamena à Bamako, des dialogues sont initiés – dialogue inter-tchadien, dialogue inter-malien et sont sanctionnés par des recommandations dans le but de donner une légitimité au glissement du calendrier en cours, mais également de permettre à une éventuelle candidature des autorités transitoires. Une pratique toutefois contraire aux exigences de la CEDEAO et de l’UA mais aussi une initiative contestée par les acteurs internes prenant part à ces processus.

Ces dialogues ou assises quels que soit la couleur, la forme ou la dénomination qu’on en donne, cachent d’autres ambitions. En effet, en plus de donner une légitimité à la prorogation des processus, il s’agit d’une manœuvre politique pour à la longue se maintenir au pouvoir avec la participation aux élections organisées pour mettre fin à la transition. Le processus sanctionnant la transition tchadienne s’inscrit dans ce contexte. Le Mali semble opté pour cette démarche politique. Les conclusions du dialogue inter-malien recommande en effet au-delà de la prolongation de la transition pour une durée indéterminée, au président de la transition, de briguer la magistrature suprême malienne.

Du côté du Burkina Faso, après l’annonce avec engouement la tenue dans les prochaines heures et jours des assises nationales pour rectifier à nouveau la transition. Compte tenu du contexte sécuritaire, les participants à ses dites rencontres hautement politique demandent sans nul doute au président de la transition de se maintenir cinq années de plus à la tête du pays. Ils prônent au nom de la sécurité pour la continuité, même si la situation reste toujours critique et incertaine.

Concernant la Guinée, la position des autorités est ambiguë et la question relative au respect du chronogramme de la transition fixant la fin du processus à la fin de l’année 2024 n’est pas résolue. Peut-on s’attendre un effet de contagion ou du mimétisme des démarches initiées au Tchad, au Mali et dernièrement au Burkina Faso ? Tout ce qu’on peut affirmer à date, est que le respect de l’accord tripartite fixant la fin de la transition est incertain et que toutes les initiatives pour tenter de donner légitimité le maintien dans la durée ou tout simplement pour garder le pouvoir ne sont pas à exclure dans l’avenir.

Que faut-il envisager face à cette incertitude institutionnelle ?

Il faudra vite à la diplomatie africaine réintégrer les processus de transitions dans ces pays. Des politiques unilatérales pour la gestion de ses crises ont des conséquences graves à la longue pour les pays africains qui ont du mal à concrétiser la transition démocratique amorcée il y a de cela quelques décennies. Il est impératif de rétablir la confiance et de maintenir le dialogue avec ses pays en vue de trouver une nouvelle formule de sortie de crise.

La diplomatie régionale doit remobiliser les partenaires (ONU, UE) autour des enjeux relatifs à ces processus tant importants pour la construction de la démocratie, l’instauration de l’Etat de droit que pour la stabilité politique et sécuritaire durable sur le continent, particulièrement en Afrique de l’ouest en proie à toutes sortes de menace.

Également, redynamiser l’ensemble des acteurs internes pour des transitions inclusives et acceptées par tous. Ceci pour éviter des contestations dénonçant des transitions unilatérales et solitaires. La nécessité de la communauté internationale pour participer à ces processus n’est plus une question taboue. Les besoins d’accompagnement technique et financière sont de plus en plus élevés pour des transitions apaisées et réussies.

Si cette velléité réelle ou cachée de perdurer les transitions- avec une éventuelle candidature des autorités transitoires n’est pas écourté et mise à terme, nous risquons de replonger les Etats africains dans les périodes sombres des années post- indépendances (1970-1980) avec une bonne partie des dirigeants en manque de légitimité, car issus des coups de forces militaires ou issus des processus politiques biaisées dans le seul but de revêtir le manteau de démocrate. Cette époque est aussi une période charnière pour les droits humains et le processus démocratique dans la région. Il est important pour les Etats et les institutions africaines de trouver des solutions contre les atteintes aux institutions démocratiques. Cela va permettre de mobiliser la diplomatie continentale autour des questions stratégiques internationales, notamment les questions relatives à la gestion des ressources, aux enjeux environnementaux, technologiques, commerciaux et de défenses dans un monde de plus en plus concurrentiel et d’influence.

L’histoire récente de la gestion des transitions politiques et militaires en Afrique renseigne qu’une mauvaise ou une transition non maîtriser à la limite unilatérale appelle toujours à une autre transition.

Amadou Lamarane BAH

Diplômé en Relations Internationales

Doctorant en Droit Public FSJP/UCAD

Email: amadoulemaire@yahoo.fr.

 

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Burkina Faso : Queen Rima honorée à la 11ème édition des Marley d’or ! https://planete7.info/burkina-faso-queen-rima-honoree-a-la-11eme-edition-des-marley-dor/ https://planete7.info/burkina-faso-queen-rima-honoree-a-la-11eme-edition-des-marley-dor/#respond Sun, 12 May 2024 12:44:39 +0000 https://planete7.info/?p=28859 Sa dernière tournée au pays ses hommes intègres aura forcément marqué les esprits à travers sa musique originale et son énergie sur scène. Ce samedi 11 mai au Burkina Faso (Siao) s’est déroulée la 11e édition des Marley d’or, une concept qui vise à promouvoir la musique reggae et en même temps une cérémonie de […]]]>

Sa dernière tournée au pays ses hommes intègres aura forcément marqué les esprits à travers sa musique originale et son énergie sur scène. Ce samedi 11 mai au Burkina Faso (Siao) s’est déroulée la 11e édition des Marley d’or, une concept qui vise à promouvoir la musique reggae et en même temps une cérémonie de récompense des artistes évoluant dans le domaine.

Invitée spéciale à prendre part à cette cérémonie au côté de grandes figures du reggae africain tels que Ismael Isaac de la Côte d’ivoire, le Togolais Nono Le Phoenix, ou encore le Camerounais Kimaany, la jeune Guinéenne a été honorée par les organisateurs. Après une prestation scénique brûlante et captivante, la Queen Dancehall a raflé le prestigieux prix de Marley de l’espoir 2024. Une récompense qui vient reconnaître l’ascension de la jeune artiste, son talent et son dévouement sans faille en faveur de la musique qu’elle fait avec rigueur et amour.

Un prix qu’elle a dédié à la Guinée mais aussi à toute l’Afrique dont elle croit et qu’elle espère va pouvoir encore prendre son destin en main pour un développement harmonieux.

Il faut rappeler également qu’elle avait déjà marqué les esprits il y a quelques semaines lors du festival Afrobeat international à Ouagadougou.

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Nouveau rapport de force entre la CEDEAO et les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) : Burkina Faso, Mali et le Niger. Quel enjeu pour la CEDEAO et pour la Guinée ? https://planete7.info/nouveau-rapport-de-force-entre-la-cedeao-et-les-pays-de-lalliance-des-etats-du-sahel-aes-burkina-faso-mali-et-le-niger-quel-enjeu-pour-la-cedeao-et-pour-la-guinee/ https://planete7.info/nouveau-rapport-de-force-entre-la-cedeao-et-les-pays-de-lalliance-des-etats-du-sahel-aes-burkina-faso-mali-et-le-niger-quel-enjeu-pour-la-cedeao-et-pour-la-guinee/#respond Thu, 08 Feb 2024 20:32:29 +0000 https://planete7.info/?p=26303 Le rapport de force entre la CEDEAO et les pays en transition notamment, ceux du sahel prend une nouvelle dimension géopolitique et diplomatique. Le retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la communauté, fragilise davantage l’instance sous-régionale dans sa diplomatie préventive et coercitive. Elle se décrédibilise du jour au lendemain avec […]]]>

Le rapport de force entre la CEDEAO et les pays en transition notamment, ceux du sahel prend une nouvelle dimension géopolitique et diplomatique. Le retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la communauté, fragilise davantage l’instance sous-régionale dans sa diplomatie préventive et coercitive. Elle se décrédibilise du jour au lendemain avec des crises naissantes (crise institutionnelle au Sénégal) autrefois, model démocratique, de stabilité et un levier diplomatique de l’organisation dans la gestion des crises.

A ces pays, s’ajoute, la Guinée en transition également, après la prise du pouvoir par l’armée le 05 septembre 2021. Elle fait objet de sanction de la part de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernement de la CEDEAO.

Toutefois, cette énième crise au sein de la CEDEAO peut changer la donne dans les relations entre Conakry et Abuja (CEDEAO). En effet, la Guinée intéresse désormais de près l’instance sous régionale, non pas pour évaluer les mesures de restrictions et du processus de transition amorcé depuis quelques mois, voire, années. Mais surtout et avant tout pour faire de la Guinée un levier diplomatique pour la CEDEAO dans ses rapports avec les pays de l’AES.

La diplomatie guinéenne doit saisir cette opportunité pour se replacer au centre de la diplomatie sous régionale. Ainsi, les enjeux sont énormes à la fois pour la Guinée et pour la CEDEAO.

*Pour ce qui est de la Guinée dans ses relations avec la Communauté, elle doit :

– Relancer le dialogue et rétablir la confiance avec la CEDEAO. Cela va permettre de sortir le pays de l’isolement et l’éviter des sanctions supplémentaires contraignantes ;

– Être un relais diplomatique entre les pays de l’AES et la CEDEAO dans une éventuelle négociation pour le maintien de ces pays au sein de l’organisation ;

– Porter la cause des pays en transition auprès de la CEDEAO afin de redéfinir toutes les relations et évidement, une sortie de crise inclusive dans ces trois (3) pays.

*Quant à la CEDEAO

Le maintien de la Guinée en son sein est fondamental pour l’organisation pour plusieurs raisons :

– Garder la Guinée dans l’organisation est une garantie de la continuité territoriale entre les Etats membres se situant à l’ouest et à l’est des pays en transitions ;

–  Convaincre la Guinée d’adopter une posture différente des pays de l’AES afin d’ouvrir des nouvelles perspectives au pays dans ses relations avec la CEDEAO.

– Eviter que Conakry adopte une politique de « suivisme » pour prévenir la discontinuité territoriale, car, en cas d’une éventuelle sortie de la Guinée qui, il faut le rappeler n’est pas à l’ordre du jour, il y aura forcément une discontinuité entre les pays membre de la CEDEAO se trouvant géographiquement au Nord -Est de la Guinée (Sénégal, Guinée Bissau, Sud-Est du pays (Siéra Léone, Liberia et la Cote d’ivoire).  Cette dernière est d’ailleurs, le relais entre la Guinée et les autres membres de la CEDEAO (Benin, Ghana, Nigeria et Togo).

La diplomatie Guinéenne doit vite saisir cette reconfiguration géopolitique et diplomatique pour entre autres :

– Être au centre de la diplomatie ouest africaine, en dépit de son statut de pays en transition ;

– Sortir le pays de l’isolement diplomatique ;

– Eviter au pays des sanctions supplémentaires sévères ;

– Obtenir une garantie de l’accompagnement de la CEDEAO et de ses partenaires : Union Africaine, Organisation des Nations Unies, Union Européenne, France, Etats Unies du processus de transition.

– Rétablir la confiance entre elle et l’organisation et par ricochet, l’UA, l’ONU et l’UE, pour une transition inclusive et crédible.

 

Amadou Lamarane Bah

Diplômé en Relations Internationales

Doctorant en droit public/ FSJP/UCAD

amadoulemaire@yahoo.fr

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Départ du trio Mali-Burkina-Niger de la CEDEAO : la lecture du président du MSD https://planete7.info/depart-du-trio-mali-burkina-niger-de-la-cedeao-la-lecture-du-president-du-msd/ https://planete7.info/depart-du-trio-mali-burkina-niger-de-la-cedeao-la-lecture-du-president-du-msd/#respond Wed, 31 Jan 2024 14:35:02 +0000 https://planete7.info/?p=26200 Les réactions des acteurs politiques ne tardent pas depuis que le Niger, le Mali et le Burkina ont décidé de quitter l’institution sous-régionale à travers un communiqué conjoint signé par les trois militaires qui dirigent ces pays depuis 2020 à Bamako, 2022 à Ouagadougou et 2023 à Niamey. Si certains estiment que la CEDEAO mérite […]]]>

Les réactions des acteurs politiques ne tardent pas depuis que le Niger, le Mali et le Burkina ont décidé de quitter l’institution sous-régionale à travers un communiqué conjoint signé par les trois militaires qui dirigent ces pays depuis 2020 à Bamako, 2022 à Ouagadougou et 2023 à Niamey.

Si certains estiment que la CEDEAO mérite des réformes internes, les autres pensent que l’institution s’est plus attelée à défendre les chefs d’Etats qui la composent en lieu et place des citoyens des États.

C’est le cas du docteur Abdoulaye Diallo, président du Mouvement pour la Solidarité et le Développement (MSD) qui trouve tout de même ce départ en cascade un mauvais signe. « Les autorités de la CEDEAO ont fait un abus, elle doit (CEDEAO) faire la différence entre les relations qui existent entre deux États et entre gouvernements. On ne peut en aucun cas suspendre les frontières d’un État et cette institution s’est permise de le faire dès après le coup d’Etat au Niger. C’est qui n’était pas du tout normal. Si vous prenez l’électricité nigérienne, la source c’est à partir du Nigeria mais même cela vous avez vu dès l’arrivée des militaires ils ont bloqué ça, sous l’ordre de la CEDEAO qui n’a aucun droit. Donc voilà l’une des raisons qui ont poussé ces trois pays à faire l’extrémisme », a-t-il laissé.

Et de poursuivre. « Une fois de plus la CEDEAO doit être au service des peuples des États qui la composent et non au service des chefs d’Etats. On ne peut pas dire que ces pays ont quand même raison de quitter puisque ce qu’ils brandissent comme argument, mais ce n’est pas à l’institution de lutter contre le terrorisme même si par ailleurs elle doit prendre les choses au sérieux. Tout de même il faut reconnaître que cette question d’insécurité et surtout le terrorisme est une manœuvre internationale dont tous les États sont victimes », a-t-il laissé entendre avant de renchérir.

« À partir du moment que ces pays quittent l’institution, ils ne vont plus recevoir des sanctions.  C’est qui est réel aucun pays ne peut vivre à vase-clos donc c’est qui nous amène à dire qu’ils y auront d’une manière ou d’une autre des conséquences. Mais il faut dire quand même que ces départs en cascade des pays membres ne font pas bon signe puisque ça va emmener ce qu’on appelle la perte de la continuité territoriale. C’est à dire le déplacement d’un pays à un autre va être compliqué » conclut l’homme politique.

 

 

Mohamed Diallo pour Planete7.info

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