artisans – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Wed, 19 Aug 2026 20:57:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.4 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg artisans – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 N’Zérékoré : au centre d’exposition artisanale, le savoir-faire local face au recul du tourisme et à la pénurie de matières premières https://planete7.info/nzerekore-au-centre-dexposition-artisanale-le-savoir-faire-local-face-au-recul-du-tourisme-et-a-la-penurie-de-matieres-premieres/ Wed, 19 Aug 2026 20:55:35 +0000 https://planete7.info/?p=62070 À N’Zérékoré, le centre d’exposition artisanale continue de faire vivre des savoir-faire transmis de génération en génération. Mais derrière les sculptures, teintures, tableaux et objets en bambou ou en raphia, les artisans font face à une double difficulté : l’accès de plus en plus compliqué aux matières premières et la faiblesse du tourisme, qui réduit […]]]>

À N’Zérékoré, le centre d’exposition artisanale continue de faire vivre des savoir-faire transmis de génération en génération. Mais derrière les sculptures, teintures, tableaux et objets en bambou ou en raphia, les artisans font face à une double difficulté : l’accès de plus en plus compliqué aux matières premières et la faiblesse du tourisme, qui réduit considérablement leurs débouchés.

Au cœur de la capitale forestière, le centre d’exposition artisanale de N’Zérékoré reste un lieu emblématique de valorisation du patrimoine culturel local. Depuis 1992, des artisans y perpétuent des techniques traditionnelles à travers la teinture, la sculpture, la calligraphie ou encore la transformation du bambou et du raphia.

Pourtant, derrière les couleurs chatoyantes des tissus, les silhouettes sculptées dans le bois et les objets soigneusement façonnés, une inquiétude grandit. L’activité tourne au ralenti, faute de visiteurs et de matières premières accessibles.

Installé dans un espace forestier depuis plus de trois décennies, le centre regroupe plusieurs groupes de travail spécialisés. Selon Antoni Théa, président de l’association coopérative du centre d’exposition artisanale de N’Zérékoré, cette organisation permet aux artisans de travailler dans différents domaines tout en contribuant à la préservation du patrimoine culturel de la région.

« Nous sommes installés dans cette forêt depuis 1992. Nous sommes organisés en groupes de travail », explique-t-il.

Parmi ces groupes figure notamment celui de la teinture, connue sous l’appellation de « teinture forêt sacrée ». Selon Antoni Théa, cette dénomination renvoie à une couleur marron traditionnellement utilisée par certaines communautés après le retour du camp d’initiation.

Le centre abrite également des sculpteurs qui transforment le bois en statues et en masques, des calligraphes qui réalisent tableaux, paysages et portraits, ainsi que des artisans spécialisés dans le travail du bambou. Gobelets et autres objets utilitaires sont fabriqués à partir de cette matière. Le raphia, quant à lui, sert notamment à confectionner des sacs et divers accessoires.

Autant de métiers qui témoignent de la richesse du patrimoine artisanal de la Guinée forestière.

Confrontés à diverses difficultés, les artisans ont également choisi de se structurer en coopérative. L’initiative vise à renforcer la solidarité entre les différents groupes et à prévenir les conflits.

« Nous avons créé une coopérative au sein du centre pour éviter les conflits, afin que la paix, l’union et la fraternité règnent au sein de notre activité, sans distinction de race, d’ethnie ou de religion », souligne le responsable.

Au-delà de la cohésion entre les artisans, cette organisation doit permettre à chacun de vivre de son activité et de bénéficier de la solidarité des autres membres.

Le centre actuel représente, pour les artisans, une avancée importante. Il fait partie des infrastructures réalisées à l’occasion des festivités marquant le 55e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, célébrées à N’Zérékoré.

Avant sa construction, les conditions de travail étaient particulièrement difficiles.

« Depuis 1992, nous vivions dans des cases et des hangars qui coulaient un peu partout en cas de pluie. Nous et nos produits n’étions pas à l’abri », se souvient Antoni Théa.

La construction du centre a ainsi permis aux artisans de disposer d’un cadre plus adapté pour produire et exposer leurs œuvres. Mais si les infrastructures se sont améliorées, les difficultés économiques, elles, persistent.

Aujourd’hui, l’un des principaux obstacles à la poursuite de l’activité réside dans l’accès aux matières premières. Certaines ressources indispensables à la fabrication des œuvres deviennent difficiles à trouver, tandis que les moyens financiers limitent la capacité des artisans à constituer des stocks.

« Beaucoup de matières premières sont en rupture de stock. Nous n’arrivons vraiment pas à les acquérir en gros parce que nous n’avons pas les moyens », déplore Antoni Théa.

À cette contrainte financière s’ajoutent les mesures liées à la protection de l’environnement. Le bois, certaines écorces ou encore le raphia, utilisés depuis longtemps dans l’artisanat local, sont désormais soumis à différentes restrictions.

Les artisans se retrouvent ainsi confrontés à un équilibre difficile à trouver : préserver les ressources naturelles tout en continuant à exercer des métiers qui en dépendent directement.

Autre préoccupation, et non des moindres : la faiblesse du tourisme à N’Zérékoré.

Le centre a pourtant vocation à être une vitrine du savoir-faire de la Guinée forestière. Ses ateliers pourraient constituer une étape importante pour les visiteurs désireux de découvrir les traditions et la créativité des artisans locaux.

Mais les visiteurs se font rares.

« Aujourd’hui, le tourisme n’est pas ouvert ici à N’Zérékoré. On ne reçoit pas de touristes. Tout ce que nous fabriquons ne se limite qu’ici », regrette le président de la coopérative.

Cette faible fréquentation réduit considérablement les possibilités de vente. Certains artisans sont même obligés de transporter leurs productions vers les zones frontalières afin de trouver de nouveaux acheteurs. Une démarche qui entraîne des frais supplémentaires et réduit davantage leurs marges.

Pour Antoni Théa, les créations réalisées dans les ateliers de N’Zérékoré ont pourtant le potentiel de conquérir des marchés bien au-delà de la région.

« Nos produits devraient être vendus sur le marché international », estime-t-il.

Face à cette situation, les responsables du centre lancent un appel aux pouvoirs publics. Ils souhaitent un accompagnement accru pour faciliter l’accès aux matières premières, dynamiser le tourisme dans la région et permettre aux artisans de prendre part aux grandes foires et expositions nationales et internationales.

« Nous lançons vraiment un appel pressant au gouvernement afin qu’il puisse nous faciliter l’accès à ces matières pour la confection de nos œuvres. Nous sommes là à développer la culture guinéenne et nous voulons vraiment être présents lors des expositions », plaide Antoni Théa.

À travers leurs sculptures, leurs teintures, leurs tableaux et leurs créations en bambou et en raphia, les artisans du centre d’exposition de N’Zérékoré continuent de faire vivre une mémoire et un savoir-faire transmis au fil des générations.

Mais sans accès régulier aux matières premières, sans débouchés commerciaux et surtout sans véritable relance du tourisme, cette richesse culturelle risque de rester confinée entre les murs du centre.

À N’Zérékoré, les artisans ne demandent donc pas seulement à vendre leurs œuvres. Ils souhaitent surtout que leur savoir-faire puisse voyager, rencontrer de nouveaux publics et trouver sa place sur les marchés nationaux et internationaux.

Antoine Neima pour Planete7.info

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

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