accord Guinée-FMI – PLANETE 7 https://planete7.info Tour de la planète sur 7 Wed, 12 Aug 2026 00:13:47 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.3 https://planete7.info/wp-content/uploads/2022/12/cropped-WhatsApp-Image-2022-12-01-at-12.56.29-32x32.jpeg accord Guinée-FMI – PLANETE 7 https://planete7.info 32 32 182805278 Accord Guinée-FMI : le gouvernement dévoile les priorités d’un programme de 425 millions de dollars https://planete7.info/accord-guinee-fmi-le-gouvernement-devoile-les-priorites-dun-programme-de-425-millions-de-dollars/ Wed, 12 Aug 2026 00:11:47 +0000 https://planete7.info/?p=61439 Après la conclusion d’un accord au niveau des services avec le FMI, les autorités guinéennes veulent en faire un levier de transformation économique, de mobilisation des recettes et de renforcement de la confiance des investisseurs. Le programme, prévu sur 41 mois, pourrait ouvrir l’accès à environ 425 millions de dollars, sous réserve de son approbation […]]]>

Après la conclusion d’un accord au niveau des services avec le FMI, les autorités guinéennes veulent en faire un levier de transformation économique, de mobilisation des recettes et de renforcement de la confiance des investisseurs. Le programme, prévu sur 41 mois, pourrait ouvrir l’accès à environ 425 millions de dollars, sous réserve de son approbation par les instances dirigeantes du Fonds en septembre prochain.

Ce n’est pas seulement une enveloppe de 425 millions de dollars que le gouvernement guinéen veut retenir du nouvel accord conclu avec le Fonds monétaire international (FMI). Pour les autorités, le véritable enjeu se situe ailleurs : dans la crédibilité retrouvée, la discipline budgétaire, la mobilisation des ressources internes et la capacité à transformer la croissance économique en résultats tangibles pour les populations.

Au lendemain de l’annonce de la conclusion d’un accord au niveau des services du FMI en vue d’un nouveau Programme économique et financier soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC), le gouvernement a choisi de lever le voile sur les contours de ce nouveau cadre. Ce mardi 11 août 2026, le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget a réuni plusieurs membres du gouvernement et le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) pour un point de presse consacré aux implications de cet accord.

Autour de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, étaient notamment présents le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, le ministre de l’Agriculture, Félix Lamah, ainsi que le gouverneur de la BCRG, Karamo Kaba.

L’accord, d’une durée de 41 mois, devrait permettre à la Guinée d’accéder à environ 425 millions de dollars, soit 145 % de sa quote-part auprès du FMI. Cette enveloppe reste toutefois soumise à l’approbation de la Direction et du Conseil d’administration du Fonds, attendue en septembre 2026.

Mais au cours des échanges avec les médias, les responsables guinéens ont insisté sur le fait que la portée du programme ne saurait être réduite à son montant financier.

Pour Mariama Ciré Sylla, la Guinée n’aborde pas ce nouveau programme dans une logique de sauvetage ou de réponse à une crise immédiate. La ministre le présente plutôt comme un instrument destiné à accompagner les réformes engagées par les autorités et à consolider les acquis économiques enregistrés ces dernières années.

« Cet accord intervient dans un contexte particulier pour notre pays, marqué par le retour à l’ordre constitutionnel et par la volonté des autorités de consolider durablement la stabilité institutionnelle et économique », a-t-elle expliqué.

Dans cette perspective, le gouvernement entend inscrire le partenariat avec le FMI dans une vision définie au niveau national. Il s’agit, selon la ministre, de construire progressivement une économie plus solide, mieux gouvernée et davantage capable de financer elle-même son développement.

Sous le leadership du président de la République, Mamadi Doumbouya, et sous la conduite du Premier ministre, les autorités revendiquent ainsi un choix assumé : celui de la transformation économique.

« La Guinée se trouve à un carrefour historique de son développement économique », a déclaré Mariama Ciré Sylla, mettant en avant les efforts entrepris pour accroître les recettes publiques, restaurer la discipline budgétaire, moderniser la gestion des finances publiques et accélérer la digitalisation des administrations.

Pour le gouvernement, cette transformation doit également aller de pair avec davantage de transparence et de responsabilité dans la gestion des ressources publiques.

L’ambition, résumée par la ministre, est de faire en sorte que « les richesses de la Guinée servent davantage la Guinée » et que les ressources publiques mobilisées produisent davantage d’impact au bénéfice des populations.

Pour défendre cette nouvelle trajectoire, la ministre a également présenté plusieurs indicateurs qu’elle considère comme des signes d’amélioration de la situation économique.

La croissance aurait atteint 6,9 % en 2025 et devrait progresser à 8,6 % en 2026, selon les projections présentées par les autorités. Dans le même temps, les recettes fiscales seraient passées de 8,6 % du PIB en 2024 à 11,3 % en 2025.

Le gouvernement met également en avant le renforcement des réserves de change ainsi qu’un niveau de dette publique jugé maîtrisé.

Ces performances, selon Mariama Ciré Sylla, permettent à la Guinée d’aborder son nouveau programme avec le FMI non pas comme une économie en situation de faiblesse, mais comme un pays disposant désormais d’acquis sur lesquels il entend bâtir une nouvelle étape de sa transformation.

Reste toutefois un défi majeur : convertir les performances macroéconomiques en amélioration du quotidien des citoyens.

La ministre a notamment alerté sur les risques liés à une mauvaise gestion des revenus issus des ressources naturelles. La richesse minière, estime-t-elle, peut devenir un accélérateur de développement comme elle peut, en l’absence de rigueur, accentuer les déséquilibres.

« Sans une gestion rigoureuse, une telle manne peut accroître les déséquilibres et peut ne pas servir comme on le souhaiterait les populations guinéennes », a-t-elle prévenu.

Le premier grand chantier du programme concerne précisément la capacité de l’État à mobiliser ses propres ressources.

L’objectif est d’augmenter durablement les recettes intérieures afin de financer les priorités nationales, notamment celles inscrites dans le programme Simandou 2040.

L’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre la fraude et l’amélioration des performances des régies financières figurent parmi les leviers annoncés. La digitalisation doit également jouer un rôle central dans cette stratégie.

Derrière cette orientation se trouve un objectif stratégique : réduire progressivement la dépendance de la Guinée aux financements extérieurs et renforcer sa capacité à financer elle-même ses politiques publiques et ses investissements.

Le deuxième axe porte sur la gestion des finances publiques.

Le nouveau programme doit accompagner la poursuite des réformes budgétaires, notamment la transition vers le budget-programme, ainsi que l’amélioration des prévisions économiques et le renforcement du contrôle de la dépense publique.

Le gouvernement entend également revoir la manière dont sont sélectionnés les investissements publics.

Les projets appelés à bénéficier de ressources publiques devront davantage être évalués en fonction de leur rentabilité économique et financière, mais aussi de leur capacité à produire un impact concret sur les populations.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de mobiliser davantage d’argent public, mais de s’assurer que chaque ressource dépensée génère le maximum de résultats.

La stabilité macroéconomique constitue le troisième pilier du programme.

La Guinée entend poursuivre sa dynamique de croissance tout en maîtrisant l’inflation, en consolidant ses réserves de change et en préservant les principaux équilibres économiques et financiers.

À cette discipline macroéconomique doit s’ajouter un renforcement de la gouvernance publique.

Le gouvernement annonce notamment la publication régulière des données budgétaires ainsi que le renforcement des mécanismes de contrôle internes et externes.

Cette volonté de transparence constitue également un élément important du nouveau cadre avec le FMI, alors que les autorités souhaitent instaurer un dialogue plus régulier avec les citoyens, les acteurs économiques et les partenaires au développement sur les décisions qui engagent l’avenir financier du pays.

Autre priorité : la diversification de l’économie.

Le gouvernement veut créer des conditions plus favorables au développement de l’agriculture, de l’agro-industrie, des services et des petites et moyennes entreprises.

Cette orientation s’inscrit directement dans les ambitions de Simandou 2040, qui vise à utiliser la dynamique minière comme un catalyseur d’une transformation plus large de l’économie guinéenne.

L’enjeu est donc de faire de la croissance minière un point d’appui pour développer d’autres secteurs, créer davantage d’activités et renforcer le capital humain.

Au-delà des questions financières, le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, a insisté sur un autre enjeu souvent moins visible : la qualité des données et des outils de planification.

« On ne peut pas piloter une transformation économique de cette ampleur sans disposer de données fiables », a-t-il déclaré.

Pour le ministre, les statistiques constituent un outil indispensable pour mesurer les résultats des politiques publiques, identifier les besoins réels des populations et orienter efficacement les ressources de l’État.

Son département entend ainsi concentrer ses efforts autour de trois chantiers.

Le premier concerne le renforcement de la planification stratégique et sa meilleure articulation avec la programmation budgétaire et l’investissement public. L’objectif est de faire en sorte que les orientations nationales soient effectivement traduites dans les budgets et dans les choix d’investissement.

Le deuxième porte sur la modernisation du système statistique national, avec l’ambition de disposer de données plus fiables, plus rapides et davantage exploitables dans la prise de décision.

Enfin, le troisième chantier concerne la coopération internationale. Le gouvernement souhaite que les différents partenariats conclus par la Guinée soient davantage alignés sur les priorités nationales et contribuent directement aux objectifs de Simandou 2040.

À la Banque centrale, le gouverneur Karamo Kaba voit dans le nouvel accord un enjeu qui dépasse largement les 425 millions de dollars annoncés.

« Le montant annoncé aujourd’hui est important, mais sa véritable portée dépasse ce montant », a-t-il affirmé.

Pour le gouverneur de la BCRG, le programme doit avant tout contribuer à restaurer la confiance dans l’économie guinéenne et à renforcer la signature financière du pays.

Une crédibilité accrue qui pourrait, selon lui, faciliter la mobilisation de ressources supplémentaires auprès des partenaires bilatéraux et multilatéraux, mais aussi améliorer l’attractivité du pays auprès des investisseurs privés.

Karamo Kaba parle ainsi d’un véritable « contrat de confiance » autour d’une vision économique : celle d’une Guinée capable de valoriser ses ressources naturelles tout en préservant ses équilibres et en préparant les bases d’une prospérité durable.

« La valeur de cet accord ne se résume pas seulement en dollars, en DTS ou en francs guinéens », a-t-il souligné.

Pour le gouverneur, sa valeur réside surtout dans la crédibilité qu’il apporte à la politique économique du pays, dans l’ancrage qu’il donne aux réformes et dans la confiance qu’il peut susciter auprès des investisseurs et des partenaires internationaux.

À travers ce point de presse, le gouvernement a donc voulu présenter le nouvel accord avec le FMI comme bien plus qu’un mécanisme de financement.

Les quelque 425 millions de dollars attendus constituent certes une ressource importante pour la Guinée. Mais l’enjeu central du programme réside dans les réformes qui l’accompagnent : mobilisation des recettes intérieures, meilleure gestion des dépenses publiques, stabilité macroéconomique, transparence, diversification économique, amélioration de la planification et renforcement de la confiance.

La prochaine étape se jouera désormais à Washington. Sous réserve de l’approbation de la Direction et du Conseil d’administration du FMI, attendue en septembre 2026, le programme devrait entrer dans une nouvelle phase.

Pour les autorités guinéennes, le défi sera alors de transformer les engagements pris en résultats mesurables.

Car derrière les indicateurs de croissance, les recettes fiscales et les mécanismes financiers, une question demeure : comment faire en sorte que la croissance et les ressources exceptionnelles dont dispose la Guinée se traduisent enfin par davantage d’emplois, de services publics, d’infrastructures et de pouvoir d’achat pour les citoyens ?

C’est à cette épreuve que sera véritablement jugé le nouveau partenariat entre la Guinée et le FMI.

 

Salif Camara pour Planete7.info

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