
Le lycée Elhadj Boubacar Barry (EBB), l’un des plus grands établissements publics de la commune urbaine de Mamou, a été totalement paralysé ce lundi 9 février 2026 à la suite d’un acte de sabotage d’une rare gravité. Treize salles de classe, ainsi que les bureaux de l’administration, ont été retrouvés hermétiquement fermés par des individus non identifiés.
Selon les constats effectués sur place, les auteurs ont obstrué les cadenas à l’aide de barres de fer, de sable et de colle forte, rendant toute ouverture impossible. Résultat immédiat : aucun cours n’a pu se tenir et même la direction s’est retrouvée dans l’incapacité d’accéder à ses bureaux.

Implanté au quartier Sêré, à environ quatre kilomètres du centre-ville de Mamou, le lycée EBB accueille des élèves de la 7e année à la terminale. Pour son proviseur, Thierno Souleymane Sall, il ne s’agit malheureusement pas d’un fait isolé.
« Ce n’est ni la première, ni la deuxième, ni la troisième fois. À plusieurs reprises, nous avons retrouvé des salles scellées de cette manière. Lors des dernières compositions, cinq à six salles avaient déjà été bloquées. Nous avions dû casser les cadenas et en acheter de nouveaux pour pouvoir poursuivre les cours », a-t-il expliqué.
Cette fois-ci, l’ampleur est inédite : toutes les salles, sans exception, ont été ciblées, y compris la direction.
« Même la direction n’a pas été épargnée. Nous n’avions même pas accès à nos propres bureaux. C’était le comble », déplore le chef d’établissement.

Face à la situation, le proviseur a immédiatement alerté les autorités éducatives et administratives locales : le président de l’Association des parents d’élèves (APAE), son adjoint, le chef de quartier, la Direction préfectorale de l’éducation (DPE) ainsi que l’Inspection régionale de l’éducation (IRE). Une délégation s’est rendue sur place pour constater les faits et envisager des mesures urgentes.
Pour Thierno Souleymane Sall, la racine du problème est clairement identifiée : l’absence de clôture autour de l’établissement.
« L’école n’est pas clôturée. Dans ces conditions, n’importe qui peut y entrer et faire ce qu’il veut. La gestion devient extrêmement difficile, malgré tous nos efforts », souligne-t-il.

Il affirme toutefois soupçonner une implication interne, sans disposer de preuves formelles.
« Jusqu’à preuve du contraire, j’accuse une minorité d’élèves inconscients, qui ne veulent pas étudier et empêchent les autres d’apprendre. Mais comme nous n’avons pas de témoins, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude », précise-t-il.
Nommé proviseur en 2022, Thierno Souleymane Sall dit avoir, à plusieurs reprises, alerté les autorités sur l’état préoccupant des infrastructures de l’établissement.
« Depuis 2022-2023, j’ai écrit à l’IRE, à la DPE et jusqu’au département. Le manque de clôture, mais aussi la dégradation des plafonds, des tôles et de la charpente constituent un réel danger pour les élèves », alerte-t-il.
Face à l’absence de réaction institutionnelle, il s’est tourné vers la communauté locale, estimant que la sécurisation de l’école relève aussi de la responsabilité collective.
« C’est une école publique qui appartient à la communauté. L’État ne peut pas tout faire. Le quartier a les moyens : des parcelles sont vendues chaque jour. Qu’est-ce qui empêche de vendre deux ou trois terrains pour clôturer l’école et la sécuriser ? », s’interroge-t-il.

En attendant, les cours sont suspendus pour ce lundi et le mardi. Une rencontre cruciale est prévue mercredi entre la direction, les autorités éducatives, les parents d’élèves et les responsables communautaires.
Tous les élèves sont convoqués avec leurs parents.
« Si les conditions de sécurité ne sont pas réunies, nous serons obligés de déployer les enseignants dans d’autres établissements. On ne peut pas continuer à travailler dans un environnement aussi risqué », avertit le proviseur.
Selon lui, la situation est devenue explosive.
« Ce matin, avec des centaines d’élèves massés devant l’école, la tension montait. Les murmures, les cris… le risque de débordement était réel. J’avais peur », confie-t-il.

Face à ces sabotages répétés, qui compromettent gravement le droit à l’éducation et la sécurité de la communauté scolaire, le proviseur lance un appel pressant aux autorités locales et aux populations riveraines.
Sans une clôture rapide et une sécurisation effective du lycée Elhadj Boubacar Barry, l’établissement risque non seulement une paralysie durable, mais aussi la perte de ses enseignants, au détriment de milliers d’élèves de Mamou.
Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info
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