Maison de la Presse de Mamou : chronique d’un abandon au cœur de la ville

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Située en plein centre-ville de Mamou, en face de l’hôpital régional et à quelques mètres de la Radio Rurale, la Maison de la Presse locale, censée être un espace de référence pour les professionnels des médias, offre aujourd’hui un visage alarmant. Jadis symbole du dynamisme journalistique régional, le bâtiment n’est plus qu’une structure délabrée, abandonnée aux aléas du temps et à l’indifférence des autorités.

À l’extérieur, une grande plaque d’identification, souvent renversée par les vents et maladroitement maintenue au ciment, constitue l’un des rares vestiges visibles de ce qui fut autrefois une véritable institution. À l’intérieur, le constat est encore plus préoccupant : murs fissurés, toiture percée, installations électriques défectueuses, salles poussiéreuses et infestées de termites. L’espace est devenu impraticable pour les réunions, les formations ou même les simples échanges professionnels. Lors des dernières pluies, les lieux se sont transformés en un véritable bourbier, rendant toute activité journalistique quasiment impossible.

Aucun équipement moderne n’y est disponible. Pas de matériel informatique, pas de connexion fiable, pas de salles fonctionnelles, ni même d’éclairage stable. Dans ces conditions, la Maison de la Presse ne joue plus son rôle de cadre de travail, d’apprentissage et de coordination pour les journalistes de la région. Seuls quelques professionnels, que l’on peut compter sur les doigts d’une main, continuent d’y passer par attachement symbolique, espérant une renaissance qui tarde à venir.

Cette situation ne date pas d’hier. Depuis plusieurs années, les journalistes de Mamou entendent les mêmes promesses : à chaque visite officielle, à chaque cérémonie protocolaire, des engagements sont pris pour la réhabilitation du bâtiment. Mais sur le terrain, les actes ne suivent pas. Les rares interventions se limitent à de simples rafistolages temporaires, sans impact durable. Résultat : la Maison de la Presse est progressivement tombée dans l’oubli, perdant sa fonction et son prestige.

La récente visite du Premier ministre Amadou Oury Bah à Mamou a ravivé les frustrations. En tournée nationale après le référendum du 21 septembre, le chef du gouvernement a séjourné dans la préfecture, animé une rencontre à la Maison des Jeunes et tenu une conférence de presse au gouvernorat. Plusieurs sujets ont été abordés, mais une question centrale est restée sans réponse : celle de la rénovation de la Maison de la Presse.

Interpellé directement par le directeur régional de l’Information et de la Communication, au nom des journalistes locaux, sur l’état critique du bâtiment et la nécessité urgente de travaux, le Premier ministre n’a fait aucune allusion à ce dossier dans sa réponse. Ni engagement, ni annonce, ni même un mot de considération pour ce lieu emblématique. Un silence qui a surpris et déçu l’assistance. Pour certains, il s’agirait d’un simple oubli ; pour d’autres, d’une esquive face à un sujet jugé secondaire dans l’agenda gouvernemental.

Pourtant, ailleurs, le contraste est saisissant. À Kankan, en Haute-Guinée, la Maison de la Presse a récemment bénéficié d’une rénovation complète. Équipée, moderne et fonctionnelle, elle accueille aujourd’hui des ateliers, des formations et des productions médiatiques de qualité. Elle est devenue un véritable pôle de référence pour les journalistes locaux, contribuant au renforcement de la démocratie et de l’information de proximité.

Pourquoi une telle disparité entre les régions ? Mamou, carrefour stratégique du Fouta-Djalon, dispose pourtant d’une presse active, couvrant des thématiques majeures comme l’agriculture, la santé, l’éducation et la vie politique régionale. Mais ses journalistes travaillent dans des conditions précaires, sans infrastructure digne de ce nom, ce qui nuit à la qualité du travail et à l’image de la profession.

Face à cette inertie, la presse locale de Mamou lance un appel solennel aux autorités. Au Premier ministre, au ministère de l’Information et de la Communication, mais aussi aux partenaires techniques et financiers : il est temps d’agir. La rénovation de la Maison de la Presse ne relève pas du luxe, mais d’une nécessité institutionnelle. Elle constitue un investissement stratégique pour la liberté d’expression, la transparence et la communication publique.

Les journalistes appellent également les entreprises privées, les ONG et la diaspora guinéenne à s’impliquer dans ce chantier. Transformer cet espace fantôme en une infrastructure moderne serait un signal fort en faveur d’une presse professionnelle, respectée et outillée pour servir les citoyens.

La Maison de la Presse de Mamou n’est pas seulement un bâtiment en ruine. Elle est le symbole d’un désengagement progressif envers l’information locale. La réhabiliter, c’est redonner de la dignité à une profession essentielle à la démocratie. Le silence ne peut plus durer. L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action. Mamou attend sa renaissance.

Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

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