Lola : des femmes de Kebeyakoré manifestent torses nus contre les violences policières

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Une scène inédite a marqué la ville de Lola ce lundi matin. Plus d’une trentaine de femmes venues du district de Kebeyakoré, dans la sous-préfecture de Guéasso, ont défilé torses nus dans les rues, pancartes en main et slogans à la bouche. Leur destination : le bloc administratif préfectoral, où elles ont tenu à exprimer leur colère face à ce qu’elles qualifient d’« exactions policières » et d’« injustices répétées » contre les citoyens de leur localité.

Selon les manifestantes, cette mobilisation découle d’un litige persistant entre éleveurs et agriculteurs. « Depuis des années, nos champs sont détruits par les bœufs sans qu’aucune solution ne soit apportée. Nous avons toujours saisi les autorités, mais la justice ne suit jamais », déplore Christine Loua, porte-parole des femmes marcheuses.

La tension a atteint son paroxysme le 29 juillet dernier, lorsque le chef-secteur de Kebeyakoré et son adjoint ont été convoqués à la gendarmerie de Lola avant d’être transférés à la maison centrale de N’Zérékoré. Un événement que les femmes considèrent comme une « arrestation arbitraire » et qui a déclenché leur mouvement de protestation.

Les plaignantes rapportent également une intervention musclée des forces de l’ordre dans la nuit du 16 août. « Aux environs de 22h40, un pick-up de policiers a envahi le village, tirant à balles réelles et lançant des gaz lacrymogènes. Le village était terrorisé, beaucoup ont fui dans la brousse », témoigne Christine Loua.

Selon elle, quinze personnes sont actuellement hospitalisées à l’hôpital préfectoral de Lola, traumatisées par les gaz lacrymogènes. Les femmes affirment aussi que des biens ont été pillés au cours de l’opération, dont une caisse de tontine collective rassemblant les épargnes de 120 villageois.

Parmi les manifestantes, certaines racontent avec douleur l’intrusion violente des agents.
« Ils ont cassé notre porte, emporté notre caisse d’épargne et frappé nos maris. Le mien est porté disparu depuis samedi », confie Martine Doré, en larmes.
De son côté, Agnès Doré affirme avoir été attaquée en pleine nuit : « C’était une caisse de tontine de plus de deux ans d’épargne qui a disparu. Nos maris sont en prison, et nous voulons leur libération », plaide-t-elle.

Au sortir de leur rencontre avec le préfet de Lola, les femmes se disent insatisfaites malgré les excuses présentées par l’autorité. Elles exigent trois choses :

  • La libération immédiate de leurs responsables emprisonnés ;
  • Le départ des éleveurs et de leurs troupeaux de Kebeyakoré ;
  • La justice pour les victimes des violences policières.

« Si rien n’est fait, nous continuerons à marcher », prévient la porte-parole Christine Loua.

Contacté par téléphone, le juge de paix de Lola, accusé par les femmes d’avoir ordonné les arrestations via un mandat exécuté par la police, a esquivé toute explication : « Je ne confirme rien. Je n’ai pas l’habitude de parler aux journalistes », a-t-il simplement répondu.

Pépé Blaise Théa,correspondant à N’Zérékoré pour Planète7.info 

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