Littérature guinéenne : entre héritage prestigieux et défis d’avenir, le cri d’alarme de Mohamed Salifou Keita

« La littérature guinéenne est vivante, mais elle demeure insuffisamment structurée. » En une phrase, Mohamed Salifou Keita résume la réalité d’un secteur riche en talents, mais confronté à de nombreux obstacles. Journaliste, écrivain, critique littéraire et figure incontournable de la promotion du livre en Guinée, il livre, dans l’émission Face à Pathé, une analyse lucide de la situation de la création littéraire nationale.
Pour celui qui a consacré plus de quarante ans de sa vie à faire connaître les écrivains à travers la célèbre émission Papier, Plume, Parole, la Guinée n’a jamais manqué d’auteurs ni d’inspiration. Ce qui fait défaut, selon lui, c’est l’écosystème capable d’accompagner ces talents vers une véritable reconnaissance.
« Nos écrivains continuent de produire une littérature exigeante », affirme-t-il, tout en regrettant l’absence d’institutions solides, d’une politique éditoriale ambitieuse et de mécanismes efficaces de diffusion.
Pour Mohamed Salifou Keita, les difficultés ne se limitent pas à la publication des ouvrages. Elles concernent toute la chaîne du livre. Faiblesse des maisons d’édition, manque de réseaux de distribution, coût élevé des livres, insuffisance des bibliothèques et faible pratique de la lecture constituent, selon lui, autant de freins à l’épanouissement de la littérature guinéenne.
Pourtant, le pays dispose d’un patrimoine littéraire reconnu au-delà de ses frontières. Camara Laye, Williams Sassine, Alioum Fantouré, Tierno Monénembo ou encore Djibril Tamsir Niane ont contribué à inscrire la Guinée sur la carte mondiale de la littérature francophone. Pour Mohamed Salifou Keita, leur héritage dépasse largement le cadre des lettres : il participe à la construction de la mémoire nationale et nourrit la réflexion sur l’identité, l’histoire et les grandes questions de société.
Face à cette génération de pionniers, l’écrivain observe avec intérêt l’émergence de nouvelles voix. Il refuse cependant d’opposer anciens et jeunes auteurs. À ses yeux, la littérature guinéenne traverse une phase de transition où les nouvelles sensibilités doivent s’appuyer sur la lecture, la rigueur et la patience afin de bâtir des œuvres durables.
Loin d’être déconnectée des réalités du pays, la production littéraire actuelle demeure, selon lui, un miroir de la société. Les écrivains abordent les enjeux liés à la gouvernance, à la démocratie, aux migrations, aux inégalités sociales, à la jeunesse ou encore à la condition des femmes. Une manière de rappeler que la littérature ne se limite pas au divertissement, mais constitue également un outil de réflexion et d’interpellation citoyenne.
Mohamed Salifou Keita s’inquiète néanmoins de l’évolution des habitudes de lecture, notamment chez les jeunes. Si le livre conserve toute sa valeur, il reconnaît que les écrans et les réseaux sociaux occupent désormais une place prépondérante dans le quotidien. Pour inverser cette tendance, il plaide en faveur du développement des bibliothèques scolaires et municipales, de clubs de lecture et d’une véritable politique publique en faveur du livre.
À travers son analyse, une conviction se dégage : la littérature n’est pas un luxe réservé à une élite. Elle constitue un instrument de développement, de transmission des savoirs, de construction citoyenne et de dialogue entre les peuples.
Au-delà du constat, Mohamed Salifou Keita invite les décideurs à considérer le livre comme un investissement stratégique pour l’avenir du pays. Car, selon lui, une nation qui néglige ses écrivains prend le risque d’affaiblir sa mémoire, son identité et sa capacité à penser son propre avenir.
Son message résonne ainsi comme un appel à redonner toute sa place à la culture dans les politiques publiques, afin que la richesse littéraire de la Guinée puisse enfin bénéficier des conditions nécessaires à son plein rayonnement, aussi bien sur le continent africain que sur la scène internationale.
Planete7.info
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