Le dernier homme fort, entre serment et kalachnikov, un peuple fatigué (Par Abdourahamane Diallo)  

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Le serment ne vaut plus que le bruit des bottes

Lorsque Mamadi Doumbouya s’est avancé devant le peuple, il n’avait ni légitimité populaire ni bulletin de vote en poche. Pourtant, il avait un discours. Un discours écrit à l’encre du désespoir national. Il promettait la justice, la rupture, la refondation. Il jurait que ni lui ni aucun membre de son gouvernement ne seraient candidats. Le peuple, lassé mais toujours avide d’espoir, voulait y croire. Après tout, même les mots d’un militaire peuvent sembler sincères lorsque le pays est acculé au silence. Mais en Guinée, les serments s’évaporent plus vite que les prières de minuit.

Trois ans ont passé. Le colonel s’installe, les silences s’épaississent, les lois se tordent. Ce serment n’était donc qu’un prélude à une ambition. Et aujourd’hui, c’est le bruit des bottes qui remplace la parole donnée.

L’éternel retour du treillis providentiel

Le scénario est usé jusqu’à la corde. Le révolutionnaire qui devient bourreau. Le soldat qui se prend pour un messie. Le professeur de droit qui piétine le droit. À chaque fois, le décor reste le même, seuls les visages changent. En Guinée, la Constitution se plie plus qu’elle ne protège. La Charte de transition devient accessoire. Le peuple, quant à lui, n’est que figurant dans sa propre histoire. Depuis l’arrivée de Doumbouya, les médias sont bâillonnés, les voix discordantes réduites au silence, l’opposition expulsée comme une erreur de parcours. Ce n’est pas un accident, mais une constante. Le pouvoir chez nous ne s’exerce pas. Il s’impose. Et le treillis n’est plus un vêtement de fonction, mais le costume d’une tragédie nationale.

Ce pays mérite le droit de dire non encore une fois

Il existe cependant une mémoire. Une mémoire collective qui sait se redresser. Elle s’est levée en 2009 face à Dadis Camara. Elle a résisté en 2020 lorsque Condé s’est arrogé un mandat de trop. Cette mémoire est vivante, et elle peut encore dire non. Non à la régression. Non à la manipulation. Non à la confiscation du destin collectif. Dire non aujourd’hui ne relève ni de la haine ni de la revanche. C’est un acte de dignité. La Guinée n’est pas un tremplin personnel. Le peuple n’est pas une marche vers le trône. Le respect de la loi n’est pas une option, il est l’ultime refuge des peuples fatigués. Et si la loi peut être trahie dès qu’elle dérange les puissants, alors il ne reste que la jungle. Une jungle où le plus fort règne, jusqu’à ce qu’un autre surgisse. Et recommence.

Ce n’est pas d’un homme fort que la Guinée a besoin. Ce qu’il lui faut, ce sont des hommes debout. Debout face à la loi. Debout face à la mémoire. Debout face au vertige du pouvoir. Des hommes qui ne plient pas les textes à leurs intérêts mais qui s’inclinent devant les principes.

Refusons le parjure comme on refuse l’humiliation. Refusons le silence comme on refuse la peur. Refusons enfin la répétition du mal car l’histoire ne doit plus s’écrire avec du sang et des serments brisés.

 

Abdourahmane Diallo

Scholar guinéen-américain

Spécialisé en géopolitique et en conception de scénarios macroéconomiques

 

 

 

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