Kindia : la filière ananas entre espoir économique et menaces persistantes

Dans la préfecture de Kindia, réputée pour son fort potentiel agricole, la culture de l’ananas s’impose progressivement comme l’une des filières les plus dynamiques et prometteuses. De plus en plus de producteurs investissent dans cette spéculation, attirés par les perspectives économiques qu’elle offre et par la forte demande sur les marchés nationaux et sous-régionaux.
Mais cet élan est aujourd’hui sérieusement freiné par une série de difficultés structurelles et sécuritaires qui fragilisent durablement le secteur.

Les acteurs de la filière dénoncent notamment la recrudescence d’incendies d’origine inconnue, les vols à répétition dans les plantations et les nombreuses contraintes liées à la commercialisation de la production. Une situation d’autant plus préoccupante que l’ananas produit à Kindia pourrait, selon les professionnels, non seulement satisfaire les besoins du marché national, mais aussi renforcer les exportations vers plusieurs pays de la sous-région.

Pour le président de la Chambre préfectorale de l’Agriculture et de l’Élevage de Kindia et vice-président de la Fédération des planteurs de fruits de la Basse Guinée, Wagnabou Bangoura, la filière repose sur une organisation bien structurée.
« La filière ananas regroupe plusieurs acteurs : les planteurs assurent la production, ensuite viennent les groupements, les coopératives et enfin les fédérations. La production est saisonnière. Elle est faible entre juillet, août et septembre, mais très abondante le reste de l’année. Durant cette période, nous pouvons largement satisfaire la demande nationale et exporter vers des pays comme le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali ou la Sierra Leone », explique-t-il.

Malgré cette capacité de production, l’écoulement de l’ananas demeure un défi majeur, notamment dans la sous-préfecture de Friguiagbé, considérée comme l’un des principaux bassins de production.
« L’exportation est confrontée à de sérieux obstacles. Les coûts de transport sont très élevés, le dédouanement à Dakar est excessivement cher et les camions adaptés au transport de l’ananas sont difficiles à trouver. À cela s’ajoute le manque de cartons d’emballage. Il devrait normalement exister ici un centre de conditionnement et des magasins de stockage pour faciliter l’exportation », déplore le responsable agricole.

À ces contraintes logistiques s’ajoutent des pertes importantes dues aux incendies qui ravagent régulièrement les plantations, surtout en saison sèche.
« Ce qui nous inquiète le plus, ce sont les feux d’origine inconnue. Chaque saison sèche, des incendies se déclarent dans les plantations, parfois en plein cœur des champs. Ce ne sont pas de simples feux de brousse. Nous pensons qu’il s’agit d’actes intentionnels », alerte Wagnabou Bangoura.
Malgré les campagnes de sensibilisation et les mesures de prévention mises en place par les producteurs, les dégâts restent considérables. Le président de la Chambre préfectorale confie avoir lui-même été lourdement touché.
« J’ai perdu cinq hectares sur les dix que j’exploitais, soit environ 500 000 pieds d’ananas, à raison de 50 000 pieds par hectare », témoigne-t-il.

En moins d’un mois, au moins trois grandes plantations ont été détruites par des incendies dans les localités de Samoréah Village et Friguiagbé, renforçant le sentiment d’insécurité chez les producteurs.
Faute de mesures urgentes pour sécuriser les exploitations, améliorer la logistique et structurer la commercialisation, la filière ananas pourtant porteuse d’un fort potentiel économique pour la préfecture de Kindia risque de voir son développement sérieusement compromis, au détriment de milliers de producteurs et de l’économie locale.
Sylla Ama, correspondant à Kindia pour Planète7.info
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