
Dans un climat marqué par une montée des tensions entre les institutions judiciaires et la profession d’avocat, le barreau de Guinée a haussé le ton. Réunis en Assemblée générale extraordinaire, les avocats guinéens ont adopté une série de mesures fortes pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’« atteintes graves portées à leur profession ».
La déclaration officielle a été lue par Me Malick Diakité, avocat au barreau, dans une prise de parole ferme et solennelle : « Le retrait immédiat de tous les avocats représentant la profession dans les institutions et commissions de la transition, notamment celui du CNT, est désormais acté », a-t-il annoncé.
Au cœur de la colère : l’enlèvement jugé « illégal et cruel » du bâtonnier Me Mohamed Traoré. Cet acte, qualifié d’atteinte grave à l’intégrité et à l’indépendance de la profession, a été le déclencheur d’une mobilisation sans précédent de la corporation. « Nous exigeons que des poursuites soient exercées contre les auteurs de cet acte inadmissible. Évidemment, nous comptons porter plainte. Une commission sera mise sur pied à cet effet, et nous espérons un aboutissement heureux », a affirmé Me Diakité.
Parmi les décisions prises par les avocats figurent :
- Le boycott de toutes les audiences judiciaires et des convocations devant les officiers de police judiciaire pendant deux semaines, sous peine de sanctions disciplinaires contre les contrevenants.
- Le maintien de la possibilité de dépôt des recours, afin de ne pas paralyser totalement le fonctionnement judiciaire.
- La convocation d’une nouvelle assemblée générale à l’issue du boycott, afin de réévaluer la situation et décider des actions futures.
- Le retrait immédiat des avocats siégeant dans les institutions de la transition, en particulier le Conseil national de la transition (CNT), en signe de protestation.
Alors que le boycott doit entrer en vigueur dès ce mardi 24 juin, une rencontre avec le ministre de la Justice est prévue dans les heures à venir. « Nous allons lui faire part de notre indignation et lui demander des explications, mais surtout des actions concrètes contre ceux qui ont commis cet enlèvement », a martelé Me Diakité.
Cette mobilisation révèle une fracture profonde entre les avocats et les autorités de la transition. Le barreau réclame le respect de ses droits fondamentaux, notamment l’indépendance de la défense et la sécurité de ses membres.
En décidant de suspendre leur participation aux institutions de la transition, les avocats entendent non seulement marquer leur désapprobation, mais aussi rappeler que sans un barreau fort, il ne peut y avoir d’État de droit véritable.
L’avenir immédiat du bras de fer entamé dépendra en grande partie de la réponse des autorités, notamment du ministre de la Justice, à qui la balle est désormais dans le camp. Une chose est sûre : la profession d’avocat a décidé de ne plus se taire.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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