Investiture de Mamadi Doumbouya : faut-il tourner la page du gouvernement de transition ?

La société civile divisée sur la démission, mais unanime sur l’exigence de rupture et de résultats

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Depuis l’investiture du général Mamadi Doumbouya en tant que président de la République de Guinée, une interrogation centrale anime le débat public : le gouvernement issu de la transition doit-il démissionner pour laisser place à une nouvelle équipe conforme au nouveau mandat constitutionnel ?

Dans l’opinion publique, au sein des organisations citoyennes et sur les plateformes numériques, les positions divergent. Mais un consensus se dégage : l’investiture marque un tournant politique majeur qui impose des choix forts, à la fois symboliques et structurels, pour ouvrir une nouvelle séquence de gouvernance.

Deux figures de la société civile, Amadou Barry, président de l’Union Citoyenne pour l’Émergence de la Guinée (UCEG), et Ibrahim Aminata Diallo, président de la Coalition Nationale des Associations pour la Paix et le Développement (CONAPED), livrent des analyses contrastées sur la nécessité d’une démission du gouvernement, tout en partageant des attentes élevées quant à l’avenir du septennat qui s’ouvre.

Pour Amadou Barry, la question doit être abordée avec rigueur juridique. Selon lui, la nouvelle Constitution ne prévoit aucune disposition imposant la démission automatique du gouvernement après l’investiture du président de la République.

Cependant, il estime que l’enjeu dépasse le cadre strictement légal. Le gouvernement actuel, conçu dans un contexte de transition, aurait, selon lui, accompli l’essentiel de sa mission.

« Le gouvernement en place est un gouvernement de transition. Il est désormais nécessaire de mettre en place une équipe qui reflète la volonté populaire et soit en capacité de conduire les grandes réformes du nouveau mandat », soutient-il.

Dans cette perspective, la démission du gouvernement ne relèverait pas d’une contrainte juridique, mais d’une exigence politique et morale visant à aligner l’action gouvernementale sur la légitimité issue du nouveau septennat.

À l’opposé, Ibrahim Aminata Diallo considère que la démission du gouvernement s’impose naturellement après l’investiture du président. Pour lui, il s’agit d’une pratique institutionnelle ancrée dans la tradition républicaine.

« À mon sens, le gouvernement doit démissionner. C’est une routine institutionnelle, même si l’équipe sortante continue d’assurer les affaires courantes », affirme-t-il.

Au-delà de l’aspect protocolaire, le président de la CONAPED voit dans cette démission une occasion stratégique de rompre avec les schémas de gouvernance antérieurs. Il appelle à la formation d’un gouvernement strictement technocratique, recentré sur l’action publique et le développement, loin des logiques de partage politique ou de consensus partisan.

Malgré leurs divergences, les deux acteurs de la société civile convergent sur une exigence fondamentale : la nécessité d’un gouvernement compétent, efficace et résolument tourné vers les priorités nationales.

Ibrahim Aminata Diallo plaide pour un exécutif resserré, d’environ trente membres, afin de réduire le train de vie de l’État et de réorienter les ressources publiques vers les secteurs stratégiques, notamment l’éducation, la santé, les infrastructures et le pouvoir d’achat des ménages.

De son côté, Amadou Barry insiste sur la dimension sociale et inclusive de la gouvernance à venir. Il appelle à la mise en place d’un gouvernement national et technocrate, fondé sur le mérite et la compétence, et non sur des logiques de récompense politique.

Au-delà du débat sur la démission du gouvernement, les attentes à l’égard du septennat du président Mamadi Doumbouya apparaissent multiples et structurantes.

Amadou Barry met en avant plusieurs priorités majeures :

  • une réconciliation nationale sincère,
  • une justice indépendante et équitable,
  • la libération des acteurs politiques et de la société civile détenus,
  • le retour des exilés politiques,
  • la fin des discours de division,
  • l’ouverture d’un dialogue inclusif pour refonder la nation guinéenne.

Ibrahim Aminata Diallo insiste, quant à lui, sur une justice apaisée, garante de la stabilité et du développement durable. Il appelle également à l’organisation rapide des élections législatives et à la mise en place des institutions constitutionnelles, notamment le Sénat, afin de parachever le retour à l’ordre constitutionnel.

Si les positions divergent sur la nécessité immédiate de la démission du gouvernement, la société civile partage une même exigence : le septennat de Mamadi Doumbouya doit incarner une rupture effective avec les pratiques du passé.

Salif Camara pour Planete7.info 

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