Guinée : L’homosexualité, entre interdiction légale et rejet social

En Guinée, la question de l’homosexualité demeure un sujet sensible, à la croisée d’un cadre juridique répressif et d’une hostilité sociale marquée. Criminalisée par le Code pénal, cette orientation sexuelle expose ceux qui la pratiquent à des peines d’emprisonnement, mais aussi à des actes de violence et d’exclusion. Dans certaines régions, notamment à Boké, des cas de répression violente ont été signalés, illustrant les risques auxquels sont confrontées les personnes homosexuelles dans le pays.

Un cadre légal strict et répressif

La législation guinéenne interdit explicitement l’homosexualité. L’article 274 du Code pénal, révisé en 2016, prévoit des peines allant de six mois à trois ans de prison, assorties d’amendes de 500 000 à 1 000 000 de francs guinéens pour tout acte jugé « impudique ou contre nature » entre personnes du même sexe.

Les sanctions s’alourdissent dans certaines circonstances :

Si l’acte est commis avec un mineur de moins de 18 ans, la peine maximale est systématiquement appliquée.

En cas de violence ou de contrainte, l’auteur encourt une peine de cinq à dix ans de réclusion criminelle.

Malgré cette interdiction légale, des cas d’homosexualité sont parfois signalés, notamment dans les grandes villes comme Conakry et dans certaines zones minières où les flux migratoires favorisent la mixité sociale.

Boké : théâtre d’une répression violente

Dans la ville minière de Boké, où la densité de population a considérablement augmenté avec l’essor des activités extractives, des cas de répression à l’encontre de personnes homosexuelles ont été recensés, notamment au cours des années 2020.

Un cas emblématique est celui d’Ousmane Keïta et de son compagnon Alpha Sylla. Selon des témoignages recueillis auprès du chef de quartier de Tomboya, les deux hommes vivaient leur relation dans la discrétion. Mais après une enquête menée par des jeunes du quartier avec la complicité de certaines autorités locales, ils ont été surpris ensemble dans une chambre.

La réaction a été immédiate : violences physiques, menaces, expulsion du domicile et rejet communautaire. La famille d’Ousmane Keïta, sous la pression sociale, l’a également renié. Contraint à l’exil, il a quitté Boké, et depuis, nul ne sait ce qu’il est devenu.

Une plainte qui enfonce le clou

L’affaire ne s’est pas arrêtée là. Une plainte a été déposée contre Ousmane Keita auprès de la gendarmerie pour avoir « souillé » la concession familiale par un acte homosexuel. Un témoignage glaçant du chef de quartier Lansana Okala Fofana décrit la situation :

« En juillet 2020, nous avons été informés d’une plainte contre M. Ousmane Keïta pour avoir eu une relation homosexuelle dans la concession familiale. Lui et son compagnon ont été battus par des membres de leur propre famille, plongeant le quartier dans un climat de peur et de tensions. », témoigne-t-il

Ce n’est pas un cas isolé. Récemment, Amadou Coumbassa et Abdoulaye Diallo ont été interpellés dans des circonstances similaires. Pris à partie par une foule en colère, ils ont échappé de justesse à un lynchage grâce à l’intervention des forces de l’ordre. Jugés par la justice guinéenne, ils ont été condamnés conformément aux dispositions en vigueur.

Un exil contraint pour survivre

Face à ces violences, de nombreux homosexuels guinéens n’ont d’autre choix que de fuir leur ville natale, voire leur pays, pour échapper aux représailles. Rejetés par leur entourage, sans soutien familial ni ressources, certains trouvent refuge dans d’autres nations où leur orientation sexuelle est mieux acceptée, tandis que d’autres sombrent dans la clandestinité, survivant dans la peur constante d’être découverts.

Dans un pays où la législation et une large frange de la société perçoivent l’homosexualité comme une transgression, la situation des minorités sexuelles reste critique. Entre exil forcé, répression judiciaire et violences communautaires, vivre son identité en Guinée relève encore du parcours du combattant.

 

Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info

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