Guinée : le Japon et l’UNFPA misent sur la télésanté pour sauver les mères et protéger les femmes en situation de crise

Conakry, 16 juin 2026 – Dans un contexte marqué par les inondations récurrentes, les épidémies et les difficultés d’accès aux soins dans plusieurs localités du pays, la Guinée franchit une nouvelle étape dans la modernisation de son système de santé. Ce mardi, à la résidence de l’ambassadeur du Japon à Conakry, les autorités guinéennes, le Gouvernement japonais et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) ont officiellement lancé un ambitieux projet de digitalisation des services de santé maternelle et néonatale, couplé à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG).
Financée à hauteur de 393 333 dollars américains par le Gouvernement du Japon et mise en œuvre par l’UNFPA et intitulé « Amélioration de l’accès aux services de santé maternelle et néonatale et lutte contre les violences basées sur le genre grâce à la digitalisation d’un système intégré de diagnostic et de prise en charge optimisée par télésanté en Guinée dans un contexte humanitaire », cette initiative entend rapprocher les soins des populations les plus vulnérables grâce à la télésanté et à l’utilisation de technologies médicales innovantes.
Pour les partenaires du projet, cette initiative intervient à un moment crucial. Les catastrophes naturelles, notamment les inondations qui frappent régulièrement la Guinée, aggravent les difficultés d’accès aux soins et exposent davantage les femmes enceintes, les mères et les nouveau-nés.

« Lorsque les infrastructures routières deviennent impraticables et que les structures de santé sont fragilisées, ce sont les femmes enceintes, les mères et les nouveau-nés qui se retrouvent en première ligne, payant le tribut le plus lourd à ces crises interconnectées », a souligné Anita Akumiah, représentante de l’UNFPA en Guinée.
Selon elle, ce projet représente bien plus qu’une intervention classique.
« Il s’agit d’un saut technologique pour notre système de santé. En intégrant la solution de diagnostic rapide SPAQ, nous mettons la puissance de la technologie au service des zones laissées pour compte », a-t-elle déclaré.
L’initiative prévoit notamment le déploiement d’une clinique mobile et l’équipement de dix structures sanitaires à travers le pays.

Au cœur du projet figure la technologie japonaise SPAQ, développée par l’entreprise sociale SOIK Corporation. Reliée à un échographe portable, cette solution numérique permettra d’effectuer des examens prénataux à distance, de centraliser les données médicales et d’améliorer le suivi des grossesses dans les zones enclavées.
Pour la représentante de la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Fatoumata Battouly Diallo, l’objectif est clair : réduire les décès évitables liés à la grossesse et à l’accouchement.

Dans un discours empreint d’émotion, elle a dressé le portrait de ces femmes isolées par les intempéries, parfois privées de toute assistance médicale.
« Quelque part sur une de nos îles ou dans un quartier de Conakry coupé du reste de la ville par les eaux, une femme est en train d’accoucher. La route est sous l’eau, le centre de santé est inaccessible. C’est pour cette femme que nous sommes réunis aujourd’hui », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que les inondations de 2024 ont affecté plus de 175 000 personnes en Guinée, avec des conséquences particulièrement graves pour les femmes enceintes.
Grâce à cette initiative, plus de 5 000 femmes enceintes et autant de nouveau-nés bénéficieront directement de services de santé gratuits. Vingt sages-femmes seront également formées à l’utilisation des nouveaux équipements.

Présente à la cérémonie, Fatoumata Touré, cheffe de cabinet et représentante du ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, a inscrit ce projet dans la dynamique de transformation impulsée par les autorités de la transition.
« La digitalisation n’est ni un gadget ni un luxe réservé aux grandes villes. C’est un levier d’équité territoriale et de justice sociale capable de porter les services essentiels jusqu’aux populations les plus éloignées », a-t-elle affirmé.

Elle a également souligné la cohérence de cette initiative avec le programme Simandou 2040, notamment son cinquième pilier consacré à la santé et au bien-être.
« La vision de notre président est claire : une Guinée où chaque femme, quel que soit son lieu de résidence, a accès à des soins de qualité », a-t-elle ajouté.
Au-delà de la santé maternelle et néonatale, le projet intègre un important volet de prévention et de prise en charge des violences basées sur le genre.
Dans les situations d’urgence humanitaire, les femmes et les jeunes filles sont souvent davantage exposées aux violences. Une réalité qui préoccupe les autorités et les partenaires techniques.
« Ce projet ne fait pas que soigner, il protège », a insisté Dr Fatoumata Battouly Diallo, annonçant la formation du personnel de santé à l’identification et à la prise en charge des survivantes de violences.

Le représentant de la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Yassy Roger, a salué une initiative qui associe innovation médicale et protection sociale.
« L’une des grandes innovations de ce projet, c’est que ce ne sera plus seulement le malade qui ira vers l’hôpital. Grâce aux solutions mobiles, les services de santé pourront aller vers les populations les plus reculées », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur la nécessité de renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, particulièrement en période de crise.
« Le contexte des inondations et du déplacement des populations peut favoriser certaines formes d’abus. Associer la santé à la lutte contre les violences basées sur le genre est une option extrêmement pertinente », a-t-il estimé.

Pour l’ambassadeur du Japon en Guinée, Kato Ryuichi, cette initiative traduit la volonté de son pays d’accompagner la Guinée dans le renforcement de la résilience de son système de santé.
« Les femmes enceintes, les jeunes enfants et les nouveau-nés sont souvent ceux qui souffrent le plus des conséquences des catastrophes. Il était essentiel d’apporter une réponse innovante et durable à cette situation », a-t-il expliqué.
Le diplomate japonais a souligné que ce projet permettra à environ 5 280 femmes enceintes et 5 016 nouveau-nés d’accéder à des services de santé de qualité, tout en renforçant les capacités du personnel médical.
« Un système de santé robuste dépend non seulement des technologies, mais aussi de ressources humaines qualifiées et d’une appropriation locale forte », a-t-il rappelé.
Au-delà des chiffres et des équipements, les différents intervenants ont insisté sur la portée humaine de cette initiative.

Dans un pays où l’accès aux soins reste inégal selon les territoires et où les catastrophes naturelles fragilisent régulièrement les communautés, la télésanté apparaît désormais comme un outil stratégique pour réduire les distances, anticiper les risques et sauver des vies.
À travers ce partenariat entre le Japon, l’UNFPA et le Gouvernement guinéen, c’est une nouvelle approche de la santé de proximité qui se dessine : une santé capable d’aller vers les populations, même lorsque les routes sont coupées, et de protéger les femmes les plus vulnérables là où elles en ont le plus besoin.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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