« Guinée », et non « Guinée-Conakry » : quand le nom d’un pays devient un acte de souveraineté (Par Pathé Diallo)

Il est des mots qui semblent anodins, mais qui portent en eux une histoire, une identité et parfois même une conception de la souveraineté. La manière de nommer un État appartient à cette catégorie.
Dans une récente prise de parole, S.E. Sékou Camara, Ambassadeur de la République de Guinée en République démocratique du Congo, rappelle une précision qui mérite d’être entendue bien au-delà des chancelleries : notre pays ne s’appelle pas « Guinée-Conakry ».
Son nom est la Guinée, tout simplement. Et dans sa forme officielle longue : la République de Guinée.
Cette précision peut paraître sémantique. Elle ne l’est pas.
Un nom officiel, une identité nationale
L’appellation « Guinée-Conakry » est parfois utilisée dans les médias, dans les conversations ou dans certains contextes internationaux pour distinguer notre pays d’autres territoires portant le nom de Guinée. Mais l’usage d’une appellation pratique ne doit pas conduire à perdre de vue le nom officiel de l’État.
Pour un pays indépendant et souverain, le nom n’est pas un détail.
Il constitue un élément de son identité juridique, diplomatique et politique. Dans les documents officiels, les relations entre États et les enceintes internationales, c’est bien la République de Guinée qui désigne notre pays.
Le rappel de l’ambassadeur Sékou Camara intervient d’ailleurs dans un contexte où la diplomatie guinéenne cherche à renforcer ses relations avec ses partenaires africains. Nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Guinée en RDC, il a présenté ses lettres de créance au président Félix Tshisekedi en mai 2024, avec l’ambition affichée de consolider les liens historiques entre les deux pays.
Quand la géographie ne doit pas remplacer le nom
Pourquoi alors « Guinée-Conakry » ?
La réponse est essentiellement historique et géographique. Le continent africain compte plusieurs États ou territoires dont les noms comportent le terme « Guinée » : Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, et bien entendu la Guinée.
Pour éviter les confusions, certains ont donc pris l’habitude d’ajouter « Conakry », du nom de la capitale.
Mais une capitale ne définit pas le nom d’un État.
On ne dit pas « Paris-France » pour désigner la France, ni « Dakar-Sénégal » pour désigner le Sénégal. La distinction géographique peut avoir son utilité dans certains contextes, mais elle ne doit pas se substituer au nom officiel d’un pays.
C’est précisément là que la remarque de l’ambassadeur prend une dimension plus large.
Une question de souveraineté symbolique
Nommer correctement un pays, c’est aussi reconnaître son identité telle qu’il se définit lui-même.
La souveraineté ne s’exprime pas uniquement à travers les frontières, les institutions, les forces de défense ou les traités internationaux. Elle se manifeste également dans les symboles, les dénominations et la manière dont un État est présenté au monde.
Dire « Guinée », c’est donc employer le nom court consacré par l’usage et l’identité nationale.
Dire « République de Guinée », c’est employer sa forme officielle.
Dans les deux cas, le message est clair : la Guinée n’a pas besoin d’un suffixe pour être identifiée.
Une bataille linguistique qui dépasse les mots
La démarche défendue par Sékou Camara peut ainsi être comprise comme une invitation à davantage de rigueur dans le langage diplomatique, médiatique et institutionnel.
Il ne s’agit évidemment pas de transformer chaque emploi de « Guinée-Conakry » en incident diplomatique. Il s’agit plutôt d’encourager une culture de la précision.
Car les mots construisent aussi les représentations.
Lorsqu’un pays tient à la manière dont son nom est écrit, prononcé et traduit dans les échanges officiels, il ne défend pas seulement une question de vocabulaire. Il affirme une part de son identité.
Et cette exigence prend une résonance particulière dans un contexte africain où les États travaillent encore à consolider leur présence, leur image et leur influence sur la scène internationale.
De Conakry à Kinshasa : la diplomatie du respect mutuel
Le rappel de l’ambassadeur guinéen intervient aussi dans le cadre du rapprochement entre la Guinée et la RDC.
Depuis son arrivée à Kinshasa, Sékou Camara a notamment mis en avant le renforcement des relations économiques, diplomatiques, sociales et culturelles entre les deux pays.
Plus récemment, en septembre 2026, l’ambassade de Guinée à Kinshasa était encore engagée dans des discussions visant à renforcer les coopérations économiques entre les deux pays, notamment autour de la participation congolaise au Forum UK-Francophone West & Central Africa prévu à Conakry.
La diplomatie n’est donc pas seulement affaire de grands accords et de sommets internationaux. Elle se joue aussi dans la précision des mots, dans la reconnaissance mutuelle et dans le respect des identités nationales.
« La Guinée », tout simplement
Au fond, le message de Sékou Camara pourrait se résumer en une phrase :
Notre pays a un nom. Il convient de l’utiliser.
La République de Guinée, dans sa forme officielle.
La Guinée, dans sa forme courante.
Et si « Guinée-Conakry » peut parfois servir à lever une ambiguïté géographique, elle ne doit pas devenir, par habitude, le nom par lequel nous-mêmes finissons par désigner notre propre pays.
Car une nation commence aussi par la manière dont elle se nomme.
La Guinée est la Guinée. Et ce nom, à lui seul, porte une histoire, une souveraineté et une identité.
Pathé Diallo
Contact Planete7.info : 624045895/625214852
Planete7guinee@gmail.com
Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.