Guinée : contraception, entre tabous culturels et urgences sanitaires

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En Guinée, la planification familiale demeure un terrain sensible, pris en étau entre impératifs de santé publique et résistances culturelles profondément ancrées. Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 2018, seules 10 à 15 % des femmes guinéennes utilisent une méthode contraceptive moderne. Un chiffre préoccupant, que le gynécologue Hébert Tchogué de l’Association Guinéenne pour le Bien-Être Familial (AGBF) à Kindia, juge alarmant pour l’avenir des mères et des enfants.

« Environ 25 % des femmes souhaitent espacer ou limiter les naissances, mais n’y parviennent pas. Derrière ces chiffres, il y a des drames humains : grossesses rapprochées, complications médicales et un taux de mortalité maternelle et infantile parmi les plus élevés au monde », alerte-t-il.

Dans les quartiers de Kindia, comme ailleurs en Guinée, la contraception reste prisonnière de représentations sociales et religieuses. Pour beaucoup, l’enfant est considéré avant tout comme un « don de Dieu ». Adopter une méthode contraceptive est alors perçu comme une remise en cause de la volonté divine.

À cela s’ajoutent des rumeurs persistantes : « On entend encore que les contraceptifs modernes rendent stérile, causent des cancers ou des malformations. Ces idées reçues sont parfois entretenues par des leaders religieux ou traditionnels », déplore le médecin.

La barrière culturelle se double d’une réalité sociale : dans de nombreuses familles, le dernier mot appartient au mari. La femme, souvent, n’a pas voix au chapitre. « La valeur sociale d’une femme reste liée au nombre d’enfants qu’elle met au monde. Les mariages précoces aggravent encore cette situation, privant les jeunes filles de tout contrôle sur leur corps », insiste Dr Tchogué.

Les difficultés ne sont pas uniquement culturelles. Dans les zones rurales, les centres de santé sont éloignés, les ruptures de stock fréquentes et les coûts parfois dissuasifs. « Trop souvent, les femmes n’ont accès qu’à une ou deux méthodes, principalement les injectables. Pourtant, il existe une diversité d’options : implants, dispositifs intra-utérins, préservatifs, etc. Faute d’information, beaucoup les ignorent », explique le gynécologue.

Pour ce spécialiste, la clé ne réside pas seulement dans les grandes politiques nationales, mais dans l’action quotidienne des prestataires. « La solution commence dans nos centres de santé, dans nos cliniques. Cela suppose un accueil sans jugement, la garantie de la confidentialité, des causeries éducatives pour déconstruire les mythes, l’implication des hommes et un suivi personnalisé pour limiter les abandons liés aux effets secondaires », plaide-t-il.

Il insiste : « Il faut expliquer que la contraception n’est pas un avortement, qu’elle n’empêche pas de redevenir fertile, et qu’elle donne aux femmes la liberté de choisir le bon moment pour donner la vie. »

Au-delà de la santé, la planification familiale est un véritable levier de transformation sociale. « Réduire la mortalité maternelle et infantile, renforcer l’autonomisation des femmes et favoriser le développement passent par la levée des tabous autour de la contraception », conclut Dr Hébert Tchogué.

En Guinée, le chemin reste long : intensifier la sensibilisation, renforcer la qualité des services de santé, garantir l’accès équitable aux méthodes contraceptives. Mais l’enjeu est vital : offrir aux femmes et aux couples la possibilité de choisir librement leur avenir.

Sylla Ama, correspondant à Kindia pour Planete7.info 

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