Guinée – CADM à Conakry : une décision stratégique qui place le continent face à son destin minier, selon Dr. Ibrahima Diogo Diallo

Invité par Planète7 à s’exprimer sur une décision jugée structurante pour l’avenir extractif africain, le géologue Dr. Ibrahima Diogo Diallo livre une analyse dense et stratégique de la désignation de la Guinée pour accueillir le siège du Centre Africain de Développement Minier (CADM), actée lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine. Une décision que l’expert qualifie d’« historique », à la croisée des enjeux géologiques, économiques et géopolitiques du continent.
Organe suprême d’orientation politique du continent, le Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine fixe les grandes priorités en matière d’intégration, de souveraineté économique et de développement durable. Pour Dr. Diallo, la désignation de la Guinée s’inscrit dans la continuité d’une vision stratégique amorcée depuis plus d’une décennie : transformer les ressources naturelles africaines en moteurs d’industrialisation et de prospérité partagée.
« Ce choix dépasse le symbole diplomatique. Il traduit une volonté claire de repositionner la gouvernance minière au plus près des bassins de production », souligne le géologue africain.
Depuis la transformation de l’Organisation de l’Unité africaine en Union africaine en 2002, les sommets continentaux ont permis l’émergence d’une architecture institutionnelle plus cohérente, l’adoption de cadres stratégiques structurants et une voix africaine plus affirmée dans les négociations internationales.
Dans le secteur minier, l’évolution doctrinale est notable : contenu local, chaînes de valeur, transformation in situ et transition énergétique occupent désormais une place centrale dans les discours politiques.
Cependant, Dr. Ibrahima Diallo pointe des fragilités persistantes :
- la lenteur de mise en œuvre des décisions continentales,
- l’insuffisance des financements internes,
- la dépendance technologique,
- la fragmentation des politiques minières nationales.
« Le défi africain n’est plus conceptuel, il est opérationnel », insiste-t-il.
La désignation de Conakry comme siège du Centre africain de développement minier repose d’abord sur une réalité géologique majeure. La Guinée détient les plus grandes réserves mondiales de bauxite, d’importants gisements aurifères, du fer de classe mondiale et des ressources polymétalliques stratégiques.
Mais pour Dr. Ibrahima Diogo Diallo, la dimension politique est tout aussi déterminante :
« Installer le CADM en Guinée, c’est déplacer le centre de gravité de la réflexion minière africaine vers les territoires producteurs. C’est aussi reconnaître que l’Afrique de l’Ouest est devenue un laboratoire de la nouvelle gouvernance extractive. »
L’accueil du CADM à Conakry ouvre plusieurs perspectives structurantes :
- un rayonnement diplomatique renforcé,
- une attractivité accrue pour les expertises panafricaines,
- un levier de formation et de renforcement des capacités nationales,
- une crédibilité accrue dans les négociations minières internationales.
Mais cette reconnaissance s’accompagne d’une responsabilité historique : faire du territoire guinéen une vitrine concrète de la gouvernance minière africaine.
Selon l’expert, les orientations récentes des autorités guinéennes – transformation locale, industrialisation, renforcement du contenu local et renégociation stratégique des conventions minières – s’inscrivent globalement dans la logique continentale.
Toutefois, Dr. Diallo appelle à une évaluation mesurable de cet alignement :
Quel est le taux réel de transformation locale ?
Quelle est la part des PME nationales dans la chaîne d’approvisionnement minière ?
Combien d’emplois techniques qualifiés sont créés ?
Quelle proportion de cadres guinéens dirige les grandes opérations minières ?
« L’alignement ne doit pas être déclaratif, il doit être quantifiable », prévient-il.
Pour transformer cette opportunité en succès durable, le géologue préconise une approche structurée autour de plusieurs axes prioritaires :
- investissements massifs dans la formation géologique, métallurgique et minière,
- développement des infrastructures énergétiques et logistiques,
- harmonisation fiscale régionale pour éviter la concurrence extractive destructrice,
- financement de la recherche appliquée africaine,
- implication accrue des Africains dans la gestion stratégique du secteur minier,
- coopération Sud-Sud renforcée.
Il insiste également sur la nécessité de faire du CADM un véritable centre d’intelligence stratégique plutôt qu’un simple organe administratif.
L’analyse de Dr. Ibrahima Diallo est sans concession : l’exportation brute des ressources a rarement généré une prospérité durable. L’absence de transformation locale a entretenu la dépendance économique, tandis que la faiblesse institutionnelle a souvent coûté plus cher que la rareté géologique.
« L’Afrique n’a jamais manqué de ressources. Elle a manqué de cohérence stratégique, de continuité et parfois de courage politique », affirme-t-il.
Pour Dr. Ibrahima Diogo Diallo, la désignation de la Guinée lors du 39ᵉ sommet n’est ni un simple honneur diplomatique ni une décision administrative. Elle constitue un test continental majeur.
Si Conakry réussit à faire du CADM un moteur de transformation industrielle, le précédent pourrait redéfinir la gouvernance extractive en Afrique. En cas d’échec, le signal envoyé serait celui d’une stagnation structurelle.
« Nous assistons à une convergence rare entre géologie et géopolitique. Le sous-sol africain entre dans une nouvelle ère : celle de la souveraineté industrielle. La question n’est plus de savoir si l’Afrique possède des ressources, mais si elle saura en faire une puissance », conclut le géologue.
Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la compétition pour les minerais stratégiques, le monde observe désormais la Guinée et, à travers elle, l’Afrique face à une responsabilité historique.
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