Éducation : entre outil pédagogique et source de distraction, le téléphone portable s’invite dans les salles de classe

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Alors que les réseaux sociaux occupent une place grandissante dans le quotidien des jeunes, l’utilisation des téléphones portables en milieu scolaire suscite de vives préoccupations chez les responsables d’établissements. Entre possibilités d’apprentissage et risques de distraction, la question de l’encadrement de ces outils numériques s’impose comme un véritable défi éducatif.

Filmer des vidéos pendant les heures de cours, se mettre en scène devant une caméra ou encore publier des séquences sur TikTok, Facebook et Snapchat : pour certains élèves, le téléphone portable semble désormais prendre une place qui dépasse largement son utilité pédagogique. Une situation qui inquiète les responsables d’établissements scolaires, préoccupés par ses conséquences sur la concentration, la discipline et les performances des apprenants.

Face à cette réalité, plusieurs établissements tentent de renforcer leur dispositif d’encadrement, tout en appelant à une implication accrue des parents dans l’éducation numérique de leurs enfants.

Au Groupe Scolaire La Sphère, la question fait partie des préoccupations de l’administration. Son proviseur, Mamadou Oury Sané, revient d’abord sur les conditions dans lesquelles s’est déroulée la rentrée scolaire 2026-2027, marquée, selon lui, par une mobilisation encourageante des familles.

« Nous avons démarré la rentrée scolaire avec beaucoup d’enthousiasme dès le premier jour. Nous avons reçu un nombre important d’élèves accompagnés de leurs parents, venus se rassurer davantage de la reprise de l’année scolaire 2026-2027 », explique-t-il.

Mais au-delà de cette reprise jugée satisfaisante, le responsable éducatif attire l’attention sur un phénomène qui, selon lui, ne se limite pas à son établissement. L’utilisation des téléphones portables par les élèves constitue désormais une problématique qui appelle une réponse concertée, aussi bien à l’échelle des établissements qu’au niveau national.

« Ce problème est national, mais je pense que cela dépend des décisions prises, non seulement au niveau local, mais aussi au niveau national », souligne-t-il.

Pour Mamadou Oury Sané, il serait toutefois réducteur de considérer le téléphone portable comme un outil exclusivement nuisible à l’éducation. Son appréciation dépend avant tout de l’usage qui en est fait. Lorsqu’il est utilisé à des fins de recherche et d’apprentissage, cet outil numérique peut constituer un véritable complément aux enseignements dispensés en classe.

« Vous savez, l’utilisation des téléphones portables en milieu scolaire est un mal, mais nécessaire. Il est nécessaire lorsqu’il peut aider l’enfant à effectuer des recherches dans le cadre de ses études, avec les différents moteurs de recherche reconnus », précise-t-il.

Toutefois, cette dimension éducative ne doit pas occulter les dérives observées dans certains établissements. Le proviseur déplore notamment le fait que des élèves détournent l’usage de leurs appareils de leurs objectifs pédagogiques pour se consacrer à la production de contenus destinés aux réseaux sociaux, parfois au détriment des heures d’apprentissage.

« Mais c’est aussi très mauvais dans la mesure où les enfants se contentent seulement de faire des vidéos sur TikTok, Facebook, Snapchat ou d’autres réseaux sociaux pour les publier sur leurs différents comptes », regrette-t-il.

Face à ces comportements, l’administration du Groupe Scolaire La Sphère a fait le choix de la fermeté. L’utilisation des téléphones portables par les élèves est formellement interdite dans l’enceinte de l’établissement. Une disposition inscrite dans le règlement intérieur et portée à la connaissance des parents dès l’inscription de leurs enfants.

Pour éviter que cette interdiction ne compromette la communication entre les familles et l’administration, l’établissement a également mis en place un dispositif permettant aux parents de joindre directement les responsables scolaires et de s’informer sur la situation de leurs enfants.

« En ce qui concerne le cas spécifique de notre établissement, à travers notre règlement intérieur, l’usage des téléphones est formellement interdit. Nous avons échangé avec tous les parents et mis un numéro vert à leur disposition. Ce numéro leur permet d’être en contact direct avec l’école pour être au courant des informations concernant leur enfant », fait savoir le proviseur.

La surveillance de cette mesure repose également sur la vigilance du personnel enseignant. Les professeurs sont ainsi appelés à veiller à son application. Tout élève surpris en possession d’un téléphone portable dans l’enceinte de l’établissement s’expose à des sanctions, avec une information immédiate de ses parents.

Mais pour le proviseur, la réponse à ce phénomène ne saurait reposer uniquement sur les interdictions et les mesures disciplinaires. Elle exige également une responsabilisation des familles, dont le rôle reste déterminant dans l’encadrement des enfants, y compris en dehors du cadre scolaire.

À ses yeux, les parents doivent être pleinement associés au respect des règles établies par les établissements, notamment à travers des engagements formels pris au moment de l’inscription.

« Pour moi, il faut que les responsables des établissements prennent toutes leurs responsabilités à travers des fiches d’engagement. Tout parent qui inscrit son enfant dans un établissement scolaire doit s’engager à respecter les principes de cet établissement. À travers cet engagement, le parent doit lui-même prendre ses responsabilités vis-à-vis de son enfant afin d’éviter que celui-ci utilise le téléphone à l’école », recommande-t-il.

Au-delà de cet encadrement, Mamadou Oury Sané plaide pour une intensification des campagnes d’information et de sensibilisation à destination des parents. L’objectif n’est pas nécessairement de priver les enfants de téléphones portables, mais de leur apprendre à en faire un usage raisonné, compatible avec leurs obligations scolaires et leur formation.

« Il est temps d’élargir le champ de l’information et de la sensibilisation pour faire comprendre aux parents que ce n’est pas mauvais, dans un premier temps, de confier un téléphone à son enfant. Mais il ne faudrait pas que ce téléphone puisse nuire à sa formation », conclut-il.

À l’heure où les outils numériques occupent une place croissante dans les habitudes des jeunes, leur présence en milieu scolaire pose la question de l’équilibre entre innovation pédagogique et préservation des conditions d’apprentissage. Si le téléphone portable peut faciliter l’accès à l’information et soutenir les recherches scolaires, son utilisation incontrôlée risque, en revanche, de détourner les élèves de leurs priorités et de fragiliser leur concentration.

Dès lors, la lutte contre les usages abusifs ne peut incomber aux seuls responsables d’établissements. Elle nécessite une collaboration étroite entre les administrations scolaires, les enseignants, les parents et les autorités éducatives. Car l’enjeu ne consiste pas simplement à interdire un appareil, mais à accompagner les jeunes vers une utilisation responsable du numérique, sans compromettre leur formation, leur discipline et leur réussite scolaire.

Antoine Neima pour planète7.info 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

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