Drame de Djarabaka : au TPI de Mamou, les familles des victimes exigent des réponses et une justice à la hauteur de la tragédie

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Plus d’une semaine après le drame routier qui a coûté la vie à seize personnes à Djarabaka, dans la sous-préfecture de Konkouré, le Tribunal de première instance (TPI) de Mamou a ouvert, ce mardi 7 juillet, le procès de Mamadou Saliou Diallo, chauffeur du camion impliqué dans l’accident. Au-delà des questions de responsabilité pénale, cette première audience a surtout été marquée par les attentes des familles endeuillées et les nombreux appels à un changement des comportements sur les routes.

Dès les premières heures de la matinée, la salle d’audience a été prise d’assaut par les proches des victimes, les parents du prévenu, des autorités religieuses et coutumières, des responsables syndicaux, des chauffeurs, des forces de défense et de sécurité ainsi que de nombreux citoyens venus suivre ce procès très attendu.

Poursuivi pour homicide involontaire et destruction de biens privés par accident de la circulation, en application des articles 216, 217 et 523 du Code pénal, Mamadou Saliou Diallo, 24 ans, a comparu devant le président du tribunal, Mamadou Yaya Sow. À la barre, il a reconnu avoir roulé à une vitesse excessive tout en soutenant que le drame n’était pas intentionnel. Il a également nié avoir pris la fuite après l’accident et affirmé n’avoir consommé ni alcool, ni drogue, ni boisson stimulante avant de prendre le volant.

Mais les moments les plus poignants sont intervenus lors de l’audition des parties civiles. Dans une salle plongée dans un profond silence, un proche des victimes ayant perdu son frère, l’épouse de celui-ci et leurs quatre enfants, soit six membres de sa famille, a demandé au tribunal une réparation de trois milliards de francs guinéens pour le préjudice subi.

Au terme des premières auditions, plusieurs voix se sont élevées pour appeler à une application rigoureuse de la loi et à une prise de conscience collective face à la recrudescence des accidents de la circulation.

Présent à l’audience, le président des ressortissants de Labé à Mamou, Dr Abdourahamane Tata Diallo, a salué l’ouverture du procès, estimant qu’il constitue une étape essentielle pour les familles des victimes.

« Je ne dirais pas que c’est un sentiment de joie, mais l’ouverture du procès est déjà une étape très importante. Nous avons espoir que cette affaire sera jugée dans de bonnes conditions. Il appartient désormais au tribunal d’appliquer la loi. »

Pour lui, ce dossier dépasse le seul cadre judiciaire et interpelle l’ensemble des usagers de la route.

« Aujourd’hui, ce qui se passe sur nos routes est préoccupant. Une grande partie des accidents est liée à l’indiscipline des conducteurs. Je demande à chacun d’être prudent, car perdre une seule vie est déjà de trop, alors seize personnes… chacun doit jouer sa partition. »

Le responsable a également plaidé pour un renforcement des conditions d’obtention du permis de conduire ainsi qu’une plus grande implication des syndicats de transport dans la sensibilisation des chauffeurs.

Le secrétaire général des Transports et de la Mécanique générale de la CNTG, Mamadou Dian Barry, a, lui aussi, reconnu la responsabilité du chauffeur, tout en rappelant les efforts de prévention régulièrement menés par les organisations professionnelles.

« Notre chauffeur est fautif, cela ressort des débats. Mais nous sensibilisons les conducteurs chaque semaine. Malheureusement, certains ne respectent pas toujours les consignes. Malgré cela, nous allons renforcer davantage la sensibilisation afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent. »

À l’issue de plusieurs heures de débats, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 28 juillet 2026 afin de permettre à NSIA Assurances, compagnie ayant assuré le véhicule impliqué dans l’accident, de comparaître devant la juridiction. Sa présence devrait permettre d’examiner également les questions relatives aux indemnisations réclamées par les victimes et leurs ayants droit.

Au-delà du dossier judiciaire, cette première audience a ravivé le débat sur la sécurité routière en Guinée. Entre les exigences de justice exprimées par les familles, les responsabilités des conducteurs, le rôle des syndicats et les conditions de délivrance des permis de conduire, le procès du drame de Djarabaka s’annonce comme un rendez-vous majeur pour la prévention des accidents de la circulation.

Pour les proches des seize victimes, le prochain rendez-vous du 28 juillet représente désormais un nouvel espoir de voir toute la lumière être faite sur cette tragédie qui a profondément marqué la préfecture de Mamou.

Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info

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