De la crise de liquidité qui frappe actuellement le secteur bancaire guinéen.

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Je vais ici déposer ma casquette d’activiste de la Société Civile pour revêtir la tenue de l’économiste que je reste malgré tout, de par ma formation de base.

J’ai lu et vu passer beaucoup de choses écrites et prononcées sur cette crise.

Mais c’est le point de vue exprimé par mon frère et ami SOW, actuel Président de la FESABAG qui me donne le plaisir et me fait le devoir de mettre le pied dans le plat de la BCRG.

En effet, on entend le Gouverneur de la BCRG annoncer urbi et orbi la prochaine arrivée de billets frais et neufs par milliards, face à la rupture des engagements des banques primaires quand à la liquidité des avoirs de leurs clients sur leur compte à vue.

Il me plaît de renvoyer Monsieur le Gouverneur et nous tous, avec lui, aux cours d’Économie monétaire, notamment la Théorie de Keynes, qui fait référence en la matière et dont la conduite de la politique monétaire par la BCRG vient de prouver la pertinence, bien douloureuse dans le cadre de l’expérience que vit actuellement la Guinée.

Il est donc bon de faire constater à tous que le pays se trouve dans LA TRAPPE À LIQUIDITÉ au sens keynésien du terme, en y ayant plongé par manque d’incitation aux dépôts en numéraire [argent liquide].

Ce manque d’incitation est dû non pas au niveau du taux d’intérêt, tel qu’en environnement d’une économie de type keynésien classique, mais à une PRÉFÉRENCE POUR LA LIQUIDITÉ induite par la rupture de confiance qui s’est propagée chez les déposants aussitôt connues les premières défaillances de paiement des salaires sur virement du Trésor Public.

Dans une Économie dont la bancarisation est déjà bien marginale, cette préférence pour la liquidité est aggravée par la récurrence de sa cause, qui ne peut palliée par des importations Ad Hoc de milliards de fraîches coupures, tel qu’il en est de la « solution » actuellement en cours. Il ne s’agit là que d’une rustine, dont on ne peut comprendre le caractère placebo qu’en y regardant de plus près.

REGARDONS DE PLUS PRÈS:

En matière de liquidités, le système bancaire connecte en gros 3 niveaux en ce qui concerne la composante « liquidités » de la « Masse Monétaire » appelée « M1 » pour les initiés. Ces niveaux sont:

1) Les « Déposants » détenteurs de compte bancaire à effet de faire des dépôts à vue dans leur banque;

2) Les « Banques Primaires » créant et gérant les comptes bancaires à effet de recevoir les dépôts à vue de leurs clients;

3) La « Banque Centrale » créant des comptes pour recevoir les « Réserves Obligatoires » des  Banques Primaires, dans le double but de refinancer lesdites Banques sur le marché interbancaire d’une part, et de contrôler la masse monétaire en circulation dans le cadre des objectifs de contrôle de l’inflation et du taux de change de la monnaie nationale.

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\_______/\_______/\_______/ Bques
Π            Π             Î

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Ce qu’il est important de savoir, est que CE SONT LES BANQUES PRIMAIRES QUI CREÉNT LA MONNAIE FIDUCIAIRE, ET NON LE CONTRAIRE.

Les billets de banques imprimés par la Banque Centrale constituent la « Base Monétaire » que l’on appelle « M0 » ne deviennent MONNAIE qu’en passant par les comptes de dépôts ouverts dans les livres des Banques Primaires.
Ces dernières établissent l’équilibre du système monétaire en étant le lien entre les réserves obligatoires détenues par la Banque Centrale et les dépôts détenus par les clients.

Ainsi, les Banques Primaires sont comme une éponge par laquelle la Banque Centrale peut réduire la masse des billets de banque en circulation, par l’augmentation du taux de réserve obligatoire, ou alors, augmenter cette masse en faisant le contraire, à savoir réduire le taux de réserve obligatoire.

Il se trouve que le volume des réserves obligatoire s’amasse au fil du temps et sur une durée qui dépend largement du taux de bancarisation du pays.

Plus le taux de bancarisation est faible, pus le temps de reconstitution des réserves obligatoires est long.

Quand le système bancaire est en fonctionnement régulier et non inflationniste, c’est à travers le marché monétaire interbancaire que les Banques Primaires maintiennent leur stock de monnaie fiduciaire (M3) par le biais de la « Compensation Bancaire », appelée « Clearing » et en cas de solde déficitaire, elles font appel à la Banque Centrale pour se refinancer, et cette dernière leur émet des billets de banque tout en prélevant une part pour les réserves obligatoires, selon un taux défini selon le type du solde déficitaire.

Voila comment les dépôts créent la monnaie, et non le contraire.

LA CAUSE ET LA CONSÉQUENCE DE LA « CRISE DE LIQUIDITÉS ».

La « crise de liquidités » a commencé sourdement quand la BCRG a engagé les réserves obligatoires dans le financement de l’Économie réelle, par un crédit direct á l’État, en court-circuitant le crédit bancaire classique, pour des fins autres que que les dettes du Trésor Public.

Il s’est ensuivi que d’une part les Banques Primaires ne pouvaient plus maintenir le niveau du solde de la Compensation à un niveau raisonnable, ce qui en engendré une hémorragie dans leur stock de liquidité en franc guinéen.

Ce stock s’est progressivement asséché jusqu’à être constaté par les déposants, au moment de faire des retraits sur leurs avoirs en francs guinéens.

L’effet immédiat pour les déposants a été de provoquer un réflexe de thésaurisation prudentielle due à ce que les économistes appellent « l’aversion pour le risque ».

La solution proposée et pratiquée à ce jour, consistant à importer des billets de banque va alimenter la trappe à liquidités tant que des solutions idoines ne seront pas mises en œuvre au fins de ramener la circulation monétaire en banque.

 

KEITA Sidikiba.

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