Crise de liquidité en Guinée : vers une économie progressivement sans cash ?

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Depuis plusieurs mois, la question de la liquidité alimente les débats en Guinée. La difficulté à se procurer des billets dans certaines banques ou auprès des kiosques de transfert d’argent, notamment ceux de mobile money, suscite interrogations et inquiétudes au sein de la population.

Face à ces préoccupations, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a tenté d’apporter des clarifications lors d’une interview accordée à TV5 Monde Afrique. Selon lui, la situation actuelle ne saurait être qualifiée de crise de liquidité.

« En réalité, il n’y a pas de crise de liquidité comme on l’entend souvent dire », a-t-il affirmé.

Pour le porte-parole du gouvernement, les tensions observées autour de l’argent liquide s’inscrivent plutôt dans une dynamique de transformation du système financier national. Les autorités encourageraient progressivement le recours à des modes de paiement électroniques, dans l’optique de moderniser les transactions et de renforcer la transparence financière.

« Il y a aujourd’hui une volonté d’encourager des modes alternatifs de transactions financières. D’abord parce que cela facilite les échanges, mais aussi parce que cela garantit une certaine traçabilité des ressources, un élément essentiel pour la bonne gouvernance », a-t-il expliqué.

Toutefois, plusieurs analystes estiment que cette transition vers les paiements numériques reste encore largement incomplète dans le contexte guinéen.

Selon les données de Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT), la Guinée comptait environ 3,29 millions d’utilisateurs de mobile money au deuxième trimestre 2025, soit près de 23 % de la population, alors estimée à 14,3 millions d’habitants. En d’autres termes, près de 77 % des Guinéens n’utilisent pas encore ces services financiers numériques.

Les résultats préliminaires du Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH‑4) indiquent par ailleurs que 61,3 % de la population, désormais estimée à 17,5 millions d’habitants, vit en milieu rural, où l’accès aux infrastructures numériques et aux services financiers demeure limité.

Dans ce contexte, l’économie nationale reste fortement dépendante des transactions en espèces. Selon la Banque mondiale, le secteur informel représente près de 92 % du tissu privé en Guinée, d’après son rapport de suivi économique publié en juin 2025. Un secteur où l’argent liquide continue de constituer le principal moyen d’échange.

Sur le terrain, certains acteurs du secteur financier informel et gestionnaires de kiosques de mobile money affichent un certain scepticisme face à l’analyse officielle.

Interrogé sous couvert d’anonymat, un agent de proximité estime que la transition vers la monnaie électronique ne correspond pas encore aux réalités quotidiennes de nombreux Guinéens.

« Le gouvernement veut nous imposer un système qui est au-dessus de nos réalités. La monnaie électronique reste une illusion pour beaucoup, car elle ne reflète pas encore notre quotidien », confie-t-il.

Entre volonté de modernisation du système financier et réalité d’une économie largement dominée par l’informel et le cash, la Guinée semble ainsi engagée dans une transition complexe. Une évolution qui, pour de nombreux observateurs, nécessitera encore du temps, des infrastructures adaptées et une inclusion financière plus large avant de transformer durablement les habitudes de paiement des populations.

 

Oumar Sylla Bah pour Planete7.info

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