Après son passage au CNT, Mamadou Thug revendique un combat acharné pour la culture guinéenne

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De l’artiste au défenseur du secteur culturel au sein du Conseil national de la transition (CNT), Mamadou Thug dresse le bilan d’une expérience institutionnelle qu’il présente comme un véritable combat pour faire de la culture un pilier des politiques publiques en Guinée.

Après plusieurs années passées au sein du Conseil national de la transition (CNT), l’artiste comédien et homme de culture Mamadou Thug revient sur une expérience qu’il considère comme l’une des étapes majeures de son engagement en faveur de la culture guinéenne.

Loin de présenter son passage au sein de l’institution comme une simple parenthèse politique, l’ancien conseiller revendique un engagement constant pour faire entendre la voix du monde culturel dans les débats nationaux. Avec un franc-parler assumé et une conviction intacte, il affirme avoir défendu ses positions avec détermination, parfois même à contre-courant.

« Je l’ai assumé avec courage, avec beaucoup d’audace. Aujourd’hui, ceux qui parlent de culture avec un grand “C” savent qu’ils ont rencontré un combattant coriace : Mamadou Thug. »

Pour Mamadou Thug, son arrivée au CNT représentait avant tout une occasion de porter les préoccupations des artistes et des acteurs culturels au cœur de l’action institutionnelle. Il dit avoir voulu profiter de cette responsabilité pour plaider en faveur d’une meilleure reconnaissance du secteur culturel et de son rôle dans la construction de la nation.

« Je n’ai pas peur de dire ce que je pense lorsqu’il s’agit de la culture. Mon objectif était qu’elle soit davantage reconnue et considérée comme un pilier de la nation », soutient-il.

Cette ligne de conduite, assure-t-il, l’a conduit à intervenir sur plusieurs dossiers importants, notamment lors des discussions autour de la nouvelle Constitution.

Parmi les sujets sur lesquels il affirme avoir pris position figurent notamment la question des langues nationales, l’âge requis pour accéder à la magistrature suprême ainsi que la place accordée à la culture dans la construction de l’identité nationale.

Sur l’âge minimum requis pour briguer la présidence de la République, Mamadou Thug explique avoir défendu le principe d’un seuil fixé à 40 ans. Pour appuyer sa position, il dit s’être référé à une conception traditionnelle des grandes étapes de la vie, qu’il attribue à l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ.

« Je me suis opposé à l’idée qu’un jeune de 35 ans puisse se présenter à la présidentielle. J’ai expliqué ma position en faisant référence à Amadou Hampâté Bâ, qui évoque les grandes étapes de la vie d’un homme : 21 ans, 42 ans et 63 ans. Pour moi, la véritable maturité commence autour de 40 ans. J’ai donc défendu l’idée de relever l’âge minimum à 40 ans. »

Mais au-delà de cette controverse, l’ancien conseiller retient surtout une disposition constitutionnelle qu’il considère comme une avancée majeure pour le secteur culturel : la reconnaissance du chef de l’État en tant que protecteur des arts et des lettres.

« J’ai eu la fierté de contribuer à faire inscrire une phrase qui, selon moi, n’existait pas dans nos précédentes Constitutions : le président de la République doit être le protecteur des arts et des lettres. »

Pour lui, cette disposition dépasse le simple cadre institutionnel. Elle traduit, selon son analyse, la reconnaissance du rôle de la culture dans la définition et la préservation de l’identité nationale.

« Le président est aussi le premier défenseur de notre identité nationale, dont la culture constitue une composante essentielle. »

Le bilan que dresse Mamadou Thug ne s’arrête toutefois pas aux débats constitutionnels. L’ancien membre du CNT évoque également plusieurs initiatives visant à renforcer le cadre juridique et institutionnel du secteur culturel.

Il affirme notamment que le budget consacré au ministère de la Culture a été rehaussé et que plusieurs textes portant sur différents domaines du secteur ont fait l’objet de discussions.

Parmi eux, il cite le statut de l’artiste, le spectacle, la musique, la percussion, le tourisme, l’artisanat ainsi que la promotion des textiles guinéens.

Pour autant, Mamadou Thug refuse de présenter ces acquis comme le fruit d’une démarche individuelle. Il insiste sur la dimension collective du travail réalisé au sein de l’institution.

« Je ne dirai pas que c’est moi. C’est un travail d’équipe. En tant qu’artiste, je n’ai été qu’un catalyseur. J’ai simplement joué mon rôle avec passion, parce que la culture est avant tout ma vocation. »

Son engagement, dit-il, s’est également manifesté lors de l’examen des premières lois de finances soumises au CNT.

Mamadou Thug affirme avoir voté contre les trois premières lois de finances examinées par l’institution. Une décision qu’il dit avoir prise non pas par opposition systématique, mais en raison de ce qu’il considérait comme une insuffisante prise en compte des enjeux culturels.

« J’ai voté contre les trois premières lois de finances du CNT, mais ce n’était pas par entêtement. Je ne me retrouvais simplement pas dans des textes qui, à mes yeux, ne donnaient pas suffisamment de place à la culture. »

Une position qui, selon lui, aurait progressivement suscité davantage d’intérêt de la part de certains de ses collègues.

Il rapporte notamment les témoignages de Jean-Paul, aujourd’hui président de la commission des lois, du Dr Dansa Kourouma, de l’honorable Alpha M’Baye et du professeur Hassan Bah. Ces derniers lui auraient reconnu le mérite d’avoir contribué à placer plus régulièrement les questions culturelles au centre des discussions.

« Ils savaient déjà que la culture était importante, mais j’ai essayé de la décortiquer, de l’expliquer et de montrer concrètement pourquoi elle devait être prise en compte dans les politiques publiques. »

Au terme de cette expérience, Mamadou Thug estime avoir atteint l’objectif qu’il s’était fixé en rejoignant l’institution : faire entendre davantage la voix du secteur culturel dans les grandes discussions nationales.

« Je ressors du CNT gagnant, parce que j’ai pu défendre ce en quoi je crois. Je suis venu avec ma passion d’artiste et ma conviction que la culture doit occuper une place centrale dans la construction de notre nation. »

Son passage au CNT apparaît ainsi, à ses yeux, comme le prolongement d’un engagement entamé bien avant son entrée dans l’arène institutionnelle. Artiste, comédien et désormais acteur du débat public, Mamadou Thug entend poursuivre son plaidoyer pour une culture guinéenne mieux reconnue, mieux structurée et davantage intégrée aux grandes orientations nationales.

Derrière le personnage public et l’humoriste se dessine ainsi un autre visage : celui d’un artiste qui entend transformer sa notoriété et son expérience institutionnelle en levier de défense du secteur culturel. Une ambition résumée par une conviction qu’il revendique avec force : la culture ne doit plus être considérée comme un simple supplément, mais comme un élément central de la construction nationale.

Antoine Neima pour Planete7.info

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