
Ancien journaliste de Radio France Internationale pendant plus de trois décennies, Alain Foka appelle à une véritable réappropriation du récit africain. Dans une prise de parole forte, la figure emblématique du journalisme africain invite le continent à reprendre le contrôle de son image, de son histoire et de sa place dans le monde.
Pour lui, l’Afrique demeure encore prisonnière d’un regard extérieur qui, pendant longtemps, a façonné la perception de son histoire et de ses sociétés. Une situation qui, selon lui, a contribué à installer des complexes profondément ancrés dans les consciences.
« On a tellement donné une mauvaise image de l’Afrique que cela nous a créé de tels complexes que nous avons fini par croire que les autres étaient toujours supérieurs. Pourtant, nous sommes parmi les premiers peuples de cette planète, avec une histoire riche, des civilisations remarquables et des cultures extraordinaires que nous ne mettons pas suffisamment en avant », souligne-t-il.
Selon le journaliste, l’histoire du continent a trop souvent été racontée du point de vue extérieur. Il estime désormais indispensable que les Africains se réapproprient leur propre narration et valorisent leur héritage.
« L’histoire a toujours été racontée du point de vue de l’autre. Il devient donc essentiel que nous reprenions la main sur notre image et sur notre véritable histoire. Nous ne sommes pas ce que certains récits ont voulu faire croire : nous sommes des sociétés vivantes, fortes, porteuses d’une culture capable d’inspirer le monde », affirme-t-il.
Pour Alain Foka, le moment est venu de changer de perspective et d’assumer pleinement l’héritage historique et culturel africain.
« Ce ne sont pas les autres qui doivent nous inspirer. C’est nous qui devons inspirer le monde. Il est temps que chacun joue sa partition », insiste-t-il.
Après 32 ans passés à raconter l’actualité et l’histoire du continent sur les ondes de Radio France Internationale, le journaliste affirme avoir pris conscience d’un manque de transmission historique au sein même des sociétés africaines.
« J’ai raconté l’histoire de l’Afrique pendant 32 ans et je me suis rendu compte que beaucoup d’Africains ne connaissent pas réellement leur histoire. Elle a souvent été falsifiée ou racontée de manière incomplète, au point que nous avons fini par croire que ce sont les autres qui doivent nous apprendre des choses », observe-t-il.
Son départ de la radio internationale s’inscrit ainsi dans une démarche de repositionnement intellectuel et narratif.
« Je suis parti de RFI avec l’idée qu’il fallait désormais raconter l’histoire du point de vue des Africains, avec notre propre regard et notre propre expérience. Et cela n’est dirigé contre personne. C’est simplement pour nous-mêmes », précise-t-il.
Toutefois, Alain Foka tient à clarifier un point fondamental : revendiquer son identité et valoriser son histoire ne signifie en aucun cas nourrir une hostilité envers les autres peuples.
« S’aimer ne veut pas dire détester l’autre. Il faut faire très attention à cela. Montrons-nous tels que nous sommes, sans complaisance, mais aussi sans la condescendance qui a souvent accompagné le récit des autres sur nous », conclut-il.
À travers cet appel, le journaliste plaide pour une renaissance du récit africain : une démarche fondée sur la connaissance de soi, la fierté assumée et la volonté de faire rayonner, au-delà du continent, la richesse des cultures et des civilisations africaines.
Planete7.info
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