FOCIA 2026 : Mandia Koné plaide pour une formation adaptée aux richesses de la Guinée

Au Forum pour la croissance inclusive en Afrique, la consultante institutionnelle a appelé à faire du développement des compétences locales et du transfert de connaissances des leviers prioritaires pour permettre aux Guinéens de mieux profiter des ressources de leur pays.
La Guinée peut-elle pleinement tirer profit de ses immenses ressources naturelles sans disposer de compétences locales adaptées à leur exploitation et à leur transformation ? C’est l’une des questions soulevées par Mandia Koné, consultante institutionnelle, fondatrice du cabinet Diamanco et présidente des Étoiles d’Afrique. À l’occasion de la troisième édition du Forum pour la croissance inclusive en Afrique (FOCIA), tenue ce samedi 10 octobre à Conakry, elle a plaidé pour une meilleure adéquation entre les formations proposées aux Guinéens et les besoins réels de l’économie nationale.

Modératrice du troisième panel, consacré au thème « Des matières premières aux marchés : construire des chaînes de valeur africaines compétitives et durables », elle a défendu une vision claire : faire de la population guinéenne une actrice centrale de la valorisation des richesses nationales, notamment dans les secteurs stratégiques.
« On doit développer nos compétences, prioriser la population guinéenne pour les secteurs et, si jamais les gens ne sont pas formés, les former plutôt que prendre des expatriés, pour que les Guinéens soient prioritaires sur les emplois et qu’ils puissent bénéficier vraiment de la richesse de leur pays », a-t-elle déclaré à l’issue des échanges.
Aux côtés de Dogad Dogoui, chairman de l’Africa SMB Forum, de Diariou Sow, experte en genre, inclusion et développement rural, d’Aboubacar Decon Konde, directeur associé du cabinet 3K Pro Consulting, de Mohamed Elhadi Benguedouar, directeur général d’IPT Powertech, et d’Hervé Vincent Kourouma, DRH de Kulu Guinée, Mandia Koné a pris part à une réflexion sur les défis liés à la transformation économique et à la construction de chaînes de valeur africaines compétitives.

Au terme de ce panel, elle s’est dite encouragée par la qualité des intervenants et leur confiance dans les capacités du continent à prendre en main son développement.
« Aujourd’hui, on a vu qu’on a des acteurs diplômés, qui ont des compétences très développées et surtout qui ont foi en nous, foi en l’Afrique et foi en ces pays », a-t-elle souligné.
Mais pour transformer ce potentiel en résultats concrets, la consultante estime que la Guinée doit repenser l’orientation et le développement des compétences, en tenant davantage compte de ses spécificités économiques.
« On doit ajuster la population à la richesse du pays, c’est-à-dire les compétences de la population à la richesse du pays », a-t-elle insisté.
À ses yeux, les formations doivent répondre aux besoins des secteurs porteurs et accompagner les ambitions économiques nationales. Elle illustre cette nécessité par le décalage qu’elle observe entre certaines filières d’études et les ressources dont dispose le pays.
« Étudier aujourd’hui ici tout ce qui est secrétariat, etc., c’est important, mais ça ne va pas être très utile dans un pays qui détient deux tiers du bauxite mondial », a-t-elle fait remarquer.

Pour Mandia Koné, l’enjeu n’est pas de fermer la porte aux expertises étrangères, mais de faire en sorte que leur présence contribue durablement au renforcement des capacités nationales. Elle préconise notamment des formations, des échanges de connaissances et un accompagnement permettant aux Guinéens d’acquérir progressivement l’expertise nécessaire pour occuper des postes qualifiés dans les secteurs stratégiques.
« Il faut qu’on arrête d’aller chercher ailleurs. On peut chercher les formations ailleurs, mais il faut que ce soit temporaire et qu’il y ait vraiment un partage des compétences, pour qu’après les Guinéens puissent répondre à la richesse et pouvoir porter la richesse de leur pays », a-t-elle affirmé.
Cette approche place le capital humain au cœur des enjeux de souveraineté économique. Pour la consultante, la valorisation des ressources naturelles ne saurait se limiter à leur extraction : elle doit également permettre de développer l’expertise locale, de créer des opportunités pour les travailleurs guinéens et de renforcer leur participation aux différentes étapes de la chaîne de valeur.

Au-delà des réflexions sur les compétences et la transformation économique, Mandia Koné a également salué l’évolution du Forum pour la croissance inclusive en Afrique. Ayant pris part à la précédente édition, elle dit avoir constaté un élargissement de l’initiative, tant par sa dimension que par la participation des entreprises.
« J’étais déjà là l’année dernière. Là déjà, c’est un peu plus grand, il y a des choses qui viennent en plus, il y a plus d’entreprises. L’année d’après, ce sera encore plus et encore plus. Donc vraiment, je les félicite », a-t-elle déclaré, encourageant les organisateurs à poursuivre leurs efforts malgré les difficultés inhérentes à la mise en place d’un tel rendez-vous.
Dans un contexte où les ressources guinéennes suscitent un intérêt croissant, Mandia Koné estime que le pays doit davantage affirmer sa capacité à défendre ses intérêts et à tirer profit de ses potentialités.
« Tout le monde vient chez nous, on reçoit les gens, tout le monde veut entendre ce qu’on a à dire et tout le monde veut aussi profiter de ses richesses », a-t-elle observé.

Pour elle, cette attractivité doit s’accompagner d’une volonté plus affirmée de maîtriser les compétences, les savoir-faire et les mécanismes nécessaires à la valorisation des ressources nationales.
« La Guinée doit prendre le dessus et pouvoir dire : il y a ce qui est fait, mais je pense qu’on peut encore mieux le faire », a-t-elle conclu.
À travers ce plaidoyer, Mandia Koné pose ainsi la question de la place des compétences guinéennes dans le développement économique du pays. Au-delà de l’abondance des ressources naturelles, le défi consiste désormais à former les talents, à favoriser le transfert de connaissances et à renforcer la participation des nationaux à la création de valeur. Un enjeu déterminant pour que les richesses de la Guinée profitent davantage à sa population.
Salif Camara pour Planete7.info
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