2 octobre : la Guinée célèbre 68 ans d’indépendance et appelle sa jeunesse à l’action

Soixante-huit ans après son accession à l’indépendance, la Guinée a célébré ce vendredi 2 octobre 2026 sa fête nationale dans une atmosphère mêlant ferveur patriotique, commémoration historique et appels à l’engagement de la jeunesse. À Conakry, les couleurs nationales, les chants et les défilés des forces de défense et de sécurité ont rythmé cette journée consacrée à la mémoire du 2 octobre 1958 et aux perspectives d’avenir du pays.
Dans les rues de Conakry, les couleurs nationales étaient omniprésentes. Drapeaux guinéens, chants patriotiques et rassemblements ont accompagné les différentes manifestations organisées à l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance.
À cette mobilisation populaire se sont ajoutés les défilés des forces de défense et de sécurité, avec notamment la présentation de blindés et de véhicules militaires, donnant à la célébration une dimension à la fois solennelle et populaire.

Au-delà des festivités, le 2 octobre demeure avant tout une date historique. Le 2 octobre 1958, la Guinée devenait le premier territoire d’Afrique subsaharienne française à choisir l’indépendance à la suite du référendum sur la Communauté française. Un choix historique associé au premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré, et à une formule devenue emblématique : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage. »
Près de sept décennies plus tard, cette déclaration continue de nourrir les discussions sur la souveraineté, la liberté et l’avenir du pays.
Pour Charles Nouah Tolno, citoyen rencontré à Conakry, l’indépendance demeure notamment liée à la question de la souveraineté monétaire.

« Aujourd’hui, nous n’avons pas atteint le niveau de développement que nous souhaitons, certes. Mais nous avons une liberté que certains pays d’Afrique de l’Ouest n’ont pas. Par exemple, une liberté monétaire. Certes, le franc guinéen est petit, n’a pas une grande valeur. Mais au niveau des autres pays, le franc CFA, on sait tous que les pays qui sont dedans ne sont pas détenteurs de leurs monnaies. Nous avons cette possibilité d’avoir notre liberté monétaire. C’est un très grand sentiment de fierté en Afrique de l’Ouest pour moi. »
Un sentiment de fierté également exprimé par Bafodé Kaba, pour qui la liberté acquise en 1958 reste un motif de satisfaction.

« La liberté, c’est bon. Depuis 1958, la Guinée, on est libre. On est fiers de ça. »
Cette célébration intervient également dans un contexte où les autorités mettent l’accent sur la nécessité de mobiliser la jeunesse autour du développement national.
Dans son discours à l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a directement interpellé la jeunesse guinéenne. Il l’a appelée à prendre ses responsabilités, à privilégier le travail, la formation et l’engagement dans la construction du pays.

« Jeunesse de Guinée, je m’adresse à toi, directement. Tu es héritière de ceux qui ont dit non. Tu es la génération qui dira oui. Oui au travail. Oui à l’excellence. Oui à l’ordre et à la discipline. Oui à une Guinée qui n’étend plus la main, mais qui ouvre les bras au monde debout et fier. »
Le chef de l’État a également évoqué les difficultés et les aspirations d’une partie de la jeunesse guinéenne, notamment celles qui conduisent certains jeunes à envisager l’émigration au péril de leur vie.
« Je sais tes impatiences. Je le sais très bien. Je connais tes doutes. Je sais que trop de jeunes Guinéens ont cru que leur avenir se trouvait au-delà des mers, au péril de leur vie. Je te le dis, avec la gravité de ma charge, ton avenir est ici, en République de Guinée. Ta place est ici. La République de Guinée a besoin de tes bras, ton talent et de ton cœur. »
Cet appel à l’engagement trouve également un écho auprès de plusieurs acteurs de la société. Pour Cheick Oumar Traoré, président de l’UPAG Les Patriotes, la jeunesse doit davantage prendre des initiatives et s’organiser pour contribuer au développement du pays.

« Les jeunes doivent accepter de s’organiser, doivent accepter de se former, doivent accepter de prendre des initiatives. Il ne faut pas toujours rester là à attendre qu’on vous demande de faire ci et ça. Donc il faut prendre des initiatives, en passant par des actions sociales jusqu’à des actions entrepreneuriales, pour permettre en tout cas de jouer sa partition en attendant l’État. »
Même constat du côté du journaliste Amara Simba Sylla, qui estime que la contribution au développement national ne se limite pas à l’exercice d’une fonction publique ou à l’occupation d’un poste de responsabilité.

« Il ne s’agit pas d’être dans les postes de responsabilité pour faire avancer les choses dans ton pays. On peut entreprendre, on peut se lancer dans l’entrepreneuriat, on peut se former davantage. Parce que l’avenir de ce pays doit reposer sur nous, et repose déjà sur nous, parce que le premier magistrat de ce pays est jeune. »
Soixante-huit ans après le 2 octobre 1958, l’indépendance guinéenne continue ainsi de susciter à la fois fierté, réflexion et questionnements.
Pour certains, la date rappelle avant tout le choix de la souveraineté. Pour d’autres, elle renvoie à une interrogation plus large sur le chemin parcouru depuis 1958 et sur la capacité du pays à transformer cette indépendance politique en progrès économique et social.
À Conakry comme dans les autres villes du pays, les célébrations du 2 octobre auront donc été plus qu’un rendez-vous festif. Elles auront ravivé la mémoire d’un choix historique tout en plaçant la jeunesse face à une nouvelle responsabilité : celle de participer, par la formation, le travail, l’entrepreneuriat et l’engagement citoyen, à la construction de la Guinée de demain.
Salif Camara pour Planete7.info
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