2 octobre 1958-2 octobre 2026: la Guinée, notre bien commun 

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Guinéennes, Guinéens, aimons-nous vivants.

Soixante-huit ans après l’accession de notre pays à l’indépendance, le 2 octobre doit être plus qu’une célébration. Il doit être un moment de mémoire, d’introspection et surtout de responsabilité collective.

Nous avons hérité d’une même terre. Nous partageons une même histoire. Et quelles que soient nos différences, nous avons un destin commun : la Guinée.

Notre patriotisme doit être notre alibi. Le respect de la différence, notre manière d’être au quotidien.

Nous pouvons être différents par nos origines, nos langues, nos convictions, nos opinions ou nos parcours sans devenir des adversaires irréconciliables. La diversité n’est pas une menace lorsqu’elle repose sur le respect, la justice et l’égalité.

Aucune hégémonie communautaire ne peut constituer un projet national durable.

Avant nos appartenances particulières, nous sommes tout simplement des Guinéennes et des Guinéens, appelés à jouir des mêmes droits, à assumer les mêmes devoirs et à bénéficier équitablement des opportunités qu’offre notre pays.

La République ne doit connaître ni communautés supérieures ni citoyens de seconde zone.

LA VIOLENCE N’A JAMAIS CONSTRUIT LA PAIX

Une évidence devrait nous rassembler : la violence nourrit la violence.

Lorsque les blessures sont profondes, ce n’est pas davantage de colère qu’il faut injecter dans la société. C’est de la justice, du dialogue, de la bienveillance et cette intelligence collective qui permet de réconcilier sans nier les désaccords.

Mettre de l’huile sur le feu lorsque la maison brûle est irresponsable.

Ajouter du chaos au chaos ne produit jamais la stabilité.

Et scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis relève d’une dangereuse absurdité.

Car la Guinée est un même bateau.

Si ce bateau avance, nous avançons ensemble. S’il chavire, les conséquences ne demanderont à personne son patronyme, sa région, son appartenance communautaire, son opinion politique ou son statut social.

REFUSER LE PIÈGE DU TOUT OU RIEN

Dans les périodes difficiles, les choix collectifs sont rarement aussi simples que le bien absolu contre le mal absolu.

Il faut parfois choisir entre l’imparfait et le préférable, entre ce qui divise davantage et ce qui permet encore de préserver l’essentiel.

Cela exige de la lucidité.

La responsabilité consiste alors à rechercher ce qui protège la paix, renforce les institutions, préserve la dignité humaine et maintient ouvertes les possibilités de dialogue et de progrès.

Nos désaccords doivent rester des désaccords. Ils ne doivent jamais devenir des permis de haïr.

On peut s’opposer sans se détester.

On peut défendre vigoureusement ses convictions sans déshumaniser celui qui pense autrement.

On peut appartenir à des communautés différentes tout en servant une seule communauté de destin : la Nation guinéenne.

68 ANS APRÈS, QUELLE GUINÉE VOULONS-NOUS TRANSMETTRE ?

L’indépendance ne doit pas seulement être un héritage à célébrer. Elle est une responsabilité à transmettre.

Chaque génération doit ajouter sa pierre à l’édifice national.

Notre génération doit donc se poser une question simple : quelle Guinée laisserons-nous à nos enfants ?

Une Guinée enfermée dans les rancœurs, les exclusions et les replis identitaires ?

Ou une Guinée capable de transformer ses différences en force, ses blessures en enseignements et ses immenses potentialités en prospérité partagée ?

Notre réponse doit se traduire dans nos comportements.

Moins de haine.

Moins de stigmatisation.

Moins de discours qui dressent les Guinéens les uns contre les autres.

Davantage de justice.

Davantage de dialogue.

Davantage de solidarité.

Davantage de responsabilité.

Travail – Justice – Solidarité : notre devise nationale doit être plus qu’une inscription officielle. Elle doit devenir une boussole collective.

En cette Semaine de l’indépendance, souvenons-nous d’une chose essentielle :

Nous n’avons pas besoin de nous ressembler pour nous respecter.

Nous n’avons pas besoin de penser pareil pour vivre ensemble.

Mais nous avons besoin les uns des autres pour construire la Guinée.

Le patriotisme véritable commence peut-être là : comprendre que personne ne gagnera durablement dans une Guinée profondément divisée.

Alors, Guinéennes, Guinéens, aimons-nous vivants.

Protégeons ce qui nous dépasse individuellement : notre pays.

Parce qu’au-delà de nos différences, de nos ambitions et de nos divergences, nous n’avons qu’une seule Guinée.

Et cette Guinée est notre bien commun.

Bonne fête de l’indépendance à toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens.

 

Abdourahamane NABE

Analyste social et des questions de gouvernance

drastone70@gmail.com

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