Éthiopie : la reprise des combats met à rude épreuve l’accord de Pretoria

Quatre ans après la signature de l’accord de paix de Pretoria entre Addis-Abeba et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), la reprise des affrontements dans le nord de l’Éthiopie ravive les craintes d’un nouveau conflit de grande ampleur. Le retour des combats, conjugué à l’émergence d’une nouvelle alliance de groupes armés et aux tensions persistantes avec l’Érythrée, met à nouveau le fragile processus de paix sous pression.
Les armes ont de nouveau tonné dans le nord de l’Éthiopie. Depuis mardi 22 septembre, des affrontements opposent l’armée fédérale éthiopienne aux forces tigréennes et à leurs alliés dans plusieurs régions du pays. Cette nouvelle flambée de violence intervient quelques jours seulement après l’annonce d’une alliance regroupant sept groupes armés opposés au gouvernement d’Addis-Abeba, parmi lesquels figure le TPLF.
Le retour des combats intervient dans un contexte particulièrement tendu, alors que l’accord de Pretoria, signé en 2022 pour mettre fin à la guerre du Tigré, peine toujours à régler plusieurs contentieux majeurs. La nouvelle escalade fait désormais planer le risque d’un retour à une confrontation généralisée.
Pour le chercheur René Lefort, la fragilité du processus de paix tient principalement au fait que les causes profondes du conflit n’ont pas été véritablement réglées.
« L’accord de paix n’a pas tenu, car les problèmes de fond n’ont pas été résolus », estime-t-il, notamment en ce qui concerne les rapports entre le pouvoir central et les différentes régions éthiopiennes.
Depuis la signature de l’accord, Addis-Abeba et le TPLF s’accusent mutuellement de ne pas avoir respecté leurs engagements. Le désarmement des forces tigréennes n’a notamment pas été mené à son terme, tandis que le différend concernant plusieurs territoires demeure irrésolu.
À ces tensions politiques et sécuritaires s’ajoute une situation humanitaire toujours préoccupante. Plus de 760 000 Tigréens déplacés pendant la guerre n’ont toujours pas pu retourner dans leurs localités d’origine.
Ces derniers mois, les tensions se sont également intensifiées avec la multiplication des frappes aériennes de l’armée fédérale dans le Tigré. Dans le même temps, le TPLF a rétabli un gouvernement régional issu de la période précédant la guerre, alimentant davantage les inquiétudes autour de l’avenir du processus de paix.
L’annonce d’une coalition réunissant sept groupes armés hostiles au gouvernement fédéral constitue un nouvel élément de tension. Reste à savoir si ces mouvements, aux profils et aux objectifs différents, seront capables de mener une action coordonnée contre les autorités d’Addis-Abeba.
Pour Kjetil Tronvoll, chercheur à l’université d’Oslo, une véritable coordination militaire entre ces groupes pourrait représenter une menace importante pour le pouvoir fédéral. Mais leurs divergences idéologiques et leurs intérêts propres pourraient également limiter leur capacité à agir durablement comme un front uni.
Cette nouvelle configuration ajoute ainsi une dimension supplémentaire à une crise déjà marquée par de profondes divisions politiques et territoriales.
Dans ce nouvel épisode de tensions, le rôle de l’Érythrée demeure l’une des principales inconnues.
Les autorités éthiopiennes accusent Asmara de soutenir les groupes rebelles tigréens, ce que les autorités érythréennes démentent. Pour René Lefort, l’ampleur exacte de l’implication érythréenne reste difficile à établir avec certitude. Le chercheur estime néanmoins qu’Asmara apporterait un soutien à la nouvelle alliance, y compris sur le plan militaire.
Une éventuelle implication érythréenne constituerait un spectaculaire retournement de situation. Entre 2020 et 2022, les forces érythréennes avaient combattu aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne contre le TPLF.
Selon René Lefort, les relations entre Addis-Abeba et Asmara auraient depuis connu « un renversement total d’alliance ».
Derrière cette dégradation des relations entre les deux pays se profile également la question stratégique de l’accès à la mer Rouge.
L’accord de paix de Pretoria constitue un premier facteur de tension. L’Érythrée n’avait pas été associée aux négociations ayant conduit à sa signature et avait alors critiqué le processus, considérant notamment que les forces du TPLF auraient dû être totalement neutralisées.
Le deuxième facteur concerne les ambitions maritimes de l’Éthiopie. Enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée, Addis-Abeba cherche à obtenir un accès souverain à la mer Rouge et à retrouver l’utilisation de ports érythréens stratégiques, notamment Assab et Massaoua.
Ces revendications sont perçues à Asmara comme une menace potentielle pour sa souveraineté. Selon René Lefort, elles auraient ainsi contribué au rapprochement entre l’Érythrée et les forces opposées au gouvernement éthiopien.
La reprise des combats dans le nord de l’Éthiopie met une nouvelle fois en lumière les fragilités de l’accord conclu en 2022. Désarmement inachevé, contentieux territoriaux, déplacements de populations, rivalités politiques et tensions régionales continuent de peser sur une paix déjà précaire.
À cela s’ajoutent désormais la formation d’une nouvelle alliance armée et les interrogations autour du rôle de l’Érythrée.
Quatre ans après Pretoria, le retour des affrontements rappelle ainsi que la fin des combats n’a pas suffi à régler les causes profondes de la crise. Alors que les différents acteurs réajustent leurs alliances, l’avenir de la paix dans le nord de l’Éthiopie apparaît plus incertain que jamais.
Thierno Seydou Diallo pour Planete7.info
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