Indépendance de la Guinée : à Kindia, Elhadj Django Cissé appelle la jeunesse à renouer avec la mémoire de 1958

À quelques jours de la célébration du 2 octobre, date à laquelle la Guinée a proclamé son indépendance en 1958, les souvenirs de cette période continuent de nourrir les débats sur l’histoire et l’avenir du pays. À Kindia, Elhadj Django Cissé, citoyen de la ville et secrétaire général du PDG-RDA depuis le 3 avril 1984, revient sur les circonstances de l’indépendance, les acquis des premières années de la République et la manière dont cet héritage est aujourd’hui perçu par les nouvelles générations.
Pour cet acteur de la vie politique guinéenne, comprendre la portée du 2 octobre suppose d’abord de revenir aux événements qui ont précédé la proclamation de l’indépendance. Il évoque notamment la visite du général Charles de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958, le référendum du 28 septembre et, quelques jours plus tard, la proclamation de l’indépendance.
« Vous savez, on a besoin d’informer la nouvelle génération par rapport à l’histoire de la Guinée. La Guinée a fait l’exception en matière d’indépendance. On a vécu le système colonial et, finalement, la Guinée a choisi de prendre son destin en main. Le 25 août 1958 a été une date prépondérante par rapport au déclenchement de notre indépendance. Ensuite, il y a eu le 28 septembre, qui a été le référendum, puis le 2 octobre, notre indépendance a été proclamée. Ça a été du jamais vu en Afrique », explique-t-il.
Dans son récit, Elhadj Django Cissé insiste également sur les difficultés auxquelles les premières autorités guinéennes ont été confrontées au lendemain de l’indépendance. Selon lui, la construction du nouvel État s’est faite dans un contexte marqué par le départ d’une partie de l’administration coloniale et par des moyens limités.
Il cite parmi les réalisations qu’il associe à cette période la mise en place des institutions, de l’armée nationale et de la monnaie guinéenne, ainsi que le développement de l’éducation et des infrastructures économiques.
« Les premiers gouvernants ont pris le pays tout nu. Ils ont pris les biens, les fonctionnaires ont été enlevés pour les envoyer en Côte d’Ivoire, au Sénégal et ailleurs. Ces premiers gouvernants se sont battus parce que l’unité nationale était là. On a créé notre propre monnaie, notre propre armée nationale. Air Guinée était là et près de 300 unités industrielles étaient déjà là. L’œuvre a été gigantesque, noble et efficace », témoigne-t-il.
Au-delà de ces réalisations, l’ancienneté de cette expérience constitue, à ses yeux, un élément essentiel pour comprendre la portée du 2 octobre. Pour lui, l’indépendance ne se résume pas à une date inscrite dans le calendrier national : elle renvoie également à une période de construction collective et de mobilisation autour d’un projet national.
C’est justement sur la transmission de cette mémoire que son discours insiste le plus. Elhadj Django Cissé estime que les générations qui n’ont pas connu les premières années de la République doivent davantage s’intéresser à l’histoire du pays afin de comprendre les conditions dans lesquelles les premières bases de l’État guinéen ont été posées.
« La nouvelle génération doit essayer de connaître réellement la vraie histoire de notre pays. Nous sommes de la première génération. En 1958, nous étions à l’école. Il n’y avait pas de collège, il n’y avait pas de lycée. Dans notre parcours, tout a été créé jusqu’à ce qu’on arrive à l’IPK ou à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. L’œuvre a été gigantesque », indique-t-il.
Cette différence d’expérience entre les générations soulève ainsi une question centrale : comment transmettre l’héritage de l’indépendance à une jeunesse qui n’a pas vécu les événements fondateurs de la République ?
Pour Elhadj Django Cissé, cette transmission ne doit pas uniquement relever des commémorations. Elle doit également permettre aux jeunes de comprendre le contexte dans lequel leurs aînés ont construit les premières institutions du pays et de réfléchir à ce que cet héritage peut représenter dans la Guinée actuelle.
Dans cette réflexion sur l’organisation de la société, il évoque également le modèle de mobilisation à la base qu’il considère comme un élément important du fonctionnement de l’État et du maintien du lien avec les populations.
« Ce que le sommet dit doit parvenir à la base. Le président envoie au gouverneur, le gouverneur au préfet, le préfet au maire et le maire au chef de quartier. Le chef de quartier, à son tour, avec les réunions, informe la population. Ce modèle-là est incontournable pour obtenir l’équilibre, l’harmonie et la paix dans notre pays », soutient-il.
Son regard sur l’évolution politique de la Guinée s’appuie également sur son expérience personnelle, notamment depuis les changements intervenus en 1984 et l’instauration du multipartisme. Il estime que certaines valeurs qu’il associe à la période de l’indépendance, notamment la discipline, l’unité et la cohésion nationale, restent d’actualité.
Parmi les préoccupations qu’il met en avant figure notamment la question de l’ethnocentrisme. Il appelle à renforcer le sentiment d’appartenance à une même nation et à préserver les liens entre les différentes composantes de la société guinéenne.
« Ils n’ont qu’à enlever l’ethnocentrisme entre nous. Notre génération n’a pas connu l’ethnie comme aujourd’hui. Nous devons être ensemble », affirme-t-il.
Soixante-huit ans après la proclamation de l’indépendance, le 2 octobre demeure ainsi, dans le récit d’Elhadj Django Cissé, à la fois une date historique et un sujet de réflexion sur le présent.
Pour les générations qui ont vécu ou connu les premières années de la République, cette période renvoie à une expérience concrète de souveraineté, de construction de l’État et de mobilisation collective. Pour les plus jeunes, elle appartient davantage à une mémoire transmise par l’école, les récits familiaux, les témoignages des aînés et les commémorations nationales.
Entre ces deux perceptions, une question demeure : comment faire vivre l’héritage de 1958 au-delà des cérémonies et des discours ?
À l’approche du 2 octobre, le témoignage d’Elhadj Django Cissé remet ainsi au centre du débat la question de la mémoire nationale et de sa transmission. Car si l’indépendance appartient à l’histoire, la manière dont les nouvelles générations la comprennent et s’en saisissent participe encore, aujourd’hui, à la construction de la Guinée.
Sylla Ama,correspondant à Kindia pour Planete7.info
Contact Planete7.info : 624045895/625214852
Planete7guinee@gmail.com
Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.