Guinée : recrutement des enseignants, Michel Pépé Balamou dénonce des incohérences

Le recrutement annoncé de nouveaux enseignants à la Fonction publique continue de susciter des réactions au sein des organisations syndicales de l’éducation. Réuni avec les structures syndicales du secteur au siège du SLECG, le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE), Michel Pépé Balamou, a vivement critiqué la méthode retenue par le gouvernement et appelé à donner la priorité aux anciens enseignants contractuels déjà évalués et expérimentés sur le terrain.
Pour le responsable syndical, le problème ne se situe pas dans le principe même du recrutement, mais dans la manière dont celui-ci est conduit. Il s’interroge notamment sur les annonces successives concernant le nombre d’agents à intégrer à la Fonction publique.
« L’éducation est devenue aujourd’hui la porte d’entrée de la Fonction publique. C’est un récipient troué. On met de l’eau dedans, mais ça ne sert à rien », dénonce Michel Pépé Balamou.
Le secrétaire général du SNE revient sur les différentes annonces faites ces dernières semaines par les autorités. Il rappelle qu’un premier chiffre de 35 000 recrutements avait été évoqué pour les secteurs de l’éducation et de la santé, avant que les annonces ne portent successivement sur 8 000 puis 9 000 enseignants.
Une évolution qui, selon lui, traduit un manque de cohérence dans la gestion du dossier.
Michel Pépé Balamou insiste toutefois sur le fait que les syndicats ne s’opposent pas au recrutement de nouveaux agents, dans un contexte marqué par un nombre important de jeunes diplômés à la recherche d’un emploi.
« Nous ne sommes pas contre le recrutement. Il y a beaucoup de chômeurs aujourd’hui dans le pays. Mais nous avons un protocole qui est très clair. Nous avons des gens qui ont été soumis à l’évaluation », rappelle-t-il.
Au cœur des revendications du SNE figure la situation des enseignants contractuels déjà présents dans le système éducatif. Pour Michel Pépé Balamou, ceux qui ont été formés, évalués et qui exercent déjà sur le terrain devraient être pris en compte en priorité dans le processus d’intégration à la Fonction publique.
Le syndicaliste plaide également pour une plus grande professionnalisation du recrutement. Selon lui, les diplômés issus des institutions spécialisées dans la formation des enseignants devraient être privilégiés afin de garantir une meilleure adéquation entre les profils recrutés et les besoins du système éducatif.
Au-delà de la question des profils, le secrétaire général du SNE propose une réorganisation du processus de recrutement. Il souhaite que celui-ci soit directement lié aux besoins réels des établissements et des différentes localités du pays.
« Il faut faire un recrutement poste par poste. S’il y a besoin de dix enseignants à Gagnakali, les gens vont postuler là-bas et on les recrute », propose-t-il.
Cette approche permettrait, selon lui, de limiter les affectations inadéquates et les départs d’enseignants vers d’autres zones après leur recrutement.
Michel Pépé Balamou s’interroge également sur l’efficacité des précédentes opérations de recrutement dans le secteur éducatif. Malgré plusieurs vagues d’intégration, le déficit en enseignants demeure, estime-t-il, particulièrement dans les zones rurales et difficiles d’accès.
Le responsable syndical soulève ainsi la question du devenir de certains agents recrutés lors des précédentes opérations et pointe les difficultés auxquelles restent confrontés les anciens contractuels.
« Ceux qui sont là, qui ont souffert le martyre depuis 2018, certains sont décédés. Il y a des femmes même qui nous appellent en pleurs », affirme-t-il.
Pour le SNE, la réponse au déficit d’enseignants ne devrait donc pas se limiter à l’annonce de nouveaux recrutements. Michel Pépé Balamou appelle plutôt le gouvernement à prendre en compte les besoins réels des établissements, la qualification des candidats ainsi que la situation des enseignants contractuels déjà formés, évalués et présents sur le terrain.
Le syndicat demande ainsi une révision de la méthode de recrutement afin de favoriser une meilleure répartition des enseignants et une réponse plus durable aux besoins du système éducatif guinéen.
Oumar Sylla Bah pour Planete7.info
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