Madagascar : les 33 prévenus de l’affaire des « Boeing iraniens » devant la justice

Le procès de l’affaire des cinq Boeing 777-200 retrouvés en Iran s’ouvre ce mardi 22 septembre 2026 devant le Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo. Trente-trois personnes physiques et morales sont appelées à comparaître dans ce dossier aux ramifications internationales, qui avait éclaté à Madagascar à l’été 2025.
Plus d’un an après la révélation du scandale, l’affaire des « Boeing iraniens » entre dans une nouvelle phase. Ce mardi, le Pôle anti-corruption d’Antananarivo ouvre le procès consacré aux conditions dans lesquelles cinq Boeing 777-200 ont obtenu des documents d’immatriculation provisoire à Madagascar avant d’être retrouvés en Iran. L’audience est annoncée publique.
Au total, 33 personnes physiques et morales figurent parmi les prévenus. Plusieurs personnalités ayant occupé des responsabilités importantes à l’époque des faits sont concernées, dont l’ancien ministre des Transports et de la Météorologie, Valéry Ramonjavelo, l’ancien président du Sénat, le général à la retraite Richard Ravalomanana, ainsi que l’ancien directeur général de l’Aviation civile de Madagascar, Gervais Damasy. L’homme d’affaires Khushwinder Singh et Mamy Ravatomanga, actuellement détenu à Maurice, figurent également dans le dossier.
L’affaire remonte au début de l’année 2025. Cinq Boeing 777-200 avaient obtenu à Madagascar des certificats et des documents d’immatriculation provisoires dans le cadre d’un projet présenté aux autorités malgaches. Selon les explications communiquées à l’époque, les appareils devaient notamment rejoindre le Kenya pour des opérations de maintenance avant une éventuelle exploitation à Madagascar.
Mais leur trajectoire prend finalement une tout autre direction.
En juillet 2025, les cinq avions sont repérés en Iran après avoir transité par l’Asie. Les appareils avaient quitté le Cambodge le 15 juillet à destination de l’Iran, alors qu’ils étaient toujours identifiés par des immatriculations provisoires malgaches. Leur présence à Téhéran suscite immédiatement des interrogations, notamment en raison des sanctions internationales visant l’Iran et de celles qui concernent la compagnie iranienne Mahan Air.
Les documents malgaches utilisés pour ces appareils étaient, selon les autorités, arrivés à expiration. L’Aviation civile de Madagascar avait alors dénoncé des irrégularités et engagé des démarches judiciaires autour de la délivrance et de l’utilisation de ces documents.
La révélation de la présence des cinq Boeing en Iran provoque rapidement un scandale à Madagascar. Quelques jours après l’éclatement de l’affaire, le ministre des Transports et de la Météorologie de l’époque, Valéry Ramonjavelo, est limogé. Il sera par la suite placé en détention préventive et poursuivi dans le cadre de cette procédure.
Le dossier dépasse rapidement les frontières malgaches. Les investigations impliquent notamment des autorités étrangères, dont le FBI américain, sollicité dans le cadre des recherches sur cette opération. Des échanges et une coopération internationale ont également été rapportés autour du volet financier et documentaire de l’affaire.
Contrairement aux premières informations qui évoquaient principalement des faits de faux et usage de faux, le dossier présenté devant le PAC comporte plusieurs chefs d’accusation.
Les prévenus doivent notamment répondre, selon les éléments communiqués par la justice malgache, de faits présumés d’atteinte à la souveraineté de l’État, abus de fonctions, corruption, faux en écriture publique, usurpation de fonction, association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux.
Cinq sociétés figurent également parmi les personnes morales poursuivies, dont Udaan Aviation, présentée comme l’une des structures ayant servi d’intermédiaire dans le projet.
Au-delà du parcours atypique des cinq appareils, le procès doit surtout permettre d’établir les responsabilités individuelles dans la délivrance des documents malgaches, leur utilisation et le transfert des avions vers l’Iran.
L’enjeu est donc de déterminer comment ces appareils ont pu obtenir des autorisations provisoires à Madagascar, dans quelles conditions ces documents ont été délivrés et comment les Boeing ont finalement quitté l’Asie pour rejoindre l’Iran.
Après plus d’un an d’enquête et de développements judiciaires, le procès ouvre ainsi une nouvelle séquence dans une affaire qui a rapidement pris une dimension internationale. Il appartiendra désormais aux juges du Pôle anti-corruption d’examiner les éléments du dossier et de déterminer, au terme de la procédure, les responsabilités éventuelles de chacun des prévenus.
Thierno Seydou Diallo pour Planete7.info
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