La Guinée parle désormais au monde avec davantage de clarté (Par Amadou Lamarana Bah)

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La Guinée est aujourd’hui à un moment particulier de son histoire : celui où un pays ne cherche plus seulement à être entendu, mais à définir clairement ce qu’il veut, ce qu’il accepte et ce qu’il entend défendre.

Parler au monde avec clarté, ce n’est pas se fermer au monde. C’est au contraire entrer dans le concert des nations avec une conscience plus affirmée de ses intérêts, de ses responsabilités et de ses choix.

Un État qui connaît ses intérêts peut dialoguer avec ses partenaires sans renoncer à ses principes. Un État qui assume ses choix peut coopérer sans subir. Un État qui connaît son histoire peut regarder l’avenir sans perdre son identité.

Cette posture trouve une résonance particulière en Guinée.

Une histoire qui nous oblige

Notre pays porte une histoire qui ne peut être réduite à quelques dates dans les manuels scolaires. Elle constitue une véritable conscience nationale.

Le 28 septembre 1958 appartient à cette mémoire fondatrice. Le choix alors effectué par la Guinée a marqué une volonté de souveraineté et d’affirmation de sa capacité à décider de son propre destin.

Depuis lors, la dignité et la liberté ont occupé une place particulière dans l’imaginaire politique guinéen.

Cette histoire nous oblige. Elle nous oblige à ne pas confondre indépendance et isolement. Elle nous oblige à comprendre que la souveraineté ne signifie pas le refus de coopérer, mais la capacité de coopérer en connaissance de cause. Elle nous oblige surtout à savoir ce que nous voulons construire pour nous-mêmes.

De la mémoire historique à une doctrine nouvelle

Aujourd’hui, cette exigence historique semble trouver une formulation nouvelle dans la doctrine portée par Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya, Président de la République.

À travers le discours sur la souveraineté, la défense des intérêts nationaux, la transformation économique et la volonté de repositionner la Guinée dans les relations internationales, une idée centrale se dégage : la Guinée doit être capable de prendre part aux grandes dynamiques mondiales sans renoncer à la maîtrise de ses propres choix.

La souveraineté moderne ne se résume pas à proclamer son indépendance. Elle se construit par la capacité à produire, à négocier, à décider, à former ses citoyens, à maîtriser ses données, à développer ses infrastructures, à renforcer ses institutions et à défendre ses intérêts dans un environnement international devenu extrêmement compétitif.

Connaître ses intérêts pour mieux coopérer

La Guinée n’a pas vocation à vivre en marge du monde. Elle doit commercer avec le monde, investir avec le monde, apprendre du monde, attirer des capitaux, développer des partenariats et participer aux grandes transformations technologiques et économiques.

Mais elle doit le faire avec une vision.

Le partenariat ne doit pas être une dépendance. L’ouverture ne doit pas être une renonciation. La coopération ne doit pas signifier l’abandon de nos intérêts.

Notre pays dispose d’atouts considérables. Mais les ressources naturelles, à elles seules, ne construisent pas une nation prospère. Il faut transformer les potentialités en capacités, les ressources en valeur, les investissements en emplois, les infrastructures en développement et la jeunesse en force productive et intellectuelle.

Assumer ses choix

Une nation respectée n’est pas nécessairement celle qui parle le plus fort. C’est celle qui sait parler avec cohérence.

Elle sait dire oui lorsqu’un partenariat correspond à ses intérêts. Elle sait négocier lorsqu’il existe des divergences. Elle sait dire non lorsque ses intérêts fondamentaux sont en jeu. Et surtout, elle assume les conséquences de ses décisions.

La Guinée doit donc continuer à développer une diplomatie à la fois ouverte, pragmatique et consciente de ses intérêts. Nous ne devons pas choisir entre l’Afrique et le reste du monde. Nous devons être pleinement africains tout en étant capables de dialoguer avec toutes les puissances et tous les partenaires.

Le véritable enjeu : devenir capable

Il existe toutefois une condition essentielle à cette ambition : la capacité nationale.

On ne peut pas parler durablement de souveraineté si l’on dépend presque entièrement des autres pour l’expertise. On ne peut pas parler de transformation si notre jeunesse n’est pas suffisamment formée. On ne peut pas parler d’innovation si nous ne créons pas les espaces permettant à nos chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs et intellectuels de produire.

La souveraineté commence donc aussi dans les salles de classe, les universités, les entreprises, les administrations et les centres de recherche.

Elle commence dans la compétence. Elle commence dans la discipline. Elle commence dans la capacité à produire des solutions guinéennes aux problèmes guinéens.

Une génération appelée à prendre le relais

C’est pourquoi la jeunesse doit être au cœur de cette nouvelle étape.

La génération actuelle ne doit pas seulement être spectatrice des décisions prises au sommet de l’État. Elle doit se préparer à prendre le relais.

Elle doit apprendre à négocier, à diriger, à innover, à servir et à penser l’intérêt général.

Le véritable succès d’une politique de souveraineté ne sera donc pas seulement de voir la Guinée parler avec davantage d’assurance aujourd’hui. Ce sera de voir, demain, des milliers de jeunes Guinéens capables de parler au monde avec compétence, confiance et responsabilité.

La souveraineté comme responsabilité

Il faut enfin comprendre que la souveraineté n’est pas seulement un droit. C’est une responsabilité.

Être souverain, c’est accepter de répondre de ses choix. C’est construire ses propres capacités. C’est protéger ses intérêts. C’est respecter ses engagements. C’est honorer sa parole.

La Guinée a affirmé très tôt son aspiration à décider de son propre destin. Aujourd’hui, cette ambition doit entrer dans une nouvelle phase : celle d’une souveraineté économique, intellectuelle, technologique et institutionnelle.

Parler au monde, mais savoir qui nous sommes

La Guinée n’a pas besoin de tourner le dos au monde pour affirmer son identité. Elle doit simplement apprendre à entrer dans le monde avec davantage de confiance.

Connaître son histoire. Connaître ses intérêts. Connaître ses forces. Connaître ses faiblesses. Et surtout, assumer ses choix.

En 1958, la Guinée a affirmé son droit à choisir son destin. Aujourd’hui, notre responsabilité est de donner à ce choix historique une traduction concrète : un État capable, une économie plus forte, une jeunesse mieux formée, des institutions plus solides et une nation qui sait négocier avec le monde sans jamais perdre de vue ce qu’elle est et ce qu’elle veut devenir.

La Guinée ne doit pas seulement être connue pour son histoire. Elle doit désormais être reconnue pour sa capacité à construire son avenir.

Amadou Lamarana BAH

Analyste des questions de leadership, innovation publique, jeunesse, gouvernance et développement.

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