Nouveau découpage administratif en Guinée : une réforme dictée par les réalités du terrain

La réorganisation territoriale engagée par l’État guinéen, avec l’érection de certaines préfectures en régions et de plusieurs sous-préfectures en préfectures, suscite de nombreuses interrogations. Pour le juriste Mamadou Nagnalen Diakité, cette réforme répond avant tout à l’évolution démographique, géographique, économique et sociale des territoires.
La Guinée poursuit sa réorganisation administrative. L’érection de certaines préfectures en régions et le changement de statut de plusieurs sous-préfectures constituent l’une des principales évolutions de la nouvelle configuration territoriale du pays.
Au-delà des nouvelles appellations et des changements de statut, cette réforme traduit, selon le juriste Mamadou Nagnalen Diakité, une volonté de l’État de rapprocher davantage l’administration des populations et d’adapter son fonctionnement aux réalités locales.
Pour Mamadou Nagnalen Diakité, le nouveau découpage ne relève pas uniquement d’une décision administrative. Il est aussi la conséquence de l’évolution des territoires et de leur poids démographique et économique.
« Une ville qui ne maintient pas sa dynamique est destinée à se rabaisser. Et une ville qui maintient une dynamique économique forte est amenée également à progresser en statut », explique-t-il.
Dans cette logique, l’évolution du statut d’une localité serait donc étroitement liée à sa capacité à maintenir une certaine dynamique et à répondre aux besoins croissants de ses populations.
Cette nouvelle organisation devrait également permettre de rapprocher les services administratifs des citoyens, notamment dans les zones où les distances et l’isolement géographique compliquent l’accès aux centres de décision.
Alors que la nouvelle architecture administrative se met progressivement en place, une question se pose : que deviennent les services et les autorités actuellement en fonction ?
Sur ce point, le juriste se veut rassurant. Il rappelle que le principe de continuité de l’administration demeure applicable.
« L’administration est une continuité », souligne-t-il, précisant que les autorités actuellement en place continueront à assurer leurs missions pendant la période transitoire, jusqu’à l’installation effective des nouvelles administrations préfectorales et régionales.
Autrement dit, le changement de statut des localités ne devrait pas entraîner une interruption des services publics. « Les démarches administratives actuellement en vigueur vont continuer à se dérouler normalement », précise-t-il.
La nouvelle carte administrative peut également nourrir des frustrations ou des rivalités entre localités, notamment lorsque certaines sont promues tandis que d’autres ne bénéficient pas du même changement de statut.
Mamadou Nagnalen Diakité appelle toutefois les populations à dépasser ces considérations.
« Les citoyens n’ont pas à rentrer dans une posture selon laquelle nous ne nous relevons pas de tel ou de tel », estime-t-il.
À ses yeux, les débats autour du choix des localités relèvent davantage de considérations affectives et communautaires que de véritables enjeux administratifs. Il les qualifie ainsi de « discussions de cousinage », invitant les citoyens à considérer la réforme dans une perspective plus globale.
Pour le juriste, le choix des territoires promus à de nouveaux statuts peut notamment s’expliquer par plusieurs critères : la démographie, la superficie, la position géographique, le poids économique et social, mais aussi l’importance stratégique de certaines zones.
Il cite notamment le cas de Beyla, dont l’érection en région lui paraît compréhensible. L’éloignement et l’étendue du territoire situé entre N’Zérékoré et Kankan rendent, selon lui, nécessaire un rapprochement de l’administration avec les populations.
Même logique pour Siguiri, dont la proximité avec les frontières confère à la localité une importance particulière. La présence d’une administration régionale plus proche pourrait ainsi, selon son analyse, faciliter la gestion administrative et le rapprochement des services publics.
Derrière les changements de statut se profile une réorganisation beaucoup plus large de l’administration territoriale. Le juriste insiste sur le caractère profond de l’opération.
« Chaque préfecture doit avoir sa sous-préfecture, les sous-préfectures doivent avoir leurs districts, les districts doivent avoir leurs secteurs », rappelle-t-il.
La réforme doit donc être comprise comme une chaîne administrative appelée à être réorganisée dans son ensemble, depuis les régions jusqu’aux secteurs.
Pour autant, Mamadou Nagnalen Diakité reconnaît que le choix opéré par l’État ne met pas nécessairement fin au débat. « D’autres zones mériteraient d’être érigées », admet-il, tout en considérant que la décision relève avant tout d’une politique d’organisation territoriale portée par l’État.
À travers cette réforme, la Guinée cherche ainsi à faire évoluer son administration en fonction des transformations de ses territoires. Derrière les changements de statut se trouvent des enjeux de proximité, d’efficacité administrative, de développement économique et d’accès aux services publics.
Si la mise en œuvre de cette nouvelle architecture devra encore franchir plusieurs étapes, elle ouvre surtout un nouveau chapitre dans l’organisation territoriale du pays. Pour le juriste Mamadou Nagnalen Diakité, l’essentiel est désormais que cette évolution permette de rapprocher l’administration des citoyens et de répondre plus efficacement aux réalités de chaque territoire.
Salif Camara pour Planete7.info
Contact Planete7.info : 624045895/625214852
Planete7guinee@gmail.com
Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.