Damakania : entre pluies, déchets et hangars vétustes, les vendeuses réclament un marché digne de ce nom

À Damakania, dans la préfecture de Kindia, le quotidien des vendeuses du grand marché est loin d’être une partie de plaisir. À environ cinq kilomètres de la commune urbaine de Kindia, ces commerçantes travaillent dans des conditions précaires, entre hangars dégradés, absence de magasins de stockage, manque de toilettes et accumulation des déchets. Avec l’arrivée des pluies, les difficultés se multiplient et leur activité devient chaque jour plus pénible.
Dès les premières heures de la matinée, les abords du marché s’animent. Les vendeuses installent leurs marchandises, accueillent les premiers clients et tentent de s’organiser malgré un environnement qui offre peu de garanties. Sous des hangars aux toitures fortement détériorées, elles doivent composer avec les intempéries, l’insalubrité et le manque d’espace.

Lorsque la pluie s’abat sur Damakania, le marché devient particulièrement difficile à fréquenter. Les tôles usées ne suffisent plus à protéger les commerçantes et leurs marchandises. L’eau s’infiltre, obligeant certaines vendeuses à déplacer leurs produits ou à chercher, tant bien que mal, un endroit où s’abriter.
À cette précarité s’ajoute un autre problème majeur : l’absence d’espaces de stockage. Faute de magasins, les commerçantes sont contraintes de transporter leurs marchandises chaque jour entre leur domicile et le marché. Une situation qui les expose également aux risques de vol lorsqu’elles tentent de laisser leurs produits sur place.
« Chaque matin et chaque soir, nous sommes obligées de transporter nos marchandises parce que nous n’avons aucun magasin pour les stocker. Lorsque nous les laissons sur place, nous avons peur des vols », témoigne Goulou Bountou Camara, l’une des responsables du marché.

Selon elle, la situation s’est aggravée au fil des années, alors que le nombre de vendeuses fréquentant le marché ne cesse d’augmenter.
« Pendant la pluie, nous ne savons même pas où nous mettre à l’abri. Les tôles sont complètement abîmées et le marché est devenu trop petit par rapport au nombre de vendeuses qui le fréquentent aujourd’hui », déplore-t-elle.

Le manque d’infrastructures sanitaires et de dispositifs d’assainissement constitue également une source de préoccupation. Toilettes insuffisantes, absence de poubelles et difficultés dans l’évacuation des ordures rythment le quotidien des commerçantes. Les déchets s’accumulent ainsi à proximité du marché, dégageant des odeurs nauséabondes et suscitant des inquiétudes sur les risques sanitaires.
« Nous n’avons ni toilettes, ni poubelles, ni véhicule pour évacuer les ordures. Nous sommes obligées de supporter les mauvaises odeurs provenant des déchets entassés autour du marché », poursuit Goulou Bountou Camara.
Pour les vendeuses, cette situation est d’autant plus difficile à comprendre qu’elles s’acquittent régulièrement de taxes liées à leurs activités.

Fatoumata Binta Sylla, vendeuse dans le marché, pointe notamment les conséquences des pluies et la mauvaise gestion des déchets.
« Nous n’avons pas un marché digne de ce nom. À chaque pluie, l’eau envahit les lieux. Les hangars sont vétustes et les ordures sont déposées à proximité du centre de santé. C’est un véritable problème de santé publique », affirme-t-elle.
La commerçante évoque également l’évolution des taxes quotidiennes, sans amélioration visible des conditions de travail.
« Nous payons quotidiennement des taxes. Elles sont passées de 500 à 1 000 francs guinéens, notamment pour l’évacuation des déchets, mais nous ne constatons aucun changement », regrette-t-elle.

Derrière ces difficultés se joue aussi la survie de nombreuses familles. Pour plusieurs vendeuses, le marché représente la principale, voire l’unique source de revenus. Certaines disent dépendre entièrement de cette activité pour assurer les dépenses quotidiennes et la prise en charge de leurs enfants.
« C’est ici que nous gagnons de quoi nourrir nos familles. Certaines d’entre nous sont des veuves et n’ont que cette activité pour prendre en charge leurs enfants. Nous ne demandons pas grand-chose : simplement un marché digne de ce nom, avec des infrastructures adaptées et de meilleures conditions de travail », plaide Fatoumata Binta Sylla.
Face à cette situation, les vendeuses de Damakania appellent les autorités compétentes à agir. Elles souhaitent notamment la réhabilitation des installations existantes ou, à défaut, la construction d’un nouveau marché répondant aux besoins actuels de la population.
Parmi leurs principales attentes figurent la construction de magasins de stockage, l’installation de hangars capables de résister aux intempéries, la mise à disposition de toilettes et l’amélioration du système de collecte et d’évacuation des déchets.
Pour ces femmes, il ne s’agit pas seulement d’améliorer l’apparence du marché. Il en va de leurs conditions de travail, de la protection de leurs marchandises et, surtout, de leur capacité à continuer à faire vivre leurs familles. À Damakania, elles espèrent désormais que leur cri d’alerte trouvera une réponse concrète auprès des autorités.
Sylla Ama, correspondant à Kindia pour Planete7.info
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