Fissures de Nongo : le sous-sol de Conakry est-il en train de parler ?

REPORTAGE – ENQUÊTE

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À Nongo, les fissures ne se contentent plus de lézarder les murs. Elles traversent désormais les conversations, alimentent les inquiétudes et suscitent une multitude d’interrogations. Routes fendillées, clôtures déformées, habitations fragilisées : depuis plusieurs mois, les signes d’un phénomène inhabituel se multiplient dans cette zone en pleine expansion de la capitale guinéenne.

Face à une situation qui préoccupe de plus en plus les riverains, les explications se croisent et parfois s’opposent. Certains évoquent un simple défaut de construction. D’autres vont jusqu’à craindre un éventuel séisme. Mais pour le géologue et spécialiste des risques géologiques, Dr Ibrahima Diogo Diallo, les apparences pourraient être trompeuses.

Selon lui, les fissures observées à Nongo ne relèvent probablement pas d’un problème isolé affectant quelques bâtiments. Elles pourraient plutôt révéler un phénomène plus profond : une déformation progressive du terrain lui-même.

Quand le sol devient le principal suspect

Pour le spécialiste, la simultanéité des dégâts constatés sur différents types d’infrastructures constitue un indice majeur.

« Lorsqu’un même phénomène affecte à la fois des habitations, des routes, des clôtures et d’autres ouvrages répartis sur une même zone, il faut regarder au-delà des constructions elles-mêmes », explique-t-il.

L’attention se porte alors vers le sous-sol, souvent invisible mais déterminant dans la stabilité de tout aménagement urbain.

Cette lecture géologique de la situation change radicalement la nature du problème. Il ne s’agirait plus uniquement de bâtiments qui se dégradent, mais potentiellement d’un terrain qui évolue sous l’effet de mécanismes encore mal identifiés.

L’hypothèse du séisme écartée, mais la prudence reste de mise

Dans les quartiers concernés, la peur d’un tremblement de terre revient régulièrement dans les discussions.

Une hypothèse que le géologue invite à considérer avec beaucoup de prudence.

La Guinée ne figure pas parmi les régions du monde connues pour une activité sismique intense. Contrairement à des pays situés sur des frontières actives de plaques tectoniques comme le Maroc, la Turquie ou le Japon, le territoire guinéen n’est pas aujourd’hui identifié comme une zone à fort risque sismique.

Certes, le sous-sol guinéen conserve les traces d’une longue histoire géologique marquée par la présence d’anciennes failles. Mais leur existence ne signifie pas automatiquement qu’un séisme majeur est imminent.

« Aucun élément scientifique disponible actuellement ne permet de privilégier cette hypothèse », souligne le spécialiste.

Urbanisation rapide, forages et affaissement du terrain : le scénario le plus crédible

L’explication la plus plausible pourrait résider dans la combinaison de plusieurs facteurs.

Au cours des vingt dernières années, Nongo a connu une croissance urbaine spectaculaire. Villas, immeubles et infrastructures se sont multipliés dans des secteurs qui étaient autrefois des bas-fonds, des dépressions naturelles ou des zones remblayées.

Ces terrains présentent souvent une sensibilité particulière aux variations d’humidité et aux charges imposées par les constructions modernes.

À cela s’ajoute un autre phénomène : la multiplication des forages privés.

L’exploitation intensive des eaux souterraines peut entraîner une diminution progressive de la pression dans certaines couches géologiques. Avec le temps, ces couches se compactent, provoquant un affaissement lent mais continu de la surface.

Ce processus, connu sous le nom de « subsidence », est observé dans plusieurs grandes villes du monde confrontées à une urbanisation rapide et à une forte sollicitation des nappes phréatiques.

Pour le Dr Diallo, cette hypothèse explique de manière cohérente une grande partie des fissures actuellement observées à Nongo.

Une mystérieuse fracture enfouie sous la ville ?

Mais l’affaire pourrait être encore plus complexe.

Le géologue attire l’attention sur la forme de certaines fissures signalées sur le terrain.

Selon lui, plusieurs d’entre elles semblent suivre des tracés relativement rectilignes sur des distances importantes.

Un détail qui intrigue.

Car lorsque le sol s’affaisse de manière classique, les fissures apparaissent généralement de façon désordonnée. Leur alignement pourrait au contraire suggérer l’influence d’une ancienne structure géologique enfouie dans le sous-sol.

« Ces fractures suivent-elles une faille ancienne ou une ligne de faiblesse héritée de l’histoire géologique de la région ? », s’interroge le spécialiste.

Pour l’heure, aucune étude approfondie ne permet de répondre avec certitude à cette question.

Mais cette piste mérite, selon lui, d’être sérieusement explorée.

Des fluides souterrains dans l’équation

Autre élément susceptible d’entrer en jeu : la circulation de fluides dans les profondeurs du sous-sol.

Les fractures géologiques constituent souvent des voies naturelles empruntées par les eaux souterraines et parfois certains gaz.

Leur circulation peut modifier localement les propriétés mécaniques des terrains, fragiliser certaines zones et favoriser des mouvements différentiels du sol.

Une hypothèse encore impossible à confirmer faute de données géochimiques suffisantes, mais qui pourrait contribuer à expliquer certaines anomalies observées sur le terrain.

La science plutôt que les spéculations

Face à la multiplication des interrogations, le spécialiste plaide pour une démarche scientifique rigoureuse.

Selon lui, la priorité consiste désormais à remplacer les suppositions par des mesures concrètes.

Il recommande notamment une surveillance satellitaire de haute précision capable de détecter des mouvements du sol de quelques millimètres seulement, des investigations géophysiques permettant d’imager le sous-sol, des sondages géotechniques profonds ainsi qu’une étude complète des eaux souterraines.

Ces analyses permettraient de déterminer avec un haut niveau de fiabilité les mécanismes réellement à l’origine des fissures.

Un avertissement pour l’avenir de Conakry

Au-delà du cas spécifique de Nongo, cette situation soulève une question plus large : celle de la prise en compte des risques géologiques dans l’aménagement urbain.

Pour le Dr Ibrahima Diogo Diallo, les fissures observées aujourd’hui pourraient n’être que la partie visible d’un phénomène plus profond.

Si rien n’est entrepris, les conséquences pourraient être multiples : fragilisation progressive des habitations, dégradation des infrastructures, pertes économiques importantes et difficultés croissantes pour l’urbanisation future de certaines zones.

À l’inverse, une meilleure connaissance du sous-sol permettrait d’adapter les projets d’aménagement et de prévenir les risques avant qu’ils ne deviennent des crises.

« Le moment est venu de comprendre avant de réparer », insiste le spécialiste.

À Nongo, derrière chaque fissure qui apparaît à la surface, c’est peut-être tout un message venu des profondeurs que la ville est appelée à déchiffrer.

Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

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