Mes conseils à la Ministre de l’Économie et des Finances ( Par Bella Bah)

Il faut d’abord saluer la volonté de rigueur budgétaire et le contrôle des décaissements. Dans plusieurs de nos ministères, les budgets restent difficilement justifiables, avec parfois plus de 60 % des ressources absorbées par les salaires, les avantages et des charges administratives peu productives. Après bientôt 70 ans d’indépendance, l’absence d’une numérisation complète et fiable du fichier de la fonction publique demeure un véritable problème structurel qui favorise les doublons, les emplois fictifs et les dépenses incontrôlées.
Cependant, la rigueur budgétaire ne doit pas conduire à une paralysie de l’action publique. Aucun ministère ne peut produire des résultats sans moyens de fonctionnement. Le véritable enjeu n’est pas uniquement de bloquer les décaissements, mais de construire un système de contrôle efficace, transparent et responsable.
Des pays comme le Rwanda, le Maroc ou encore le Sénégal ont montré qu’il est possible de renforcer la discipline financière tout en maintenant l’efficacité de l’État. La méthode repose généralement sur trois piliers : la transparence, l’audit et l’évaluation des résultats.
Chaque ministère devrait être invité à présenter ses priorités, ses besoins réels et ses dépenses stratégiques devant le ministère des Finances. Les lignes budgétaires essentielles doivent être validées rapidement, tandis que l’Inspection Générale d’État ou la Cour des comptes assure un suivi rigoureux de l’utilisation des fonds publics.
Un blocage total sans communication ni explication risque malheureusement de ralentir fortement l’action gouvernementale. Dans toutes les administrations du monde, lorsqu’une réforme de rigueur est perçue comme punitive ou brutale, le système administratif finit souvent par résister et utiliser ses réseaux pour neutraliser la volonté de réforme.
Il existe des ministères stratégiques santé, éducation, sécurité, infrastructures , assainissement qui ne peuvent fonctionner efficacement sans budget opérationnel. Lorsque ces secteurs sont paralysés, ce sont directement les citoyens qui en subissent les conséquences.
La lutte contre la corruption et le gaspillage exige du courage, mais aussi de la stratégie. Il est important de transformer certains ministres et hauts cadres en alliés de la réforme plutôt qu’en adversaires. Une démarche concertée, avec des réunions techniques régulières, l’examen détaillé des lignes budgétaires et un système d’évaluation des résultats, permettra d’obtenir plus d’efficacité et davantage d’adhésion.
La bonne gouvernance ne consiste pas seulement à empêcher les dépenses ; elle consiste surtout à garantir que chaque franc dépensé produise un impact réel pour les citoyens.
Notre pays a besoin de responsables capables de résister à un système profondément marqué par les habitudes de corruption, mais cette bataille se gagnera autant par l’intelligence stratégique que par la fermeté.
Bella BAH
Activiste très très indépendant
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