Tabaski 2026 à N’Zérékoré : entre crise de liquidité et flambée des prix, le marché à bétail tourne au ralenti

À l’approche de la fête de Tabaski, l’effervescence habituelle peine encore à gagner le parc à bétail du grand marché de N’Zérékoré. Pourtant bien approvisionné en moutons venus de plusieurs localités de la sous-région, le marché fonctionne au ralenti cette année. En cause : la crise de liquidité persistante, les difficultés de retrait via Orange Money, la baisse du pouvoir d’achat des ménages et l’augmentation des coûts de transport.
Ce mercredi 20 mai 2026, notre correspondant a fait le constat d’une activité économique morose au principal parc à bétail de la ville. Entre vendeurs préoccupés et acheteurs hésitants, tous décrivent une campagne de Tabaski particulièrement compliquée.

Chef du parc à bétail et vendeur de moutons, Mory Keïta, surnommé « Big Boy », explique que malgré quelques ventes enregistrées, le marché reste loin des grandes affluences observées les années précédentes.
« Le marché est difficile cette année. Beaucoup de clients n’ont pas de liquidités. Ils effectuent des paiements par Orange Money, mais nous avons d’énormes difficultés pour retirer l’argent. Cela complique sérieusement nos activités », déplore-t-il.
Selon lui, les prix connaissent également une hausse notable. Les moutons importés du Mali se négocient entre 2 500 000 et 4 000 000 de francs guinéens, tandis que les moutons locaux coûtent entre 1 300 000 et 2 000 000 GNF.
Une augmentation qu’il justifie par la qualité des animaux, mais aussi par la flambée des frais de transport et des charges liées à l’acheminement du bétail jusqu’à N’Zérékoré.

Dans les rangs des commerçants, l’inquiétude est palpable. Plusieurs vendeurs affirment avoir investi d’importantes sommes pour approvisionner le marché, sans pour autant voir affluer les clients.
C’est le cas de Djiba Soumaoro, vendeur de moutons, qui s’approvisionne notamment à Sinkô, Samana et Bamako avant de revendre ses bêtes dans la capitale forestière.
« Depuis le début des ventes pour la Tabaski, les clients ne viennent pas comme avant. Beaucoup se tournent vers les bœufs qu’ils jugent plus rentables que les moutons devenus trop chers », explique-t-il.
Face à cette situation, il appelle les autorités à prendre des mesures pour alléger les difficultés rencontrées aussi bien par les commerçants que par les consommateurs à l’approche de la fête.
Malgré les critiques sur la cherté des animaux, certains vendeurs estiment toutefois que le principal problème réside moins dans les prix que dans l’attentisme des acheteurs.
Vendeur au même parc à bétail, Lancinet Bérété affirme que les stocks disponibles sont largement suffisants pour satisfaire la demande.
« Beaucoup de personnes préfèrent attendre les deux ou trois derniers jours avant la fête pour acheter leurs moutons. Certains craignent les vols, d’autres veulent éviter les dépenses liées à l’entretien des animaux avant la Tabaski », indique-t-il.
Avant d’ajouter : « Nous demandons aux clients de venir acheter dès maintenant parce que nous aussi avons des charges familiales et des dépenses à gérer pour la fête. »
Du côté des acheteurs, le constat est tout aussi alarmant. Plusieurs citoyens rencontrés sur place dénoncent une conjoncture économique difficile marquée par la rareté de l’argent liquide et la hausse généralisée des prix des denrées et services.
À quelques jours de la célébration de l’Aïd el-Kébir, le marché à bétail de N’Zérékoré reflète ainsi les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux ménages guinéens. Entre vendeurs sous pression et consommateurs fragilisés, la Tabaski 2026 s’annonce particulièrement éprouvante pour plusieurs familles de la région forestière.
Pépé Blaise Thea, correspondant à Nzérékoré pour Planete7.info
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