Frontière Guinée–Côte d’Ivoire : des tirs font plusieurs blessés dans un nouveau conflit autour de la mare de Dalagbèba à Kankan

Un nouvel épisode de violence a éclaté ce dimanche matin à la frontière entre la Guinée et la Côte d’Ivoire, ravivant les tensions récurrentes autour de la mare de Dalagbèba, située dans la commune rurale de Boula, préfecture de Kankan. Le bilan provisoire fait état de 15 blessés, dont 11 par balle côté guinéen et 4 côté ivoirien.
Selon des sources locales concordantes, les faits se sont produits aux environs de 11 heures, lorsque des habitants du district de Kalafilila (Guinée) se sont rendus sur le site pour une activité de pêche. Cette zone, située à cheval sur la frontière naturelle entre les deux pays, fait l’objet d’un litige persistant entre les communautés de Kalafilila et de Fangala, en territoire ivoirien.
Contacté, le lieutenant Michel Louah indique que la situation a rapidement dégénéré après l’interpellation de pêcheurs guinéens par des habitants de Fangala. « Nos ressortissants se trouvaient dans une mare située en zone frontalière, derrière le fleuve qui sépare les deux pays », a-t-il précisé.
L’officier rappelle qu’en 2023, une tentative de médiation conduite par les autorités locales des deux pays avait abouti à une décision consensuelle : suspendre toute activité de pêche dans cette zone contestée. Une mesure qui, selon lui, n’aurait pas été respectée de manière équitable. « L’accord prévoyait un arrêt total des activités pour les deux parties, mais dans les faits, certains continuent d’y accéder », a-t-il déploré.
D’après plusieurs témoignages recueillis sur place, la confrontation verbale initiale a rapidement laissé place à une escalade de violence. Des habitants ivoiriens se seraient repliés avant de revenir en nombre, munis d’armes à feu. « Ils sont revenus armés et ont ouvert le feu sur des pêcheurs qui n’étaient pas armés », rapporte une source sécuritaire.
Parmi les blessés guinéens figure le président du district, touché à la jambe. Dix victimes ont été évacuées vers l’hôpital régional de Kankan pour une prise en charge médicale. Aucune communication officielle n’a encore été faite sur leur état de santé. Côté ivoirien, quatre blessés ont également été signalés, sans précision sur la gravité des cas.
Dans le même temps, quatre ressortissants guinéens trois hommes et une femme ont été interpellés avant d’être relâchés puis remis aux autorités guinéennes, selon des sources locales.
Un témoin oculaire décrit une scène de panique généralisée : « Nous étions venus uniquement avec des filets de pêche. Lorsque les tirs ont commencé, c’était la confusion totale. Des personnes criaient, certaines étaient touchées, y compris des femmes », a-t-il confié.
Ce nouvel affrontement illustre la fragilité persistante de la cohabitation dans cette zone frontalière, où l’absence de délimitation claire et de mécanismes durables de gestion du litige continue d’alimenter les tensions. La mare de Dalagbèba demeure ainsi un foyer de crispation récurrent, en attente d’un règlement définitif entre les deux États et les communautés riveraines.
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